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EXCLUSIF. Mgr Bernard Barsi fera ses adieux au diocèse de Monaco le 27 janvier 2020

Mis à jour le 25/12/2019 à 10:07 Publié le 25/12/2019 à 10:10
"Je n’ai pas encore vraiment réalisé que j’allais quitter Monaco…"

"Je n’ai pas encore vraiment réalisé que j’allais quitter Monaco…" Photo Sébastien Botella

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EXCLUSIF. Mgr Bernard Barsi fera ses adieux au diocèse de Monaco le 27 janvier 2020

L’archevêque de Monaco annoncera son départ le jour de la Sainte-Dévote. Son successeur n’est pas encore connu. Dans cet entretien, Mgr Barsi revient sur ses vingt années passées sur le Rocher, dans un pays où le catholicisme est religion d'Etat.

Vingt ans. Une vie. Le 27 janvier prochain, dans un mois, Bernard Barsi fera ses bagages et quittera son appartement de l’archevêché, logé en contrebas de la cathédrale de Monaco, où il vit depuis l’an 2000. L’homme d’Église rentrera chez lui, à Nice, sa ville natale, là où tout a commencé, en 1969, lorsqu’il a été ordonné prêtre, en la cathédrale. Il terminera le siècle dans ce diocèse avant d’entamer le suivant en Principauté.

À 79 ans, Bernard Barsi prendra sa retraite tout en restant archevêque émérite de Monaco, un titre qui lui permettra de garder un lien avec la Principauté – et d’être enterré dans la cathédrale. Ce pays où il a tant de souvenirs, tant d’amis, auquel il s’est attaché profondément, intimement. À un mois de l’échéance, Mgr Barsi ne réalise pas encore que la page monégasque est sur le point de se tourner. Ce qui ne l’empêche pas d’ouvrir ici, en ce jour de Noël, son épais livre de souvenirs.

"Je suis très attaché aux gens de Monaco"

Vous vous apprêtez à célébrer votre dernier Noël à Monaco, à la tête de l’archevêché. Un pincement au cœur?
Ce sera mon vingtième Noël, effectivement. Et le dernier ici. Je n’ai pas encore vraiment réalisé que j’allais quitter Monaco… Maintenant que l’échéance approche, je commence à me poser des questions. Je connais tout le monde ici, je ne peux pas faire un pas dans la rue sans que l’on m’arrête. Je ressens une réelle sympathie à mon égard.

Vous appréhendez le moment du départ?
Oui, forcément. Je suis très attaché aux gens de Monaco. Vingt ans, c’est une vie. Je travaille en ce moment sur le bilan de tout ce qui a été fait en vingt ans dans ce diocèse. C’est considérable.

Quand cesserez-vous vos fonctions d’archevêque de Monaco?
Le lundi 27 janvier, le jour de la Sainte-Dévote. Je ferai alors mes adieux officiels au diocèse. Lors de cette messe, je rendrai aussi grâce à Dieu pour les bienfaits qui m’ont été accordés pendant ces vingt années.

Votre successeur sera déjà là?
Non, il ne sera pas encore arrivé. Mais j’espère qu’il sera nommé à cette date.

Où en sommes-nous?
La succession est un processus long. C’est à Rome que tout se passe. Le nonce apostolique, c’est-à-dire le représentant du pape dans un pays, cherche des personnes susceptibles de devenir évêque. Il envoie plusieurs noms à Rome, où la congrégation pour les évêques, présidée par le cardinal Ouellet, présente ensuite trois noms au pape, qui en choisit un. Si l’intéressé accepte, le prince est informé. On lui demande alors s’il a des objections d’ordre politique à cette nomination. Pour l’instant, le choix n’a pas été fait.

Que se passera-t-il le 27 janvier, faute de successeur?
Je ferai mes adieux ce jour-là. Mais s’il n’y a pas d’évêque, j’assurerai l’intérim. Je deviendrai administrateur apostolique du diocèse de Monaco.

"Je suis heureux d'avoir ouvert l'agora"

Quel premier bilan tirez-vous de ces vingt années à la tête du diocèse de Monaco?
Je retiens deux choses. D’abord, les orientations que j’ai données, en travaillant avec tout le diocèse, lors des assemblées diocésaines, réunissant plus de 200 personnes. Il y en a eu quatre en vingt ans. À ces occasions, j’ai pris des décisions, mais qui avaient été préparées par un groupe important de laïcs, de religieuses et de prêtres engagés dans la vie du diocèse. C’était un travail collectif.

Quelles ont été ces orientations ?
Elles tournent autour de quatre thèmes : conforter la foi des croyants ; accueillir ceux qui viennent vers nous ; sortir de nos églises pour aller à la rencontre des gens ; former les chrétiens, en particulier face aux questions nouvelles qui se posent dans le monde aujourd’hui.

Et le second point ?
La construction de l’Agora, qui a ouvert ses portes l’an dernier. C’est un outil pastoral qui correspond tout à fait à mes souhaits. Cela a pris du temps. Il a d’abord fallu trouver un terrain, puis les fonds. C’est aujourd’hui un lieu d’accueil, où l’on a rassemblé tous les services du diocèse. Désormais, les gens travaillent ensemble. C’est aussi un lieu de formation, mais aussi de culture. Je suis très heureux d’avoir réussi à l’ouvrir.

"deux larmes coulaient des yeux du prince Rainier"

Quel est votre meilleur souvenir à Monaco?
(Hésitation) Il y en a beaucoup. Je pense aux moments heureux de la Principauté auxquels j’ai participé :
l’avènement du prince, son mariage, le baptême des enfants. Ces moments heureux m’ont d’autant plus marqué que j’étais en première ligne. J’ai senti, à ces occasions, une communion entre les Monégasques, les résidents et la famille princière. Je retiens aussi ces assemblées diocésaines, où je me sentais comme un pasteur au milieu d’un peuple. Je garde aussi un troisième souvenir très fort : la messe chrismale. C’est une messe exceptionnelle qui se déroule juste avant Pâques, dans la cathédrale, où l’évêque rassemble tout son peuple et bénit les huiles qui vont servir aux sacrements. Ce moment de célébration est très intense. C’est là que j’exerce ma responsabilité d’évêque.

À l’inverse, quel est le souvenir le plus triste, le plus douloureux que vous conserverez de ces deux dernières décennies?
Les funérailles du prince Rainier. Sa maladie, tout au long de laquelle je l’ai accompagné. Ce souvenir est difficile… Les derniers temps, il était dans une sorte de coma. Il entendait ce qu’on lui disait. Je me souviens de ce jour où je lui ai apporté la bénédiction spéciale du pape Jean Paul II, qui était en train de mourir lui aussi. Pendant que je lui parlais, deux larmes coulaient de ses yeux. Ça m’a beaucoup touché… (long silence)

Votre fonction vous rend très proche de la famille princière…
C’est une famille comme une autre, si je puis dire. L’ancien archevêque de Monaco, Mgr Brandt, m’avait dit à propos de la famille princière : "Soyez comme un prêtre proche d’une famille."

Quelles relations entreteniez-vous avec le prince Rainier?
Quand j’ai connu le prince Rainier, il sortait très peu de Monaco. Il était très présent dans la vie de la Principauté.
Il suivait tout, dans les moindres détails. Il m’impressionnait, par sa connaissance des hommes et des situations. Il avait une profondeur et une vision très importante sur Monaco. C’était le patron, il voyait tout (rire).

Et avec le prince Albert?
Je me sens très proche de lui parce que nous avons partagé tellement de choses ensemble… Je sens une grande confiance entre nous. Je le dirai à mon successeur : il faut être proche de la famille princière, certes, mais aussi des gens qui sont dans la difficulté, être leur avocat et répercuter leurs besoins.

questions d'actualité

Travail du dimanche
"Le dimanche est à la fois le jour de Dieu, où l’on peut le célébrer ou pas, mais c’est aussi le jour de l’homme. S’il n’y a plus un jour de la semaine où tout le monde peut se retrouver en famille ou dans une vie sociale, c’est la fin de notre société. Ma question était celle-ci : quelle société voulons-nous ? Je comprends bien que des services doivent fonctionner même le dimanche. Mais il faut que cela reste une exception et que le dimanche ne soit pas banalisé, un jour comme les autres. Ceux qui travaillent le dimanche doivent être respectés et payés en conséquence. Nous sommes arrivés à un compromis."

IVG
"L’avortement reste toujours répréhensible, à mes yeux. Nous, chrétiens, défendons la vie, du commencement jusqu’à la fin. Pas d’euthanasie ni d’avortement, donc. En revanche, la femme qui a avorté, il ne faut pas l’accabler, la mettre en prison. L’Église, elle-même, accorde le pardon. L’État peut donc faire la même chose. C’est le sens de cette loi. En revanche, l’avortement reste interdit à Monaco. C’est une ligne rouge pour l’Église. Sans quoi, ce n’est plus la peine d’avoir une religion d’État."

Contrat de vie commune
"Pourquoi avoir rédigé ce courrier ? Parce que, malgré toutes les discussions que nous avions, nous n’arrivions pas à avancer.
Il y avait des marchandages. Ce n’était plus possible. Je ne voulais pas que le mariage soit dévalué et mis sur le même pied que l’union libre ou le concubinage. Je voulais faire entrer dans la loi d’autres cas. Exemple : une fille qui vient vivre chez son père malade. Le jour où le père meurt, le contrat de location étant au nom du père, la fille était mise dehors. Il fallait qu’elle soit protégée. Je voulais que le champ de ce texte soit élargi, et il n’y avait pas moyen de s’entendre. J’ai donc rédigé une lettre un peu sévère. Je ne regrette pas ce courrier privé, tout en sachant qu’il ne resterait pas privé. Finalement, les gens qui l’ont diffusée (Monaco-Matin, du 23 octobre) m’ont rendu service. Ce fut un moment difficile mais cette médiatisation a été utile puisque cela a fait bouger les choses. Le prince lui-même a réagi (Monaco-Matin du 19 novembre). Depuis le début, il était d’accord avec moi sur ce sujet."

En deux mots

La foi à Monaco
"Je n’ai pas observé de changement majeur sur ce plan-là depuis mon arrivée. L’époque a évolué, c’est sûr, et la foi se manifeste à travers beaucoup d’engagements de la part des chrétiens. Les jeunes n’adhèrent pas toujours à certaines cérémonies traditionnelles, mais je n’ai pas l’impression que la foi ait reculé."

Le rôle de l’archevêque
"Comme tout évêque, il doit prendre soin de tout le monde. Ici, dans un pays où la religion catholique est la religion de l’État, il est consulté sur certains sujets. L’archevêque doit donc intervenir, parfois fortement, pour rappeler le point de vue de l’Église et défendre des positions."

La religion d’État
"Concilier évolution de la société et religion d’État n’est pas toujours facile. J’essaie de tenir compte de ces évolutions mais il y a des lignes rouges que l’on ne peut pas franchir, sinon il faut changer la Constitution."

Les pouvoirs du prince
"Certains voudraient réduire les pouvoirs du prince. Le souverain a tous les pouvoirs, même s’il y a un Conseil national qui fait des propositions, qui vote des lois et le budget. Le prince est prince par la grâce de Dieu. Si vous enlevez ce pilier historique qui date de 700 ans, le prince va se retrouver tout nu. Le prince fait l’unité du pays. Il est nécessaire qu’il conserve ses pouvoirs."


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