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Face à une pénurie de personnel, qui sont les maîtres-nageurs sauveteurs qui surveillent vos plages à Menton et Roquebrune-Cap-Martin?

Le secteur subit une importante pénurie de maîtres-nageurs. Une situation "exceptionnelle" qui a contraint les établissements privés et la municipalité à prendre des mesures d’urgence.

Manon Reinhardt Publié le 03/08/2022 à 14:17, mis à jour le 03/08/2022 à 14:10
A défaut de maîtres-nageurs sur les plages privées, le Sdis a dû renforcer ses équipes, sur la plage des Sablettes notamment. photo Dylan Meiffret

Les cinq maîtres-nageurs normalement postés sur les Sablettes durant la saison estivale ne sont plus. Et pour cause, les établissements privés situés sur cette parcelle de plage n’ont, pour la plupart, pas réussi à recruter malgré la multiplication des offres d’emploi. Seulement trois sont actuellement dotés d’un surveillant de baignade, dont deux se partagent, sur dérogation, un seul maître-nageur.

Surveillance assurée par le Sdis

Alors, à situation exceptionnelle mesure exceptionnelle. Un avenant à la convention initialement instaurée entre municipalité et Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) a été ajouté. Il prévoit le renforcement des équipes, contre rémunération de ces derniers en fin de saison. Une grande première. "Les plages privées sont au milieu des plages publiques. L’espace n’est pas énorme, c’est un petit plan d’eau, explique Marie-Laure Morgado, responsable santé, hygiène et sécurité à la mairie de Menton. La collectivité a donc choisi d’ajouter des surveillants pour pouvoir assurer la sécurité des baigneurs dans ces établissements." 

Au total, trois sapeurs-pompiers, un de plus qu’en temps normal, scrutent la baie. Une enveloppe supplémentaire leur sera octroyée, en plus des 150.000 euros prévus chaque année. Une facture sera ensuite adressée aux établissements des Sablettes.

"Encadrement bien établi"

Dylan (le prénom a été modifié, ndlr) est l’un des seuls surveillants à avoir été embauché par une plage privée sur ce site. Pompier volontaire toute l’année, il a opté pour le privé: "Ici, je suis autonome alors qu’au Sdis c’est du travail en équipe, ce ne sont pas les mêmes horaires ni le même rythme de travail". Originaire de la région, le logement, non inclus dans son contrat, n’a pas non plus été un problème. Il travaille quotidiennement avec les équipes des sapeurs-pompiers présentes au poste de secours Rondelli. "Il y a les petits jeunes qui tournent, on communique, on se connaît, je sais que je peux compter sur eux et ils savent qu’ils peuvent compter sur moi."

Ces "petits jeunes", Etienne en fait partie. Professeur d’EPS dans le nord de la France, il revient ici chaque été depuis 2016. "Je connais très bien les lieux, il y a une possibilité d’évolution car dès la troisième année, on peut passer chef de poste", détaille-t-il, tout en balayant du regard la plage du Casino sur laquelle il a été affecté. S’il a choisi ce territoire, c’est "évidemment pour le cadre de vie" qu’offre la baie mentonnaise. Mais pas que. "Ici, il y a un encadrement qui est bien établi avec une hiérarchie. Nous avons à disposition du matériel et des moyens que nous ne retrouvons pas ailleurs. Des véhicules, un bateau, un poste de secours… On est également couvert en tant que fonctionnaire. Si demain, il arrive quelque chose ou que malheureusement on n’arrive pas à intervenir, il y a un dispositif qui nous protège."

 

50% de renouvellement

Au contraire des plagistes, il reste plus facile pour le Sdis de recruter. D’abord, car les sapeurs-pompiers ne renouvellent que 50 % de leurs effectifs - 36 sauveteurs sont revenus cet été - et surtout car les saisonniers sont logés gratuitement. "Sur la Côte d’Azur, ce n’est pas tout le monde qui peut se le permettre!", concède Etienne. Les logements sont mis à disposition par les communes de Menton et Roquebrune-Cap-Martin.

Pour compléter ses équipes, la caserne mentonnaise procède par anticipation. « On s’y prend très à l’avance, dès que la saison est finie on commence déjà à préparer la suivante. On utilise surtout les réseaux sociaux et surtout, le bouche-à-oreille, c’est comme ça que l’on recrute beaucoup, puis on essaie de les faire revenir le plus possible », explique Frédérik Caille, commandant. Les profils varient, tantôt des sapeurs-pompiers volontaires, tantôt des étudiants. Sur 60 maîtres-nageurs recrutés pour les territoires de Menton et de Roquebrune-Cap-Martin, les deux-tiers sont affectés à la Cité du citron. Seulement six habitent le littoral.

"C’est devenu un confort de travailler ici. Humainement, nous sommes très bien accompagnés, de la formation jusqu’aux interventions. Cela nous met en confiance, de grandir et de progresser », confie Etienne, qui pourrait bien tirer sa révérence d’ici quelques saisons. Le « petit jeune » n’en est plus vraiment un. Il est désormais « le plus ancien de tous les sauveteurs de Menton".

Rocco Loisi, gérant de La Cabane, souhaite « redonner l’envie » aux jeunes de postuler. Photo Dylan Meiffret.

Pour attirer les jeunes, "il faut faire de la pédagogie"

Il faut bien le dire, les maîtres-nageurs sont désormais des denrées rares. "Comment rendre le métier plus attractif?", se demande Rocco Loisi, directeur de la plage privée La Cabane sur les Sablettes. Il est l’un des seuls établissements qui a trouvé preneur, in extremis.

Dérives du métier

"Je ne comprends pas pourquoi les jeunes ne répondent pas à ce type d’offres d’emploi, regrette-t-il. Les maîtres-nageurs ont des salaires assez importants, ils sont nourris, ils font des horaires cools et c’est dommage que l’on n’arrive pas à en trouver!"

Pour un maître-nageur, il faut compter entre 1.800 et 2.200 euros mensuels. La rémunération peut varier en fonction des termes du contrat, notamment si le logement y est compris. Pour Dylan (le prénom a été modifié, ndlr), surveillant sur une plage privée mentonnaise, si le métier n’attire plus, c’est parce qu’il est victime de ses dérives: "Les jeunes se retrouvent souvent à être exploités, à faire le service et à en faire beaucoup plus que ce qu’ils ne devraient". Lui-même a quitté un emploi en début de saison pour ces mêmes raisons.

Mais si le secteur manque de postulants, ce n’est pas la seule raison. "Je pense surtout qu’il y a un gros manque de communication", déplore ce surveillant de baignade.

"Il faut changer de stratégie"

Un avis partagé par Rocco Loisi. "Il faut faire de la pédagogie, informer les jeunes sur le métier et leur dire de passer le diplôme [le brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique, ndlr]. Leur redonner l’envie, proposer de meilleures conditions de travail avec peut-être revoir la question du salaire ou celle de leur donner plus de responsabilités, je ne sais pas. Dans tous les cas, il faut changer de stratégie."

Le gérant prévient néanmoins que les missions ne sont pas à prendre à la légère: "C’est une responsabilité, ce n’est pas un jeu, c’est quand même un travail important mais c’est quelque chose qu’il faut développer. Nous devons l’expliquer aux jeunes, on en a besoin!"

Dylan rappelle également les quelques prérogatives à remplir pour exercer ce métier. "Il faut aimer nager, il faut aimer les autres et les surveiller. Je conseille à ceux qui veulent essayer de d’abord commencer avec une saison au Sdis pour découvrir le travail en équipe."

Sur les Sablettes, seuls trois établissements ont réussi à recruter un maître-nageur. Photo Dylan Meiffret.

Mesure exceptionnelle ou solution durable?

Et si cette mesure d’urgence s’imposait comme une solution durable? C’est en tout cas "une analyse à porter", selon Marie-Laure Morgado, responsable santé, hygiène et sécurité de la Ville.

Pour ce faire, il faudrait une évolution de la loi qui oblige actuellement chaque établissement à disposer de son propre maître-nageur du 15 juin au 15 septembre, sous peine de fermeture.

"Selon le profil du terrain à surveiller, comme la plage des Sablettes qui mesure l’équivalent de deux piscines et qui est un petit plan d’eau, une adaptation des textes de loi pourrait être menée", questionne-t-elle en précisant qu’il s’agit "d’une réflexion globale". Le site compte une plage publique sur laquelle un important dispositif de secours est déjà déployé. Alors pourquoi ne pas mutualiser la surveillance?

Michèle Leoni-Martini, présidente de l’Association des Établissement Balnéaires de la Riviera Française (l’EBARF), ne semble pas l’envisager sur le long terme: "Ils font un super travail, ce sont de vrais professionnels, je pense que la surveillance est plus assidue mais c’est vraiment à défaut de maîtres-nageurs cette année. J’espère que tout reviendra à la normale l’an prochain."

Du côté de la caserne mentonnaise, le commandant Frédérik Caille reste plutôt ferme sur la question: "à la demande de la municipalité, nous avons accepté de renforcer nos équipes au vu des carences des plagistes. Mais nous ne pouvons pas nous substituer aux obligations des plages privées du moment qu’ils proposent un service payant".

Quelles formations?

Pour devenir nageurs sauveteurs pour le Sdis, les postulants doivent avoir passé le Premier secours en équipe de niveau 1 (PSE1) et le Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA). C’est le diplôme qui permet de surveiller des plans d’eau, privés ou publics, et d’assister un maître-nageur. Il est valide durant cinq ans, après quoi il faudra demander un renouvellement.

Les recrues sont ensuite formées lors de stages de Surveillance des Baignades et Activités Nautiques (SBAN) où leurs aptitudes sont évaluées. "Certains réussissent, d’autres échouent car c’est certificatif. Ils ont aussi des ateliers de secourisme. C’est la base du travail de nageurs sauveteurs quand on doit secourir une victime. Ensuite, ce sont des techniques de sauvetage avec des bouées tubes, de la récupération de personne inconsciente et consciente", souligne le sergent Stéphane Casazza, chargé des formations et du suivi des saisonniers au Sdis 06.

Cette année, ces stages se sont effectués par petits groupes de huit à treize personnes. Le PSE2, obligatoire, est également dispensé par l’association de l’Union départementale des sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes.

Ces diplômes ouvrent ensuite la voie à la surveillance des 4.100 mètres de plages publiques mentonnaises durant la saison estivale. Pour ceux qui souhaiteraient avoir la possibilité de donner des cours de natation, il faudra cependant obtenir un Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS).

Le chiffre

50. C’est le nombre de nageurs sauveteurs recrutés par le Sdis 06, cette année, pour assurer la surveillance des plages publiques à Menton et à Roquebrune-Cap-Martin. Environ 45 viennent d’autres régions.

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