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Extension en mer: feu vert au Conseil national

Les élus se sont prononcés hier en soir en faveur de la loi de désaffectation de parcelles de l'État, qui permettra la réalisation de ce nouveau quartier. Non sans quelques bémols

CEDRIC VERANY Publié le 29/06/2016 à 05:11, mis à jour le 29/06/2016 à 05:11
La séance d'hier soir a été marquée par le vote donnant légitimité au projet d'extension en mer du côté du Larvotto. Photo Michael Alesi

L'enjeu était annoncé comme capital pour l'avenir du pays. « Absolument essentiel », selon le ministre d'État, « pour offrir à la Principauté ce dont elle a le plus besoin : les moyens de s'agrandir ».

Réuni en séance publique hier soir, le Conseil national s'est prononcé favorablement sur la désaffectation de parcelles et de volumes à l'anse du Portier. Une décision légale donnant le feu vert au projet d'extension en mer préparé depuis de nombreux mois par le gouvernement princier.

Le projet prévoit de gagner six hectares sur la mer au Larvotto, un demi-siècle après la construction de Fontvieille. De quoi laisser la possibilité à la société Bouygues TP de bâtir 60 000 mètres carrés de bâtiments privés et publics. Un projet estimé à près d'un milliard d'euros, dans lequel « les promoteurs et les investisseurs prennent les risques entrepreneuriaux tant en termes d'aléas techniques liés aux coûts de construction qu'en terme de commercialisation », a souligné, dans son rapport, le président de la commission des finances, Marc Burini.

«La population monégasque absente»

S'il a reproché la méthode au gouvernement dans le montage du dossier, où les élus se sont sentis à l'écart, Marc Burini a admis que le projet est « propice au développement économique de notre pays ». Au contraire de Fontvieille il y a cinquante ans, où s'ouvrait un nouveau quartier, sur cette nouvelle extension, 72 % de l'espace sera du bâti privé, pour 28 % de domaine public d'espaces verts et surfaces techniques. « Il s'agit essentiellement d'une opération devant permettre la réalisation d'immeubles privés de grand standing destinés principalement à la vente. La population monégasque en est le grand absent. »

 

Idée reprise par Jean-François Robillon : « Le gouvernement pense qu'une soulte et des aménagements veulent dire quelque chose de précis pour nos concitoyens. Je ne le pense pas. »

Parmi les doléances et les craintes formulées par les élus, celle des travaux. « L'essentiel du chantier de l'infrastructure maritime se déroulera par la mer », a précisé Marie-Pierre Gramaglia. Par la suite, « la circulation des camions empruntera un itinéraire qui impactera le moins possible la circulation ». Mais Jean-Louis Grinda s'est inquiété « des nuisances pour les Monégasques et les résidents qui semblent inéluctables ».

Recettes surestimées ?

Côté regrets, Jean-Michel Cucchi, pense que le projet « n'est pas allé au maximum possible » en matière de mètres carrés. Et déplore « l'absence de logements pour nos compatriotes, ce qui aurait été plus simple pour s'approprier ce quartier ». Béatrice Fresko, elle, plaide « l'absence d'un édifice public dans le quartier, comme un musée ».

 

Plusieurs élus se sont aussi montrés inquiets du montage financier. « Les coûts me semblent majorés, les recettes surestimées », dixit Thierry Poyet.

« On nous avait promis 500 millions de retombées pour la tour Odéon, on les attend encore », se souvient Alain Ficini.

« Nous aurions pu et dû obtenir davantage », souffle Jean-Louis Grinda. Repris par son collègue de parti, Bernard Pasquier : « Dire que l'État ne finance pas ce projet est avoir une vision étroite du mot financer. Car l'État finance ce projet en cédant au promoteur des droits à bâtir, qui ne seront plus à vendre. Nous nous séparons d'un actif foncier .»

Laurent Nouvion, lui, a fait part de sa « crainte » concernant « les dommages directs et indirects sur la réserve maritime et le littoral qui sera très affecté ». Mais aussi sur l'esthétique, « un immeuble assez haut qui dénaturera la vue depuis le Jardin japonais et ses alentours ». Et sur le coût de l'entretien de la dalle, qui reviendra à l'État.

À l'heure d'acter un texte historique, certains ont (encore !) taclé l'ex-président Nouvion, à l'image de piques lourdes lancées par Philippe Clérissi ou Jean-François Robillon. Une animosité inutile. À l'autre bord, les nouveaux président et vice-président, eux, roucoulaient. À l'image du « vous êtes toujours aussi brillant » lancé par Christophe Steiner à Marc Burini à la fin de son exposé.

 

Le projet a finalement été adopté sereinement. Malgré le vote contre de Daniel Boéri. Pour le doyen de l'assemblée, « l'urbanisation en mer est une ardente obligation. Les générations futures devront assumer notre choix de ce soir. Mais ce projet oublie quasiment la totalité de Monaco et des Monégasques. Et ces contreparties ne compenseront pas notre perte d'identité ». Parole de sage ? L'avenir le dira.

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