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Il a (presque) fait "Mai 68"

Mis à jour le 28/05/2018 à 05:08 Publié le 28/05/2018 à 05:08
Avec beaucoup d'humour, Philippe Caravelli est revenu sur «Mai 68» à Menton. Dans les yeux d'un gamin de 14 ans.

Avec beaucoup d'humour, Philippe Caravelli est revenu sur «Mai 68» à Menton. Dans les yeux d'un gamin de 14 ans. A.R.

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Il a (presque) fait "Mai 68"

Tout le long du week-end, le théâtre du Lavoir, dans le Fossan, s'est replongé il y a cinquante ans. Philippe Caravelli a ouvert le bal, vendredi, avec une conférence sur sa propre expérience

Retour vers le futur. Le calendrier indique mai 68. Au théâtre du Lavoir, les murs sont placardés d'affiches d'époque. Aussi colorées que corrosives. Parmi elles, des unes de L'Enragé, un journal qui ne fut édité que durant les « événements ». Un morceau des Beatles - tout aussi brûlant - ne tarde pas à se faire entendre. « Lucy in the ska-aï with daïmonds… »

Entrée de Philippe Caravelli dans le foyer, pour son premier (et dernier) one-man-show. « Personnellement, j'ai toujours préféré les Beatles aux Rolling Stones. ça a été mon principal problème en 68… » introduit-il, face à un public d'amis hilares - déjà avertis par le titre du spectacle : « Comment je n'ai pas fait Mai 68 ».

Cette année-là, Philippe a 14 ans. Toutes ses dents. Et assume être né avec, dans la bouche, « une cuillère d'argent ».

Le proviseur pris en otage

« Le 20 mai 68, je m'apprête à rentrer au lycée pour passer mon BEPC (brevet) blanc. Sur place, les grands - les lycéens - causent de lutte ouvrière, d'autogestion, de paix au Vietnam. On les entend parler de "faire quelque chose" à Menton. Voyant en nous un moyen de grossir leurs effectifs, ils nous prennent en considération. À les entendre, les lycées de Nice sont déjà occupés. »

La cloche a beau sonner, tout le monde reste dans la cour. Quelques slogans commencent à galvaniser la foule. Au « Pas de compo ! » des plus jeunes, répond un efficace « Grève » des plus politisés.

« Le proviseur, interrompu dans son petit-déjeuner, observe. Le sur'gé - le ton légèrement altéré par un accent asiatique - demande de rentrer en classe. Les meneurs remontent la cour, font dos aux autorités. Tout le monde descend au gymnase ».

Plus cocasse encore est la suite : les élèves enferment le proviseur dans son appartement de fonction. « La légende veut qu'il y soit resté une semaine avec sa famille », se marre Philippe Caravelli. Précisant que le malheureux glissait de l'argent sous la porte pour qu'on lui fasse les courses.

Les plus grands se décident à occuper le lycée de la rue Saint-Charles jour et nuit. Pour les gamins, c'est plus compliqué…

« Le fait d'outrepasser les règles dans un lieu très réglementé nous donne un goût de découverte et d'espérance. Mais nous quittons le jardin d'Eden pour regagner nos pénates ».

2e jour de BEPC. L'épreuve de maths se déroule une fois encore… au gymnase. « Très en avance sur notre temps, nous suggérons que les fumeurs - qui représentent 99 % d'entre nous - aillent dans la cour », s'esclaffe l'orateur. Indiquant qu'une cagnotte est mise en place pour que les grévistes puissent se restaurer. Qu'aux coups de fil du rectorat, des élèves répondent que tout va pour le mieux. Puis ce qui devait arriver arriva. Des parents se postent aux grilles de l'établissement. Le père de Philippe répond présent. « Ce qui l'énervait le plus, ce n'était pas tant que le lycée soit occupé, mais le fait que je n'en aie pas parlé… » D'autant qu'en plus de la crise d'adolescence de leur fils - qui les inquiète - les Caravelli sont dans une mauvaise passe. « Ils venaient de prendre un gros risque financier en investissant dans un hôtel, où personne ne venait. C'est à partir de ce moment-là que je suis passé à côté de Mai 68 », balance le comédien d'un soir. Soulignant que certains jeunes Mentonnais sont partis défiler à Nice, mais « pas avec la violence ni la même fréquence qu'à Paris ».

« Ne pas oublier »

À Menton ? Tout rentre progressivement dans l'ordre. Même si « les plus grands revendiquèrent le statut de dernier lycée libéré. »

Le BEPC ? Il a été largement attribué à tout le monde. « Sur la plage, l'été, on se promet de ne pas oublier ces jours de printemps. À la rentrée, en seconde, les vieux profs nous traitent d'anarchistes, les jeunes échangent avec nous. »

Dans la salle, une dame sourit. Elle a été (jeune) prof de physique chimie à cette époque. Repérable à sa deuche et ses minijupes. « Le lieu symbolique, c'était la salle des profs. Avec ses tapis sur la table et ses fauteuils Louis XV. Des élèves étaient venus s'activer sur la table… » rit-elle. Rappelant que la mobilisation avait démarré d'un « refus de l'autorité rigide et d'une quête de liberté sexuelle ». Selon elle, le bilan de Mai 68 tient en quelques mots : « Cela a changé le relationnel, qu'on le veuille ou non. Nous sommes aujourd'hui ce que nous sommes, peut-être grâce à ça… »

Offre numérique MM+

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