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Ils rééduquent les chiens agressifs avec du temps De la saisie à l’adoption, lumière sur un long processus

Mis à jour le 15/10/2019 à 10:04 Publié le 15/10/2019 à 10:03
Loki.

Ils rééduquent les chiens agressifs avec du temps De la saisie à l’adoption, lumière sur un long processus

La société monégasque Sky Dog, sur un terrain dans le Paillon, éduque les chiens en proie à des troubles du comportement et opère également des sauvetages chez des propriétaires peu scrupuleux

Dans un film daté de 1998, Robert Redford incarnait l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux. Vanessa Gaudel et Théo Caruso, eux, susurrent des mots doux à celles des chiens. De leur passion respective pour les canidés - l’un évoluait alors à Monaco, l’autre dans le Var - est née une belle histoire d’amour. Puis, une société répondant au nom de Sky Dog, née le 27 mars 2017 (1).

D’une simple boutique en Principauté et de cours à domicile, celle-ci s’est délocalisée un an plus tard dans la vallée du Paillon. « On s’est consacré aux sauvetages et à l’éducation comportementale », explique Hugo, 25 ans, formé à l’éducation des chiens agressifs. Sur une propriété de plus deux hectares, à distance réglementaire des habitations voisines, les chiens évoluent dans de vastes enclos grillagés, quand ils ne sont pas dans la maison du couple.

5 millions de vues sur Youtube

Sky Dog, c’est avant tout deux branches bien distinctes. Le volet entrepreneurial, d’abord. « On gagne notre vie grâce à l’éducation à domicile et en extérieur. On privilégie les chiens avec des troubles du comportement, on aide les gens à garder leurs chiens, souffle Vanessa, 28 ans, déjà douze ans de métier. Il y a ceux qui sont agressifs avec les individus ou leurs congénères parce qu’ils sont asociaux, ceux qui ont peur de tout ou qui n’arrivent même pas à faire leurs besoins dans la rue. Parfois, ce ne sont même pas des chiens maltraités mais des chiens trop couvés. »

Un travail en profondeur de remise en confiance s’amorce alors, grâce notamment à l’aide précieuse des propres chiens du couple. Dont Isco, un chien dit « régulateur ». « Isco est un chien très sociable, rassurant, qui va provoquer le chien pour jauger son niveau d’agressivité. »

Et puis, la branche associative. En lien avec le collectif et réseau de bénévoles UPA06 (Urgence pour un animal), Sky Dog participe à des sauvetages d’animaux maltraités, abandonnés, en proie à de profonds traumatismes. Soit sur ordre de la justice, soit en négociant avec leurs propriétaires. Ils s’appellent Sparrow, Athena, Loki, Argos, Velia, Stallone… La rééducation progressive de Prince, un malinois ultra-agressif, a cumulé près de 5 millions de vues sur Youtube. Un coup de projeteur qui a fait connaître Sky Dog dans le milieu des sauvetages.

Dernière arrivée en date, celle d’Arthos, sauvé par les gendarmes et les associations animales des mains d’un propriétaire peu scrupuleux qui croisait ses chiens pour les vendre (lire ci-dessous). Sans subventions, Sky Dog carbure grâce à la passion viscérale des jeunes Vanessa et Hugo, guère avares en projets (lire ci-contre). « Il faut être investi, essayer de comprendre le chien, qu’il continue son éducation dans la compréhension et non dans la force. Il faut le laisser s’adapter et avoir du temps à lui accorder. Il y aura toujours du travail à effectuer. Plus on passe du temps avec lui, plus le chien évoluera et se sentira bien dans ses pattes. »

Orthos, « une arme » selon la justice

Sparrow, une patte coupée

Prince gardait de la drogue à Marseille

En bas de la propriété, un vaste espace est actuellement en travaux pour accueillir dès 2020 des cours collectifs, le couple n’assurant pour l’heure que des cours individuels. « L’idée est de faire venir dix maîtres et autant de chiens pour faire de l’éducation classique : les faire s’asseoir ou coucher, les rendre sociables, leur faire faire du slalom », relatent Hugo et Vanessa. Autre projet : devenir centre de compétition pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et organiser des compétitions de Dog Cross Fit, autrement dit une course d’obstacles entre les chiens participants. Le tout soumis à des règles strictes. « Il y a du saut de haies, du saut en longueur, du saut en hauteur pour attraper un boudin, de grands murs à franchir, du weight pulling c’est-à-dire la traction par le poids, liste Hugo. On reçoit tous les équipements le mois prochain. Le temps de tout mettre en place, d’aménager les lieux, on pourra débuter au début de l’année prochaine. C’est très prisé, on pourra accueillir une centaine de spectateurs. »

La renaissance d’un chien traumatisé, de la saisie à l’adoption, diffère largement selon les cas. La rééducation comportementale peut prendre un mois comme une année. Voire ne jamais aboutir, à l’instar de Prince, autrefois chien de garde belliqueux aux mains de trafiquants marseillais guère attachés à la cause animale (lire page précédente).

À leur arrivée dans le centre de réhabilitation, le travail d’analyse s’avère primordial. « On connaît déjà leurs antécédents. L’idée est de les laisser tranquilles dans leur box pour étudier leur comportement », débute Vanessa.

Prenons l’exemple d’Athena, un malinois d’un an et demi. Après observation, il apparaît que la chienne exècre la frustration. Impossible pour quiconque - à l’exception de Vanessa, celle qui l’a extirpé de son environnement malsain - de la commander. Au risque de goûter à ses crocs aiguisés. Ce jeudi-là, c’est Alycia, une bénévole de Sky Dog, qui tente l’expérience dans le parc aménagé, en contrebas de la propriété de deux hectares. En laisse et avec la muselière. « Allez, viens (...) Assis ». À peine deux ordres et voilà qu’Athena effectue des sauts de cabri pour attaquer la jeune fille de 19 ans, laquelle maintient fermement la laisse. « Stop Athéna ! », hurle Vanessa. La chienne s’immobilise. L’exercice reprend, la chienne se montrant de plus en plus docile. « Il faut du temps », sourit Hugo.

Du temps, il en faudra assurément pour Orthos, sauvé il y a plus d’une semaine à Gréolières, après l’intervention salvatrice de la gendarmerie. Pas encore au contact de ses congénères du centre, le malinois reste souvent prostré dans son box. « C’est un chien traumatisé et sans émotions. Il ne connaît rien », déplore le couple.

Ce jour-là, Vanessa entre sur son territoire, le prend en laisse. En présence de la jeune femme, l’animal revit, se sent en confiance, obéit même à quelques directives basiques. « Je suis choquée », lance la femme pour souligner les progrès significatifs en quelques jours. « Au début, il chargeait, il montrait les dents. On l’a sorti à deux avec chacun deux laisses dans la main, au cas où il en coupe une. Il n’est pas envisageable de l’amener en ville, nuance toutefois Théo. L’objectif à court terme, c’est qu’on puisse le conduire chez le vétérinaire pour lui faire un bilan de santé. Car un autre chien de la saisie est mort d’une maladie. »

Tout est question d’étapes et il s’agit, selon les deux tourtereaux, de ne pas les brûler. La balade en ville, le contact avec les inconnus ou avec des camarades à quatre pattes, le faire dormir dans la maison. « Comme s’il avait une vie lambda. Quand on sent qu’il est prêt à être adopté, on fait un post sur Facebook », poursuit Hugo, tout en précisant que si l’animal provient d’une saisie, il faut attendre la décision de justice.

Quelques lignes sur les réseaux sociaux pour vanter les qualités de l’animal. Et espérer que de nouveaux maîtres, aimants, craquent et l’adoptent. L’idée, bien sûr, est de ne pas le confier à n’importe qui. Les volontaires intéressés doivent d’abord répondre à un formulaire d’adoption. Vingt-deux questions très précises relatives au rythme de vie, à l’environnement, l’habitation, les allergies, la composition de la famille, si des animaux sont déjà présents au sein du foyer, le comportement avec les animaux, les motivations…

« En fonction du profil, on voit quel chien peut leur convenir. Une fois qu’on a sélectionné une famille, on fait une première visite au domicile pour voir si celle-ci n’a pas menti sur l’environnement. Si tout est bon, il y a quinze jours d’essai puis six mois comme famille d’accueil », détaillent Vanessa et Hugo. Ce n’est qu’au terme de cette demi-année que le chien est à leur nom. Un laps de temps pour protéger l’animal, dans l’hypothèse où les adoptants ne feraient pas l’affaire. Dans le contrat, « très draconien », figurent les recommandations et toutes les conditions. « On inscrit tout ce qu’ils n’ont pas le droit de faire. S’ils transgressent le contrat, on récupère le chien. C’est déjà arrivé. Une fois que le chien est à leur nom, c’est beaucoup plus compliqué de le reprendre. »

Pas de profil type chez les adoptants : des jeunes qui vivent dans un camion, une famille avec enfants ou encore une retraitée. L’important se résume en deux facteurs : l’environnement sain et l’amour distillé au chien qui en a si longtemps été privé.

Orthos.
Orthos, le dernier venu, a été saisi par les gendarmes à Gréolières. Il est désormais entre les mains de Sky Dog pour une rééducation, déjà fructueuse.
Sparrow.
Prince.
Chaque jour, les chiens évoluent dans un environnement sain au milieu de leurs congénères. La rééducation comportementale se fait à leur rythme.

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