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"Du jamais vu!": les élèves de l'Académie de danse Princesse-Grace primés pour la 4e fois à Lausanne

Luca Masala revient tout juste de Suisse où trois élèves de l’Académie Princesse Grace qu’il dirige viennent de décrocher des premiers prix du plus grand concours international pour jeunes danseurs.

Joëlle Deviras Publié le 11/02/2022 à 10:13, mis à jour le 11/02/2022 à 14:20
Luca Masala, directeur de l’Académie de danse Princesse-Grace, (ici avec Dorian Plasse), cherche à accompagner les élèves dans une éducation globale, en respect avec la singularité de chacun. Photo R. Buas

Du jamais vu! Trois élèves de l’Académie de danse Princesse-Grace viennent de décrocher, cette année encore, les premiers prix du plus grand concours international pour jeunes danseurs.

"Lausanne", c’est une reconnaissance professionnelle indiscutable et le sésame pour ceux qui veulent démarrer une carrière au plus haut niveau. "Je me réjouis de voir que tous les efforts que nous faisons portent leurs fruits", lance le directeur-chorégaphe de Jean-Christophe Maillot, lui-même ancien lauréat du Prix de Lausanne.

Le 5 février dernier, l’Américain Darrion Sellman, 17 ans, est reparti avec la médaille d’or et la bourse de la Fondation Oak.

Le Français Dorian Plasse a, quant à lui, remporté la bourse de La Fondation Coromandel et le prix Contemporain. Grâce à ces bourses, ces jeunes talents pourront choisir la compagnie de ballet qu’ils intégreront, parmi les prestigieuses institutions partenaires du Prix de Lausanne.

 

Un troisième élève, l’Italien Luca Branca s’est distingué avec sa chorégraphie Les ombres du temps, interprétée par Yo Nakajima également de l’Académie Princesse-Grace. Il est l’un des deux gagnants du Young Creation Award 2022.

Enfin, dernier événement de l’édition 2022 : l’école de Monaco a été choisie cette année pour montrer la qualité d’interprétation de ses élèves. Dix d’entre eux ont interprété Back on Track 61, la toute dernière création de Jean-Christophe Maillot.

Depuis treize ans à la tête de l’école professionnelle protégée par les murs de Casa Mia, Luca Masala savoure la reconnaissance de la profession, dans un contexte sanitaire particulièrement complexe pour la jeune génération. 

Trois récompenses au Prix de Lausanne, c’est une formidable reconnaissance!
Sous la houlette des Ballets de Monte-Carlo, l’Académie de Danse Princesse-Grace obtient pour la quatrième fois consécutive la médaille d’or. C’est une chose qui n’est jamais arrivée dans l’histoire d’une école. Et la preuve que ce n’est pas une chance, mais bien plutôt la récompense d’un travail assidu. Pourtant, étaient rassemblés à Lausanne soixante-dix des meilleurs élèves des plus grandes institutions comme le Bolchoï à Moscou, Vaganova à Saint-Pétersbourg, l’Opéra de Paris,... C’est aussi la troisième fois que nous décrochons le prix contemporain.

Vous avez donc su poursuivre malgré la crise sanitaire?
Nous avons quarante élèves aujourd’hui. C’est difficile de recruter des jeunes depuis la crise sanitaire. Dans beaucoup de pays, ce fut des arrêts suivis de reprises. Beaucoup d’élèves ont définitivement arrêté la danse. D’autres s’y sont détournés pour jeter leur dévolu sur d’autres activités moins exigeantes. Parce que la danse, c’est effectivement l’entraînement quotidien ; mais c’est tout autant le contact, le partage. On a perdu beaucoup de matière primaire. Pour les adolescents, c’est terrible. Certains jeunes sont éteints, angoissés.

 

Avez-vous dorénavant repris votre habitude de voyager pour dénicher les jeunes pépites?
La perle rare est encore plus difficile à trouver! Je n’ai jamais cessé de chercher. J’essaie de renouer avec les voyages. Depuis la rentrée de septembre, je suis allé au Mexique, à Barcelone, en Italie, en Allemagne. Et je vais aller au concours YAGP à Tampa en Floride. C’est d’ailleurs à ce grand rendez-vous que j’avais rencontré Darrion Sellman et Dorian Plasse.

Qu’est-ce qui permet à l’Académie de hisser les jeunes au plus niveau?
Ici, il y a tous les gabarits et tous les styles. Mon objectif est de parvenir à trouver des élèves qui ont quelque chose à raconter. Et d’accompagner la singularité qui est la leur. Notre force, ce sont les détails. Nous avons une éducation qui demande de faire bien tout ce que l’on a à faire ; que ce soit son lit le matin ou des pieds serrés en cinquième position dans un double tour.

Les élèves de l'Académie récompensés à Lausanne Photo R. Buas.

En étant contraint de faire des classes masqués, est-ce seulement possible?
Avant je disais aux élèves: "Il faut sourire aussi avec les yeux." Maintenant, je vois ceux qui sourissent d’un seul regard. Mais globalement, c’est vraiment difficile car il faut arriver à donner une petite lumière. Alors, ces trois prix, ce sont autant d’éclats de lumière dans le long tunnel de la crise sanitaire. Et ça nous montre qu’on est sur le bon chemin. Ces médailles doivent être divisées par autant de personne qui travaille pour l’Académie. C’est la récompense d’un travail commun.

Le rapport à la rigueur et à la discipline n’est plus le même aujourd’hui qu’à l’époque où vous étiez vous-même élève de l’Académie de Danse.
Il faut juste savoir comment dire les choses. Ici, je continue à travailler quinze heures par jour et nous vivons 24 heures sur 24 avec les jeunes, en prenant soin de respecter les coutumes et les cultures des 17 nationalités représentées (dont quatre Français). La danse n’est pas pour tout le monde. La difficulté c’est qu’aujourd’hui, souvent, les pédagogues n’osent plus rien dire de peur de se faire attaquer. On peut se permettre de donner un conseil un peu plus exigeant et bousculer sans faire tomber; et dans un cadre où tout le monde sait que les mots restent des conseils, voire des opinions.

C’est pareil dans les autres écoles?
C’est un plaisir de vivre dans un pays où la culture et l’éducation sont élevées plus haut. Le prince et la princesse de Hanovre ont un amour profond pour l’art de la danse et donnent la possibilité de soutenir le travail réalisé ici. J’ai beaucoup de gratitude. J’en parle avec mes collègues dans tous les pays du monde, ils manquent un peu d’appui…

Contrairement aux grandes institutions qui font passer les élèves de l’école à la compagnie, il n’y a ici aucune obligation d’intégrer les Ballets de Monte-Carlo. Pourquoi ?
C’est tout le charme de cette alliance. Rien est obligatoire. Certains élèves ont intégré la compagnie de Jean-Christophe Maillot, d’autres ont commencé ailleurs puis sont revenus; et la majorité fait sa carrière loin de Monaco. L’idée de cette alliance est que les plus jeunes puissent côtoyer les danseurs. Je me rappelle quand j’étais à La Scala à Milan, je regardais les professionnelles. Ici, aujourd’hui, Jean-Christophe Maillot suit le travail des élèves qui bénéficient d’un studio pour travailler le matin à l’atelier des Ballets de Monte-Carlo. Il donne de son temps avec générosité et pédagogie. Cette transmission participe évidemment à la qualité des jeunes artistes interprètes.

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