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Enrico Braggiotti, homme d'affaire et fondateur de la Monaco Méditerranée Foundation, est décédé

Mis à jour le 01/11/2019 à 09:45 Publié le 01/11/2019 à 10:30
Enrico Braggiotti, dans son bureau

Enrico Braggiotti, dans son bureau Photo DR

Enrico Braggiotti, homme d'affaire et fondateur de la Monaco Méditerranée Foundation, est décédé

Le banquier, homme d’affaires et président de la Monaco Méditerranée Foundation est décédé mercredi, à 96 ans, entouré des siens

"Vous connaissez probablement le mot de Voltaire qui s’adresse au fils d’Ampère et lui dit : “A votre âge Monsieur, on doit soigner sa vie, au mien on doit soigner sa mort. Je ne sais pas lequel de nous deux a un meilleur destin” ». Il y a à peine un mois, et tandis que nous le sollicitions pour l’interviewer, c’est par cette citation qu’Enrico Braggiotti, amateur de jolies phrases et de poésie, déclinait notre proposition, considérant son « âge avancé ». Il suggérait plutôt : « Nous pourrions parler géopolitique ».

Quelques jours auparavant, le 26 septembre, lui, président de la Monaco Méditerranée Foundation, avait convié Ségolène Royal pour évoquer les conséquences du réchauffement climatique devant plus de deux cents personnes à l’Hôtel Hermitage, et notamment le Prince Albert II et Laurent Stefanini qui prenait la parole publiquement pour la toute première fois en sa qualité d’ambassadeur de France à Monaco.

Enrico Braggiotti est décédé mercredi 30 octobre. Il avait 96 ans. « Papa savait qu’il allait partir. Il nous a quittés sereinement », explique Sandra Braggiotti Seralvo. L’ancien homme d’affaires, le banquier bien connu de l’Italie et de la Principauté, a vécu ses dernières heures chez lui, entouré des siens, comme un homme discret qu’il était aussi. « Il s’est éteint sans souffrance, entouré de beaucoup d’amour », note son fidèle cardiologue le docteur Nadir Saoudi.

Celui qui veillait comme un patriarche sur ses quatre enfants - Jean-Luc, Gérard, Sandra et Silvana, ses douze petits-enfants, et ses vingt-deux arrière-petits-enfants - avait un sens profond de la famille. L’immense photo réunissant tous ses petits-enfants, accrochée sur le mur de l’entrée de son domicile monégasque, en était une preuve touchante.

Personnalité marquante de la Principauté, devenu Monégasque grâce au Prince Rainier III, Enrico Braggiotti a toujours conservé une vitalité intellectuelle et une curiosité hors du commun qui ont certainement contribué à son exceptionnelle longévité. « Ce qui frappait au premier abord, c’était son énergie et sa détermination, même lorsqu’il était diminué ces derniers mois par la maladie, note l’ambassadeur Laurent Stefanini. Une force de caractère et de conviction au service du bien commun. »

À la CMB jusqu’à 83 ans

C’est ainsi qu’Enrico Braggiotti avait créé la CMB Foundation en 2002, puis la Monaco Méditerranée Foundation en 2006, où il conviait régulièrement des personnalités politiques de grand renom pour animer des conférences sur des thèmes d’actualité et de politique internationale devant deux à trois cents invités. Depuis 2016, il proposait également des rencontres pour que les lycéens de Monaco puissent comprendre les enjeux du monde actuel. Mais c’est d’abord une longue carrière d’homme d’affaires qui fit de lui un personnage hors du commun.

Enrico Braggiotti est né en Turquie le 27 janvier 1923 d’un père directeur de la Banque Ottomane en Turquie. Ses parents quittent la Turquie quelques semaines après sa naissance et rejoignent la Principauté où résidaient, depuis le début du siècle, ses grands-parents. Il fit toute sa carrière à la Banca Commerciale Italiana. Son parcours professionnel le mène au Maroc, puis en Italie et à Londres. En 1965, Enrico Braggiotti est le plus jeune membre du Comité de direction centrale puis administrateur délégué en 1984 enfin président en 1988. En 1990, il quitte la présidence de la Banca Commerciale Italiana et se retire dans son pays d’adoption : Monaco. Il y prend la présidence de la Compagnie Monégasque de Banque jusqu’en 2006 et participe au capital de l’établissement bancaire. Le conseil d’administration est constitué de personnalités et amis dont Raymond Barre, Antoine Bernheim, Jean-François Poncet, Raoul Biancheri.

Au cours de sa carrière, Enrico Braggiotti a, en outre, été administrateur de Lehman Brothers à New York, de BNP Paribas (Paris), de Sudameris (Paris), de Mediobanca (Milan), des Ciments Français (Paris), de la Société des Bains de Mer (Monaco).

Les obsèques auront lieu dans la stricte intimité familiale.

"Un homme d’une culture et d’une intelligence exceptionnelles"

"Il avait la même affection pour tous ses petits-enfants. Entre nous deux, une certaine affinité s’est créée dans le temps ; c’était une volonté de ma part de créer ce lien fort. Sa mort est pour moi une grande douleur. Il était généreux et intelligent. Nous perdons le chef de famille que nous aimions autant qu’il nous aimait. Il avait une jeunesse d’esprit formidable, une philosophie de vie basée sur la curiosité et le courage. Je suis très fier de mon grand-père. Il m’a appris à prendre de la joie aux jeux compliqués de la vie. Il avait un certain talent de concilier la simplicité avec la grandeur. Je perds bien plus qu’un grand-père. Il laisse le vide d’un grand ami."

"Mon père était un homme très cultivé. Il était d’une très grande générosité avec ses enfants et ses petits-enfants. Il avait une grande intelligence, une vision macropolitique. Il se passionnait pour les technologies d’avant-garde, comme l’intelligence artificielle. Il voulait par exemple posséder le dernier Iphone. Curieux de tout, il aimait également les lettres. Il a fait des recueils de citations et s’adonnait à la poésie. Il prenait des notes dès qu’il lisait une citation qui lui plaisait. Il aimait la vie. Il avait 6 000 bouteilles de vin dans deux caves à Monaco. Il y a encore six mois, il a acheté du vin de primeur. Et il m’a lancé : « Vous le boirez à ma santé si je ne suis plus là. » Ces derniers jours, nous étions à ses côtés. Il savait qu’il allait partir et il était serein."

"Il était d’abord et avant tout un grand banquier qui a beaucoup innové. Un homme de courage et de vision qui a marqué son époque. Sa carrière a été faite de succès mais aussi d’échecs. Un grand personnage, d’une grande intelligence. Avec ses enfants, il offrait une aide en donnant des conseils sans pour autant s’imposer. Il a eu une façon très intelligente d’éduquer ses enfants ; avec discrétion. Mon père était aussi plein d’imagination, d’initiatives et de curiosité. Il aimait la vie et les gens. Il écrivait des poésies qu’il apprenait par cœur. Une façon d’entretenir sa mémoire."

"C’est un grand Monsieur. Je le connaissais depuis cinquante ans. Il m’a toujours été très fidèle. Sa mort me rend très malheureux. Il m’invitait à dîner chez lui deux ou trois fois par semaine. Malgré ses difficultés de plus en plus grandes à marcher, son intelligence est restée intacte. Ensemble, nous parlions de l’actualité ; de Donald Trump ou de Boris Johnson. Lors des dîners qu’il avait l’habitude d’organiser chez lui, lorsque les conversations s’égaraient parfois dans des considérations parfois banales, il restait silencieux. Alors, lui et moi, discutions des sujets qui animent le monde. Nous lisions les mêmes journaux."

Le 26 septembre, à l’Hôtel Hermitage, autour du Prince Albert II : Sandra Braggiotti, Patricia Husson, Ségolène Royal et Enrico Braggiotti.
Le 26 septembre, à l’Hôtel Hermitage, autour du Prince Albert II : Sandra Braggiotti, Patricia Husson, Ségolène Royal et Enrico Braggiotti. Photo DR

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