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DOSSIER. La police maritime étend son arsenal de dissuasion à Monaco

En pleine restructuration, la Division police maritime et aéroportuaire forme la première lame de sécurité de la bande littorale monégasque. En 2020, elle sera dotée d’une vedette révolutionnaire

Thomas MICHEL (tmichel@nicematin.fr) Publié le 17/09/2019 à 18:52, mis à jour le 17/09/2019 à 15:18
Illustration Photo Thomas Michel

Opérationnelle sur terre comme en mer, tout en gardant un œil sur les airs, la Division de police maritime et aéroportuaire présente polyvalence et spécialisation dans ses missions comme dans le profil de ses effectifs. Police de proximité, elle tend aussi à plus de coopération internationale avec l’arrivée prochaine de son nouvel outil. Une vedette unique en Europe dont la force de dissuasion et d’intervention va booster l’image de la Principauté dans le bassin méditerranéen.

LIRE La police maritime de Monaco fait l'acquisition d'une vedette "unique en Europe"

Une police mieux lotie, en phase avec son temps et optimisée dans ses ressources humaines, voilà justement le projet impulsé par le gouvernement princier sous le nom de code de "Plan Sûreté 2020" actuellement mis en œuvre par le directeur de la Sûreté publique, Richard Marangoni.

La Sûreté publique opère une révolution silencieuse que les Monégasques s’apprêtent à mesurer notamment avec la création de la brigade de la circulation ou l’émergence de celle de lutte contre la cybercriminalité.

 

"On a développé énormément notre analyse et nos capacités"

La Division de police maritime et aéroportuaire est, elle aussi, en pleine mue. Après une réorganisation structurelle, une transformation opérationnelle a conduit à la création d’une brigade deux-roues en 2018 et à l’acquisition d’un scooter des mers (un deuxième est en attente) dont les sorties ont permis d’atteindre les 106 contrôles maritimes en 2019, soit +70% par rapport à 2018.

Alors qu’une réflexion est en cours pour parer à la vétusté de son poste central, quai Antoine-Ier, les effectifs ont d’ores et déjà été renforcés de quatre éléments, portant le Département à 38 unités évoluant à pied, à vélo, en bateau, en scooter des mers, voire en hélicoptère pour les missions les plus périlleuses dans les 74 km2 d’eaux territoriales monégasques.

Souvent résumée à cette dernière mission de sauvetage, la police maritime est en réalité la première lame de contrôle pour quiconque transiterait en Principauté autrement que par les voies terrestres. Dès lors, un large spectre de missions la caractérise, rappelle Richard Marangoni.

"Nous avons développé toutes les missions traditionnelles de la Sûreté publique. Les missions de police maritime recouvrent la police de la navigation, la sécurité maritime des ports (contrôle des flux et mouvements des passagers), la sûreté portuaire (sécurité des débarquements), la surveillance des plages. Une mission essentielle aussi de lutte contre la pollution dans le cadre des accords Ramoge (Italie, France, Monaco). Des contrôles transfrontaliers, avec vérification de la destination et de l’origine des visiteurs à l’héliport comme sur les bateaux."

S’ajoute encore la gestion des alertes météo et des plans de prévention. "On a développé énormément notre analyse et nos capacités", affirme d’ailleurs le directeur de la Sûreté publique au sujet des coups de mer dévastateurs de l’automne 2018, du Larvotto à Fontvieille.

Un deuxième jet sera bientôt affecté à la brigade maritime. Photo Jean-François Ottonello.

"Connaître à 100%
qui vient chez nous"

"Une commission a été créée avec différents partenaires institutionnels pour qu’il y ait une intervention tout de suite, abonde la chef par intérim de la DPAM, le commandant Isabelle Castelli. L’alerte, qu’elle soit par moyen de rappel automatique ou déplacement direct sur le terrain, vise à neutraliser les zones sensibles et prévenir la population." "Nous envisageons toujours une hypothèse un peu au-dessus de ce qui est prévisible", appuie Richard Marangoni.

Anticipation et action. À ce titre, l’été aura été plutôt calme en 2019. Du moins, les quelques interventions nécessitant le déploiement de gros moyens auront connu un dénouement heureux.

Il y eut ainsi cet enfant signalé en train de faire le bouchon dans l’eau, plage du Buse, au large de Roquebrune, et qui nécessita des heures de recherches menées par la police et les pompiers monégasques avec leurs homologues français. Les recherches furent stoppées en soirée alors qu’aucun avis de disparition n’était émis, laissant penser que le garçon avait finalement regagné la plage sans que les secours n’en soient avertis par ses accompagnants.

Une suspicion de disparition d’une personne dont les affaires étaient soigneusement pliées depuis des heures sur une plage a aussi nécessité un survol d’une heure de Dragon06, pour parer à tout scénario dramatique, sur accord du Parquet général de Monaco.

Enfin, il y eut ce gros panache de fumée au-dessus d’un bateau aperçu depuis La Turbie. "Quelqu’un qui avait oublié de signaler aux autorités qu’il allait faire des essais dans sa cheminée", peste Isabelle Castelli.

Des sorties visibles qui masquent une forêt d’interventions quotidiennes pour un Département engagé sur tous les fronts.

 
La brigade à vélo et le souverain. Photo Jean-François Ottonello.

"La police, c’est une vingtaine de métiers"

Initié il y a trois ans, le plan "Monaco Sûreté 2020" touche à sa fin.

"On évoluera toujours mais, là, ça a été une évolution rapide et forte après plusieurs années où il n’y avait pas eu de réformes d’ampleur", admet Richard Marangoni, évoquant des changements "profonds" dans toutes les divisions.

"On a recruté nos derniers personnels pour les mettre en œuvre l’année prochaine. Il y aura notamment une brigade emblématique, dont l’appellation n’est pas encore déterminée, mais la fameuse brigade de la circulation. On vient également de créer une brigade cybercriminalité et on réfléchit, en liaison avec la DPMA, à une brigade d’interception, de gestion et de maniement des drones."

Une police moderne, "prête à faire face aux enjeux de la société", qui ne devra pas galvauder sa mission première : la proximité. Alors certes, le temps où un policier faisait office de voiturier sur la place d’Armes est bien loin, mais l’image paisible de Monaco irrévocable.

"À l’étranger, vous êtes félicités si vous arrêtez un cambrioleur, caricature Richard Marangoni. Ici, c’est un échec. C’est un trouble à l’ordre social parce que les gens viennent pour qu’il n’y ait pas de cambriolage."

"Je suis rentrée à la Sûreté il y a 35 ans, la police, c’était quatre ou cinq métiers. Aujourd’hui, c’est plus d’une vingtaine de métiers", poursuit Richard Marangoni.

Scientifique, maritime, administrative… "C’est ce qui fait la spécificité de la police monégasque. Comme nous restons tous sur le même site pendant une moyenne de trente ans, vous restez policier mais vous n’avez pas forcément le même métier", avance le directeur en prônant la formation continue.

"La remise en cause est quasiment permanente, c’est très atypique et très valorisant sur le plan personnel."

 

À ses côtés, justement, un pur produit de l’école monégasque, Isabelle Castelli. Niçoise, elle a volontairement rattaché son destin au Rocher voilà 27 ans, car conquise par la société érigée par la famille princière.

De l’îlotage à la police judiciaire, de l’enquête sur les résidents à la section de protection sociale et des mineurs, elle a tout connu jusqu’à se forger un sacré caractère et s’épanouir à la maritime.

"C’est un personnel exceptionnel et polyvalent avec une solidarité que je n’avais pas trouvé ailleurs."

Le troisième port. Photo Valode & Pistre.

Et le port de l’extension en mer?

À horizon 2025, Monaco comptera un troisième port de 50 anneaux aux embarcations prestigieuses dans la marina de l’extension en mer.

Si aucun poste de police n’est prévu dans les plans du pharaonique projet, les patrouilles ne manqueront pas sur site, notamment grâce à l’unité cycliste de proximité portuaire (UCPP) désormais pérennisée après un an d’exercice.

"C’est un succès absolu auprès de la population et des institutionnels et partenaires de la zone portuaire", se réjouit Isabelle Castelli. Discrets moyens d’action, les vélos ont notamment œuvré à la disparition des voitures-ventouses en zone portuaire à grand renfort de verbalisation.

Les agents à deux-roues contribuant surtout à entretenir le lien humain et à abreuver les fichiers centralisés de renseignement lors de contrôles d’identité ou d’immatriculation.

Une police de proximité qui pourrait recevoir, en cas de pépin dans l’anse du Portier, des renforts du poste de secours voisin, des équipes du Larvotto et du poste central du quai Antoine-Ier - particulièrement réactif grâce aux scooters des mers.

"Dans le cadre de la rénovation de la plage du Larvotto, il y aura un contrôle des accès qui nous permettra de développer la mission de l’UCPP", précise-t-on aussi côté Sûreté. À noter, d’ailleurs, que la plage du Larvotto fermée en 2020 pour travaux, le poste de secours sera déporté sur la digue.

 

Alors qu’un arsenal de répression germe sur les questions environnementales (arrachage des herbiers de posidonie par les ancres ou usage prohibé du fioul lourd), la DPMA s’est déjà montrée très active sur le chantier de l’extension en mer.

"On est très attentif à la pollution hydraulique et nous faisons partie des commissions Urbamer. Nous surveillons comme le lait sur le feu les rotations des navires sur le chantier. Cet été, nous avons aussi signalé une irisation de l’eau à Fontvieille. Un bateau a certainement dégazé mais nous n’avons pas pu le retrouver. Avec notre prochaine vedette, un radar particulier nous permettra de suivre à la trace ces taches", promet Isabelle Castelli.


Une forte accentuation des contrôles

Illustration Photo J.-F.O..

Méconnue, l’activité de renseignement de la DPMA est considérable en Principauté. En 2018, plus de 320.000 contrôles d’identité (+21%) ont ainsi été réalisés auprès des croisiéristes, 61 540 en transit à l’héliport ou encore 22.053 sur les bateaux de plaisance. "Une forte accentuation" des contrôles sur toute la bande littorale conformément aux vœux du gouvernement pour une politique des ports "efficace et efficiente".

Alors que Monaco est entré au capital de l’aéroport de Nice, la DPMA souhaiterait d’ailleurs que les compagnies aériennes adoptent le système déclaratif des croisiéristes et du Yacht-club de Monaco.

Actuellement, une équipe de la police aéroportuaire contrôle les arrivées et départs à l’héliport, chaque jour, de 6h45 à 22 heures.

"Compte tenu du fait qu’on souhaite connaître à 100% qui vient chez nous, on a eu un renfort d’effectif et, grâce au redéploiement, le directeur de l’aviation civile voudrait créer un autre espace de contrôle pour les bagages, confie Isabelle Castelli. La volonté est d’arriver à la norme similaire à l’aéroport de Nice en termes de contrôle des passagers."


"En osmose"
avec la France

 
L’hélicoptère Dragon06 réalise les missions de sauvetage. Si besoin impérieux, l’Etat monégasque pourrait réquisitionner un appareil de Monacair par convention. Photo M.-M..

Depuis 1999, le Code de la mer et une Ordonnance souveraine confèrent au directeur de la Sûreté publique l’organisation et de direction du sauvetage en mer dans les eaux territoriales monégasques.

Mission déléguée à la DPMA.En 2019, onze assistances ont été réalisées. En Méditerranée, le CrossMed prévaut toutefois en matière de sauvetage et d’assistance en mer et la SNSM intervient jusqu’à Menton.

"En osmose" avec leurs collègues français, les agents de la DPMA peuvent néanmoins être les plus prompts à intervenir jusqu’à Saint-Jean-Cap-Ferrat, voire apporter leur soutien plus loin en cas de catastrophe majeure.

Et si la nouvelle vedette incluait une nouvelle mission d’interception? La piste n’est pas exclue.

"C’est peut-être une ouverture qu’on aura à Monaco, dans un futur assez proche, de demander un droit de suite, comme il y a un droit de suite terrestre en Principauté."


Yacht Show:
"Zéro repos"

Une vue de Monaco et de ses yachts Photo Cyril Dodergny.

La police maritime participe au service d’ordre de chaque grand événement organisé en Principauté. Et le Monaco Yacht Show, du 25 au 28 septembre, n’y coupe pas.

En plus du vaste et rodé service de sécurité privé des organisateurs, la DPMA est sur le pont jour et nuit.

"C’est zéro repos", confirme Isabelle Castelli qui annonce une "très forte augmentation de la fréquentation cette année".

 

Une hausse anticipée à terre comme en mer. De nouveaux macarons "plus gros et aux couleurs différentes" ont ainsi été fabriqués pour faciliter le filtrage dans le port.

La DPAM sera aussi attentive aux excès de vitesse lors de ce "Grand Prix bis".

Pour l’anecdote, la DPMA contribue aussi, à l’année, à la sécurité des quelque 600 élèves voisins de l’International School et des 89 de la Petite École.


quelques chiffres

- 320.000 contrôles d’identité ont été réalisés en 2018 sur les activités de croisière. Hors croisière, 2.212 bateaux battant pavillon étranger ont été contrôlés (+8 %).
- 5.408 contrôles de personnel et de documents de voyage ont été réalisés en 2018 sur des membres d’équipage et des personnes sous régime de visa
- 22 ressortissants étrangers répertoriés défavorablement auprès des fichiers de police ont été signalés cet été
- 78.285 passagers étrangers ont été contrôlés à l’héliport en 2018 sur 31.762 vols. Durant les quatre jours de Grand Prix, ce sont 10.767 passagers qui ont été contrôlés.
- 481 sorties en mer ont été effectuées en 2019 et 6 infractions maritimes relevées (pour excès de vitesse et pénétration en zone de baignade interdite).
- 25% d’interventions en moins cet été au niveau de la zone de surveillance du Larvotto alors que 1.558 piqûres de méduses ont été comptabilisées sur la bande littorale !

Michael Alesi.

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