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Être (imaginaire) ou ne pas être, telle est la question…

Les deux invités d'honneur de « Lecture en fête », organisé tout le long du week-end à Roquebrune, sur le thème de l'imaginaire, déclinent la notion à leur manière. Démonstration

alice rousselot Publié le 03/12/2017 à 05:13, mis à jour le 03/12/2017 à 05:13
Au premier abord, Bernard Werber et Romain Sardou incarnent deux visions de la littérature. À ceci près que l'un comme l'autre jonglent en permanence entre réel et imaginaire - un thème justement choisi par « Lecture en fête » cette année.
Au premier abord, Bernard Werber et Romain Sardou incarnent deux visions de la littérature. À ceci près que l'un comme l'autre jonglent en permanence entre réel et imaginaire - un thème justement choisi par « Lecture en fête » cette année. Jean-François Ottonello

L'ancien journaliste scientifique, dont on connaît surtout l'Œuvre littéraire depuis la sortie des Fourmis en 1991, envisage assez logiquement l'imaginaire à travers le prisme de la science. Même si la notion lui pose problème. « Il n'y a pas véritablement d'imaginaire. On ne peut imaginer ce que l'on n'a pas vu. Le monde des rêves nous permet seulement de tendre vers la connaissance de quelque chose que l'on n'a jamais expérimenté ».

Aussi l'imaginaire se confronte-t-il, selon Bernard Werber, à la limite des cinq sens. Aussi l'auteur s'attache-t-il, dans ses écrits, à « donner des détails réels ». Quand bien même le résultat pourrait paraître fantaisiste, sinon farfelu pour qui n'aurait pas été informé au préalable. Notamment dans son nouveau roman, Depuis l'au-delà.

« Je m'appuie sur des témoignages réels de médiums. Toutes les histoires racontées sont vraies, j'essaie de ne rien sortir ex nihilo. Ce n'est pas un délire personnel », assume-t-il, un discret sourire aux lèvres. Expliquant que sa démarche consiste toujours à étudier un thème, dans un premier temps. Afin d'élaborer un possible scénario. Avant d'en discuter avec de (vrais) gens. « Je préfère ça à internet ou à des livres parce qu'il s'agit d'une information exclusive. Et certaines d'entre elles sont parfois plus justes que dans les journaux. Parce que j'ai eu le temps de les vérifier ! » Et d'ajouter qu'en tant que romancier, il aime les récits quand ils sont cohérents. Sa formation de journaliste l'incitant à toujours douter. « Il ne faut pas croire que d'un côté il y a les foldingues, de l'autre les tribunaux et la science », souligne-t-il cela dit. Convaincu que les deux mondes se retrouvent. De son point de vue, l'imaginaire permet en fait à la littérature de ne pas se « recroqueviller ». « Quand elle ne fera que parler du nombril de son auteur, alors ce sera signe qu'elle rétrécira », clame-t-il. Lui, le bourreau du travail qui corrige ses livres encore et encore. « J'ai repris toute l'intrigue de celui que je suis en train d'écrire, ce matin. Je fais toujours une première version nulle avec une mauvaise intrigue. » L'auteur en est ainsi à la version F du prochain opus.

 

Pour être vraisemblables, les récits historiques doivent-ils échapper à l'imaginaire ? Non, et triple non. La plongée dans des documents de travail très précis n'exclut pas une part d'imagination, assure Romain Sardou. « L'imaginaire est présent même dans les choses les plus sérieuses. Quand les historiens découvrent un nouveau document, il leur faut imaginer pour recréer le passé », dit-il. Allant jusqu'à citer Anatole France : « L'histoire n'est pas une science, c'est un art. On n'y réussit que par l'imagination ».

Net et sans bavure.

Et puis, rappelle Romain Sardou, sa mission de romancier historique le pousse à retranscrire des faits, soit, mais également à raconter une histoire. Avec toutes les contraintes que suppose une (bonne) intrigue. « L'imaginaire est une question de scrupule. Cela change selon le romancier. Pour qu'une histoire soit vraisemblable, j'ai été contraint de décaler de trois semaines l'élection d'un pape. C'était la méthode d'Alexandre Dumas : ses livres sont bourrés d'éléments réels, mais on y retrouve aussi certaines libertés. Cela ne veut pas dire pour autant qu'on raconte n'importe quoi, voire qu'on se trompe… »

Passionné de Moyen-Âge - une période injustement considérée comme noire et barbare - le romancier explique ainsi prendre plaisir à mélanger dans ses romans « les clichés que les gens ont en tête et des documents sur les côtés lumineux de l'époque. » Un savant cocktail qui plaît à ses lecteurs. Fidèles même si certains codes de la littérature - telles que les romances amoureuses - ne s'y retrouvent pas. Questionné sur l'absence de femmes dans un de ses livres, Romain Sardou s'amuse à répondre qu'il lui est difficile de « faire un personnage féminin crédible. Ce sont souvent des mecs déguisés en femmes… On a beau dire qu'il est illimité, les limites de l'imaginaire sont là. » Dur dur d'écrire sur quelque chose que l'on n'a jamais éprouvé. Mais que les lecteurs soient rassurés : sa dernière trilogie, America, qui se déroule durant la révolution américaine, est véridique en tous points. Seules les deux familles rivales ont été inventées.

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