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Inondations : des erreurs

La justice enquête sur les circonstances qui ont conduit à trois décès dans la maison de retraite de Biot, le 3 octobre 2015. Plusieurs plaintes ont été déposées. Une instruction va être ouverte

Publié le 03/03/2016 à 05:16, mis à jour le 03/03/2016 à 05:16
Cinq mois après la nuit d'enfer qui a coûté la vie à trois de ses pensionnaires, Le Clos Saint-Grégoire, au cœur de l'enquête de la gendarmerie, garde ses portes closes.
Cinq mois après la nuit d'enfer qui a coûté la vie à trois de ses pensionnaires, Le Clos Saint-Grégoire, au cœur de l'enquête de la gendarmerie, garde ses portes closes. Franz Chavaroche

Et si les éléments naturels déchaînés n'étaient pas seuls en cause ? Et si des erreurs ou négligences humaines, à divers degrés, avaient contribué au terrible bilan des intempéries qui ont endeuillé la Côte d'Azur dans la nuit des 3 au 4 octobre 2015 ?

Cinq mois après cette nuit funeste qui a coûté la vie à vingt personnes, laissé 60 000 Azuréens et 1100 entreprises sinistrés, ces questions continuent de hanter les rescapés. L'alerte orange a-t-elle été sous-estimée ? Les mécanismes d'alerte ont-ils failli ? L'urbanisation galopante a-t-elle gêné l'évacuation des eaux ? De Mandelieu à Biot, de Cannes à Antibes, supputations et rumeurs ne cessent d'alimenter les conversations sur ce drame sans précédent.

Les lieux passés au crible

 

Ces questions, la justice se les pose forcément aussi. Tout particulièrement à Biot, où trois pensionnaires de la maison de retraite Le Clos Saint-Grégoire ont succombé. La faute à un phénomène climatique exceptionnel ? Certains proches de victimes en doutent. Plusieurs d'entre eux ont récemment déposé plainte auprès du parquet de Grasse.

Le procureur de la République Georges Gutierrez l'a indiqué hier à Nice-Matin. Il va ouvrir une information judiciaire contre X pour homicide involontaire, comme l'ont annoncé nos confrères de France Bleu Azur. « Nous allons l'ouvrir dans les quinze jours, dès que nous aurons connaissance du rapport d'enquête de la gendarmerie. »

Un juge instructeur va donc enquêter sur le triple drame de Biot. Avec des moyens accrus pour faire réaliser les expertises et auditions nécessaires. Depuis cinq mois, les gendarmes de la brigade de recherches de Cannes ont déjà procédé à un considérable travail d'enquête.

Selon nos informations, quelques heures après le drame, le laser-scan passait déjà au crible la maison de retraite. Objectif : modéliser les lieux dans leurs moindres recoins, en matérialisant où se trouvait chaque résident. Le personnel du Clos Saint-Grégoire a ensuite été auditionné, tout comme les services chargés de l'aménagement du vallon des Combes.

 

Pour les familles

Un vallon où les bassins de rétention, aménagés en 2006, suscitent un intérêt majeur chez les enquêteurs. Ce dispositif avait été créé après les inondations de 2005 où, déjà, l'eau avait atteint un mètre de hauteur dans la maison de retraite. Laquelle avait connu une autre chaude alerte en 2011.

Ces avertissements ont-ils été suffisamment pris en compte ? « Nous cherchons à établir si le nécessaire a été fait et, plus largement, à vérifier si des responsabilités pourraient être engagées. A ce stade, je ne peux pas le déterminer », explique Georges Gutierrez. Et de préciser que l'ouverture d'une information - « un processus logique » - ne présage en rien de son issue. « Cela peut très bien aboutir à un non-lieu, tempère le procureur. La question que je me pose est à charge et à décharge. Le but est que les familles puissent savoir exactement ce qui s'est passé. »

Comprendre, à défaut d'oublier. Comprendre pourquoi cette vague a déferlé dans le vallon, au lieu d'une montée des eaux progressive. Comprendre, aussi, pourquoi l'alerte a été donnée si tard à la population biotoise et aux services de secours, freinant considérablement leur intervention.

« Tsunami à l'envers »

 

Il a ainsi fallu une heure à la Croix-Rouge pour acheminer son matériel, stocké à Sophia Antipolis. Pouvoir anticiper n'aurait, sans doute, pas permis à ses équipes de sauver des vies. Mais au moins de soulager les rescapés.

Si la tragédie biotoise est la seule à entraîner une instruction, elle n'est pas seule à poser question. A Mandelieu, Cannes, Le Cannet, Mougins et Golfe-Juan, les drames mortels n'ont pas justifié de rechercher d'éventuelles responsabilités extérieures. Au camping du Pylône en revanche, la mort d'une sexagénaire anglaise, Linda Martinez, a suscité une enquête préliminaire confiée au commissariat d'Antibes, indique le procureur Gutierrez.

La présence d'un camping en zone inondable interpelle la justice. « Nous avons ouvert en 1956, et nous sommes classés en zone rouge depuis 1998, précise la propriétaire Françoise Pauget. Des travaux de sécurisation ont été réalisés un peu partout. Lors de la précédente inondation en 2011, on n'avait pas eu d'eau dans la maison. Alors pourquoi a-t-on pris cette vague derrière la tête, ce tsunami à l'envers ? »

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