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Hubert Védrine à Monaco: "L’avenir de l’Europe ne se joue pas aux élections"

Mis à jour le 05/04/2019 à 08:56 Publié le 05/04/2019 à 09:50
Hubert Védrine à l’hôtel Hermitage.

Hubert Védrine à l’hôtel Hermitage. Photo Dylan Meiffret

Hubert Védrine à Monaco: "L’avenir de l’Europe ne se joue pas aux élections"

L'ancien secrétaire général de l'Elysée sous François Miterrand et ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, auteur du livre "Sauvez l’Europe!", a tenu une conférence à Monaco. Selon lui, pour la sauver, "il faut clarifier qui fait quoi".

Après "La France face à l’islamisme", le cycle de conférences de Monaco Méditerranée Foundation s’est intéressé à l’Europe et son avenir dans un monde instable en mutation continue. Et pour causer de ce sujet, qui mieux qu’Hubert Védrine ? Auteur du livre Sauver l’Europe !, l’ancien secrétaire général de l’Élysée sous François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement Jospin s’est confié avant sa conférence, mercredi soir.

Pourquoi parlez-vous d’un monde instable en mutation continue?
António Guterres, secrétaire général de l’ONU, parle même d’un monde chaotique. Dans le sens scientifique du terme. On n’est pas à la veille d’une guerre. Force est de constater qu’il n’y a pas encore la fameuse communauté internationale, que les États-Unis sont la puissance numéro 1 mais elle est contestée sur plein de points, que la Chine monte mais ne contrôle pas tout, que les émergents ne sont pas d’accord entre eux, tout comme les Occidentaux et Européens. On a là un système pas ordonné et instable. La seule chose prévisible, c’est que tout cela ne va pas se transformer en un système organisé du jour au lendemain.

"il faut clarifier qui fait quoi"

Vous dites : "Il faut sauvez l’Europe en la changeant." Comment?
Le décrochage par les classes populaires et moyennes ne date pas d’hier et n’est pas apparu par le vote populiste des dernières années. Les pro-européens convaincus font croire depuis très longtemps que l’Europe a réponse à tout. Cela part d’un bon sentiment mais cela donne le sentiment qu’il n’y a qu’elle qui peut répondre aux problèmes écologiques et sociaux. Alimenter cela est dangereux et crée de la frustration. À l’arrivée, les gens se retournent contre l’Europe. Il faut raccrocher les peuples. On ne peut pas faire changer d’opinion les vrais anti-européens. Mais les sceptiques, les déçus, les allergiques à la réglementation, oui! On peut les convaincre d’un vrai projet européen, à condition de leur montrer que les décisions se prendront autrement. Il faut clarifier qui fait quoi.

Est-ce caricatural d’opposer les pro-européens et les euro-sceptiques?
On ne peut pas les opposer de façon binaire. C’est plus compliqué que cela.Il y a de vrais anti-européens. De l’autre côté, il n’y a quasiment pas de fédéralistes à part dans les journaux et les think thank. Et au milieu de tout cela, il y a les "pour", éparpillés dans une série de sous-courants.Il faut reconquérir ceux qui continuent à être pour l’idée européenne, tous ces hésitants qui sont au milieu.

Le mois prochain va être marqué par les élections européennes, est-ce une année à risque?
Pas spécialement. On ne joue pas l’avenir de l’Europe aux élections du Parlement. Je ne dis pas que ce n’est pas important car cela permet, dans chaque pays, de mesurer utilement le rapport des forces. À la rigueur, on joue plus l’avenir de l’Europe quand il y a de grosses élections générales en France ou en Allemagne.

"ce n'est Pas le monde des Bisounours, c'est Jurassic Park"

Selon vous, l’enjeu majeur est d’éviter une marginalisation de l’Europe. Pourquoi?
Si on est attaché à la civilisation européenne, à sa culture et à son mode de vie, il est évident que si les décisions sont prises chez les autres, cela ne durera pas éternellement. Si les décisions technologiques sont prises en Californie ou en Chine, si on ne sait pas comment se comporter face à la Russie et à la Chine, que la Turquie nous impose des règles, qu’Israël neutralise une partie de notre diplomatie… Le point commun entre ces puissances? Ils disent qu’avec l’Europe on peut faire ce que l’on veut. Pendant 10, 20, 30 ans, les Européens ne sont plus maîtres du jeu… Le vrai risque pour l’Europe, c’est qu’elle ne prenne aucune décision et dépende des puissances, et pas seulement celle de Donald Trump. Les peuples européens ont cru, depuis la guerre et la chute de l’URSS, qu’ils pouvaient vivre dans une bulle, dans le monde des bisounours. En réalité, c’est Jurassic Park.

Que pensez-vous de la lettre de Macron aux Européens?
Il y a une évolution assez réaliste de ses propositions. Au début, il avait tenu de grands discours idéalistes, en tant qu’Européen convaincu. La plupart des propositions n’avaient pas été soutenues. Chaque pays européen est aux prises avec des problèmes terribles.On a l’impression que l’énergie des Européens se concentre uniquement à régler leurs propres problèmes internes.
Cette lettre, plus ciblée et réaliste, a plus de chances d’avoir de l’effet.

"le brexit aurait pu être évité"

Il propose de remettre à plat l’Espace Schengen…
Il a raison. Il y a une vraie faute de naïveté. Schengen est formidable pour supprimer les frontières internes mais on ne s’est jamais réellement occupé de la gestion des frontières extérieures. On est rattrapé par l’évolution des choses, il faut absolument mettre de l’ordre dans tout cela. Si on veut calmer l’angoisse des Européens, peut-être exagérée si on regarde les chiffres, il faut garder le droit d’asile, le repréciser clairement car il est massivement détourné par les trafiquants d’immigration illégale. Le sanctuariser, même. Il faut qu’on arrive à une cogestion entre les pays de départ, de transit et d’arrivée.

Votre avis sur le Brexit?
C’est dommage. Je pense que ceci aurait pu être évité, avant, dans le processus qui a conduit David Cameron (ancien premier ministre du Royaume-Uni, NDLR) à prendre ce risque exagéré. S’ils restent, je m’en réjouirai. Je ne crois pas que ce soit une bonne chose qu’ils partent. Ni pour eux, ni pour l’Europe. S’ils ne restent pas, l’idée importante est qu’il faut garder un lien stratégique avec le Royaume-Uni.


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