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Ils s’appellent Patrick, Nelly, Aïcha, Jean-Charles... Notre hommage aux premières victimes du coronavirus

Mis à jour le 05/04/2020 à 15:21 Publié le 05/04/2020 à 15:30
Des victimes du Covid-19.

Des victimes du Covid-19. Photos DR

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Ils s’appellent Patrick, Nelly, Aïcha, Jean-Charles... Notre hommage aux premières victimes du coronavirus

Ils sont morts du Covid-19. Emportés par la maladie à 75, 80, 85 ans. Et à 16 ans aussi. Ils sont morts chez eux, à l’hôpital ou en maison de retraite. Voici notre Panthéon des premières victimes.

Ils s’appellent Patrick, Nelly, Aïcha, Jean-Charles, Lucienne. Ils étaient Christian, Pape, Manu, Jean-Jacques, Ellis ou encore Manu pour leurs proches… Ils sont d’ici ou d’ailleurs. Connus ou pas. Partis en un jour, ou en plusieurs.

Tous frappés par ce virus qui met le monde à plat et condamne sans distinction. Le Covid-19 qui a tué, depuis le début de l’épidémie, 99 personnes dans les Alpes-Maritimes et le Var en Ehpad ou à l’hôpital.

Si chaque jour qui passe voit des victoires, des patients qui guérissent grâce au dévouement du personnel soignant, chaque jour alourdit aussi le bilan.

Ce samedi 4 avril, 5 personnes sont décédées dans le Var et les Alpes-Maritimes, selon l’agence régionale de Santé. Et une deuxième a été emportée à Monaco.

Dans les Alpes-Maritimes, le bilan est passé de 35 à 38 morts, 217 personnes hospitalisées. Et 77 patients en réanimation: 13 de plus en 24 heures.

Dans le Var, le virus a fait 32 morts, contre 30 la veille. 228 malades sont hospitalisés, 53 en réanimation.

Julie

Julie, victime du Covid-19.
Julie, victime du Covid-19. Photo DR

Un choc. Longtemps, on a cru que le virus ne menaçait que la vie des personnes âgées. Et puis la France a appris le 25 mars le décès de Julie.

Une lycéenne de 16 ans, dans l’Essonne, une ado sans précédents médicaux inquiétants qui, la semaine précédente, ne souffrait apparemment que d’une légère toux, soignée avec du sirop.

Son état s’est très vite dégradé. Détresse respiratoire le lundi, décès, le lendemain.

Elle est à ce jour, la plus jeune victime française de la pandémie. Depuis, d’autres jeunes gens ont succombé au virus.

Vitor, 14 ans, au Portugal. Ismaïl, 13 ans, dans la banlieue de Londres ou Rachel, 12 ans, une collégienne belge. La plus jeune victime est un bébé, aux États-Unis.

Selon le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, "les formes sévères chez les sujets jeunes" restent "extrêmement rares".

Odette Noyer

Odette Noyer, victime du Covid-19.
Odette Noyer, victime du Covid-19. Photo DR

Elle venait d’avoir 94 ans. Un anniversaire qu’elle a fêté toute seule, le 24 mars, au sein de l’Ehpad La Riviera de Mougins devenu, depuis quelques jours, tristement célèbre.

C’est là que vingt-neuf personnes ont trouvé la mort ces deux dernières semaines, toutes victimes du Covid-19.

Odette est décédée dans la nuit de lundi à mardi. Et sa famille, comme beaucoup d’autres, attend des réponses.

Son petit-fils, Arnaud, se propose de mener le combat judiciaire avec l’aide d’un avocat et en espérant compter sur le soutien d’autres proches de résidents, eux aussi plongés dans la douleur. Certains se sont d’ores et déjà manifestés. Tous veulent comprendre comment on en est arrivé là.

Lucienne Alessandri

Lucienne Alessandri, victime du Covid-19.

Cette ancienne couturière de Vallauris-Golfe-Juan avait 93 ans.

Sa fille a appris son décès jeudi 27 mars. Un coup de fil de l’Ehpad La Riviera de Mougins, géré par le groupe Korian, lui disant qu’elle était morte "paisiblement, dans son sommeil".

C’est en lisant Nice-Matin que sa fille a eu la stupeur d’apprendre qu’elle était décédée du Covid, comme vingt-huit autres pensionnaires.

"Ma mère était une figure de Vallauris, un fort caractère", confie sa fille, Danielle Bel. Déterminée, elle veut déposer plainte. "J’ai la haine. Pas contre le personnel, mais contre la gestion de cet établissement."

"Nene"

Nene, victime du Covid-19.
Nene, victime du Covid-19. Photo DR

On l’appelait "Nene". Ce natif d’Algérie française d’origine espagnole avait posé, lors des événements, ses bagages sur la Côte d’Azur dont il est tombé amoureux.

Cet ancien chef grutier-mécanicien était réputé pour son engagement, et son empathie. "Un besogneux au grand cœur comme on les aime", s’émeut sa fille Babette.

Félix-Jean Garcia est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à des "symptômes dont la corrélation avec le Covid-19 ne fait guère de doute", confirme le médecin du Samu qui l’a pris en charge. Lui qui ne présentait pas de signes médicaux alarmants la veille laisse une épouse de 80 ans.

Patrick Devedjian

Patrick Devedjian, victime du Covid-19.
Patrick Devedjian, victime du Covid-19. Photo DR

Ancien ministre, toujours président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, 75 ans, n’est pas la première figure politique nationale à avoir contracté le virus. Mais il est le premier à y avoir succombé.

Ce proche de Nicolas Sarkozy était un homme qui compte dans la droite française. Il semblait pourtant avoir échappé au pire quand il twittait le 26 mars: "Fatigué mais stabilisé, je remonte la pente".

Deux jours plus tard, il disparaissait. Reste la fin de son message: "J’adresse un très grand merci aux médecins et à tous les personnels soignants pour leur aide constante à tous les malades".

Manu Dibango

Manu Dibango, victime du Covid-19.
Manu Dibango, victime du Covid-19. Photo DR

Emmanuel N’Djoké Dibango a fait de nos vies une fête et de l’afro jazz, une discipline majeure. Surnommé Papa Groove, Manu Dibango, de son nom de scène, avait 86 ans.

Sa carrière est longue: elle commence dans les années cinquante, décolle pendant les sixties, période twist, où il croise sur scène le Niçois Dick Rivers. Elle s’enflamme en 1972, grâce à la face B d’un 45 tours. Soul Makossa, le tube planétaire qui l’installe parmi les très grands.

Vingt ans plus tard, un Tropézien, Yves Bigot, redonne du peps à sa notoriété: il lui propose d’enregistrer Wakafrika, un album de reprises avec Peter Gabriel, Sinéad O’Connor ou Youssou n’Dour. À chaque fois un rythme, un saxo, une silhouette, un bonheur.

Il devait être l’invité de Marcus Miller, le 11 juillet, au festival de Juan-les-Pins. Il faudra swinguer sans lui.

Christian Devos

Christian Devos, victime du Covid-19.
Christian Devos, victime du Covid-19. Photo DR

Christian Devos aurait eu 81 ans s’il n’était pas mort quelques jours avant. Foudroyé.

Hospitalisé le lendemain des premiers symptômes ressentis, il est mort quarante-huit heures après. Il a été enterré jeudi à Saint-André-de-la-Roche, seulement entouré de quatre membres de sa famille, comme le veut la règle.

Au grand désarroi de sa sœur: "À Villefranche-sur-Mer, son décès aurait rempli l’église". Là où cet architecte d’intérieur avait rejoint sa femme il y a plus de cinquante ans et où il continuait à travailler.

Impliqué dans la vie associative, il a notamment été président de comité de quartier et était sur la liste de l’élu d’opposition, Jean-Pierre Mangiapan. "C’était l’ami de mon père, il m’a toujours connu, salue l’ancien premier adjoint au maire. C’était un homme droit, de parole, apprécié de tous."

Jean-Charles Nègre

Jean-Charles Nègre, victime du Covid-19.
Jean-Charles Nègre, victime du Covid-19. Photo DR

Emmanuel Macron a salué "une grande figure du PCF, infatigable combattant sous la bannière de la justice, de l’égalité et de la fraternité". Jean-Charles Nègre, 71 ans, est mort le 27 mars.

Élevé à Nice par ses grands-parents italiens, il était devenu une figure politique incontournable à Montreuil (Seine-Saint-Denis). En 1967, il s’engage aux Jeunesses communistes où il devient le responsable pour les Alpes-Maritimes, avant d’entrer au conseil national du PCF.

Tour à tour, élu municipal, départemental et député suppléant, ses compagnons d’armes se souviennent "d’un homme enthousiaste, de valeurs, disponible, généreux avec un cœur énorme".

Jean-Luce

Jean-Luce, victime du Covid-19.

C’est à la fin de l’été 2019 que l’histoire de Jean-Luce avait été dévoilée dans nos colonnes. Il avait ému les habitants de Mouans-Sartoux. Ce septuagénaire, qui vivait seul dans une grande précarité, avait provoqué un élan de solidarité pour l’aider à vivre décemment.

À l’origine de cette mobilisation, un couple, Claudia et Cyril, qui a pris sous son aile ce papy d’adoption.

Jean-Luce avait d’ailleurs fini par obtenir une place en maison de retraite, à l’Ehpad La Riviera, à Mougins, il y a quelques mois. Il y avait soufflé ses 79 bougies le 27 décembre.

"À la maison de retraite, c’était le comique de service, un vrai boute-en-train", témoignait Claudia dans notre édition du 31 mars. Les yeux rieurs de Jean-Luce se sont définitivement fermés le 26 mars.

Claudia, Cyril et les personnes qui ont participé à cet élan de solidarité sont en train de se cotiser afin d’acheter une plaque pour sa tombe (Facebook: Soutien pour Jean-Luce).

Aïcha Issadounène

Aïcha Issadounène, victime du Covid-19.

L’artiste C215 veut réaliser une fresque pour perpétuer sa mémoire. Elle est la première caissière, victime du Covid-19.

52 ans, trente ans de présence dans le même hypermarché de Seine-Saint-Denis, elle incarne toutes celles et tous ceux qui s’activent, chaque jour, pour nourrir le pays.

Son employeur, Carrefour, a précisé en apprenant sa mort le 26 mars, que "le directeur du magasin a été quotidiennement en contact avec elle jusqu’à son hospitalisation, puis avec sa famille".

Pour la CGT, dont elle était déléguée syndicale, la crainte est qu’elle ne soit "la première d’une longue série". Deux autres salariés de la grande distribution sont également décédés.

nelly collin

Nelly Collin, victime du Covid-19.
Nelly Collin, victime du Covid-19. Photo DR

Nelly Collin avait 65 ans. Pendant des dizaines d’années, elle a été une militante active et dévouée de la section Nice-Ouest du Parti socialiste. Cette cadre de santé au CHU avait pris récemment sa retraite et elle était repartie vivre dans son village des Vosges pour se rapprocher de sa famille.

Toujours aussi militante, Nelly avait tenu un bureau de vote dans sa commune pour le premier tour des élections municipales et avait participé au dépouillement.

La sexagénaire continuait de soutenir financièrement sa section historique niçoise, où elle avait gardé de nombreuses amitiés. Elle est morte du Covid-19 en début de semaine.

Jean-Jacques Razafindranazy

Jean-Jacques Razafindranazy, victime du Covid-19.

Il symbolise l’implication des blouses blanches sur le front de l’épidémie. Prénommé Jean-Jacques, ce médecin retraité de 67 ans avait repris du service pour soulager ses collègues, à l’hôpital de Compiègne (Oise).

Début mars, c’est sans doute dans ce service qu’il contracte le virus. Il décède le 21 mars. Ses enfants n’ont pu l’embrasser avant sa mort. Et ils ne pourront l’accompagner lors d’un dernier voyage vers l’île de Madagascar, où il est né. Son corps n’a pu être transféré. Le sacrifice, jusqu’au bout.

Ellis Marsalis

Ellis Marsalis, victime du Covid-19.
Ellis Marsalis, victime du Covid-19. Photo DR

Dans la famille Marsalis, Ellis, 85 ans, était le patriarche. Un excellent pianiste, mais surtout, le père de Wynton (trompette) et Branford (saxo), deux stars de la scène jazz internationale.

Né à La Nouvelle-Orléans, la ville dont le seul nom donne envie de claquer des doigts, il est mort… à la Nouvelle-Orléans. Boucle bouclée pour l’interprète de Heart of gold ou My One and only love.

La maire de la ville a tweeté: "Il était le prototype de ce que l’on veut signifier lorsque l’on parle de La Nouvelle Orléans". Pas faux. Pour son fils Branford, "il était un géant de musicien et de professeur, mais il était un meilleur père encore". Bel hommage.

Pape Diouf

Pape Diouf.
Pape Diouf. Photo AFP

L’avion médicalisé était prêt. Une chambre l’attendait à l’hôpital L’Archet, à Nice. Mais l’appareil n’a jamais décollé. Pape Diouf est mort mardi soir à Dakar (Sénégal). Sur la terre de ses ancêtres. Il avait 68 ans.

Maudit Covid-19 qui a emporté un homme hors normes. Un homme pleuré en Afrique comme en France.

Pape (de son vrai prénom Mababa) a eu mille vies. Journaliste sportif (à la Marseillaise et au Sport), agent de joueurs (Boli, Desailly, Nasri, Drogba…), il a fini son chemin sur le terrain politique.

Mais son titre de gloire, il le décrocha en devenant président de l’OM. Le premier président noir d’un grand club français. Le Vélodrome l’adorait.

Mais comment ne pas aimer ce grand Pape plein de douceur, de culture, d’intelligence, de bienveillance? De sa voix grave s’envolaient des phrases élégantes et des mots fleuris.

Depuis l’annonce de sa disparition, Marseille est triste et tous ceux qui l’ont approché sont inconsolables.


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