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Détruit par un séisme et des obus de la Seconde guerre mondiale, le village de Castillon fête les 70 ans de sa reconstruction

Le village de la Bévéra célèbre ce dimanche les 70 ans de sa reconstruction, en 1951. De nombreuses personnalités - à commencer par le prince Albert II de Monaco - seront présentes.

Alice Rousselot Publié le 08/09/2021 à 15:55, mis à jour le 08/09/2021 à 14:38
Détruit par un séisme en 1887, le village de la Bévéra fut aussi "labouré d’obus" à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant de renaître de ses cendres à partir de 1951 grâce à Beausoleil et Monaco notamment. Une résilience célébrée dans la joie ce week-end. Photo M.A.

La devise de Castillon - Juste castigo, je châtie justement - colle au moins sur un point au passé de la commune. Pour la justice, on repassera, mais les habitants ont bel et bien vécu les châtiments de l’Histoire.

Le village de la Bévéra ayant pour particularité d’avoir été détruit à deux reprises: lors du séisme ligure de 1887, puis à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un épisode terrible qui valut une Croix de Guerre 1939-1945 à la commune.

le village ravagé par les bombardements

En 1944, se repérant par rapport au clocher du village, les marins alliés ouvrirent en effet le feu pour repousser les troupes allemandes qui s’étaient retirées dans le fort de la ligne Maginot.

 

Le village, considéré par l’ennemi comme une ligne de défense, est ravagé. Dans Le Front oublié des Alpes-Maritimes, paru en 2005 aux éditions Serre, Pierre-Emmanuel Klingbeil rapporte les impressions d’un journaliste arrivé sur site après le bombardement allié.

"C’est un spectacle navrant. Pas plus à Castillon qu’à Sospel je n’ai vu une maison intacte. Toute la région est labourée de trous d’obus", commente le reporter.

Le village a été détruit une deuxième fois en 1944 par des bombardements alliés Photo archives NM.

Une reconstruction délocalisée

Dans sa série de publications "Passeurs de mémoire", le Département évoque également la tragédie. "Les habitants se réfugièrent dans le tunnel du tramway mais quatre d’entre eux furent néanmoins tués (...) Gravement endommagées, les maisons furent systématiquement rasées à l’exception de l’église. Entre 1949 et 1953, le village de Castillon fut reconstruit plus bas dans le vallon descendant vers Menton, sur un site à mi-pente remarquablement bien exposé. C’est grâce à l’aide financière des habitants de Beausoleil et de la Société des Bains de Mer que les travaux purent être entrepris". 302.917 francs auraient été récoltés grâce à la solidarité des membres de la SBM et à une souscription publique.

Un style ancien pour une meilleure intégration dans le paysage

La reconstruction du village décimé est confiée à l’architecte Richard Laugier, connu pour la réalisation du Palais des expositions à Nice. "Pour Castillon, il choisit de privilégier un style ancien convenant mieux à un village de montagne devant s’intégrer dans le paysage: villas et petits immeubles de deux-trois niveaux, traités en pierres apparentes et couverts de tuiles rondes (...) L’étagement des constructions permet à tous les occupants de bénéficier d’une vue sur le paysage. Une mairie et une église furent livrées en même temps."

 

Dans la notice des édifices labellisés patrimoine du XXe siècle consacrée à Castillon, on apprend par ailleurs que "le plan de masse a été conçu de façon à assurer l’accès aux immeubles d’habitation des deux côtés, en façades nord et sud, comme dans les villages perchés traditionnels (...) L’objectif est de conserver certains atouts de l’habitation individuelle dans une logique moderne d’immeuble collectif (...) Castillon le Neuf exprime des objectifs, modalité et résultats très proches des contemporains ‘quartiers néo-réalistes’caractérisant le logement social italien des années d’après guerre."

Sans renier son passé, la commune a - depuis - su s’accoler une nouvelle image. Celle d’un village d’artistes.

.Le séisme ligure avait ravagé le village. Photo archives Nice-Matin.

Le village avait déjà été détruit une première fois en 1887

Les catastrophes naturelles ne datent pas d’hier. Et plusieurs mois avant le terrible séisme qui détruisit une première fois Castillon, la commune avait connu un violent orage de grêle le 30 juin 1886.

Alors que l’emplacement du village, sur un piton rocheux, permettait de cultiver à loisir de la vigne, des vergers et des pommes de terre sur les terrains environnants, les cultures sont ravagées. C’est dans ce climat de pauvreté que le tremblement de terre survient le 23 février 1887.

Dans une lettre conservée aux archives départementales (Source: Dossier pédagogique relatif au tremblement de terre de 1887 réalisé par les Archives départementales., NDLR), le maire de l’époque décrit la scène au préfet.

"Ce matin vers les 6 h une terrible secousse de tremblement de terre a détruit plus des quatre cinquièmes des maisons de ce village il y a eu des morts et des blessés, plus de trente familles sont sans abri et sans ressources obligées de bivouaquer ou de se remiser dans le petit nombre de maisons restées debout. Tout le monde est dans l’anxiété attendant toujours de nouveaux désastres, qui paraissent imminents."

"L’aspect est navrant"

Deux gendarmes du canton de Sospel envoyés sur place pour constater les dégâts rapportent quant à eux - le 28 février - que sur les 48 maisons du village, 22 sont complètement écroulées, 10 sont inhabitables, et les autres fortement endommagées.

"L’aspect est navrant, la désolation est immense et la misère suivra de très près à ce désastre car les habitants ont leurs récoltes et leurs provisions de toute nature ensevelies sous les ruines. Ce village comprend 313 habitants divisés en 58 ménages dont la plus grande partie sont sans asile et sans ressource à la suite de ce désastre", exposent-ils.

Ajoutant que deux enfants de 3 et 8 ans sont morts ont ensevelis, deux femmes sont grièvement blessées. Sur recommandation du médecin dépêché sur place, 17 habitants sont transportés à l’hospice de Sospel.

"Dans la nuit du 23 et dans la journée du 24 plusieurs secousses légères ont encore eu lieu. Une partie des habitants ont campé sur la route et dans les champs ; un grand nombre ont abandonné les étages supérieurs des maisons et se sont installés au rez-de-chaussée et dans les corridors afin de rendre la fuite plus facile dans le cas où des secousses plus fortes viendraient à se produire...", soulignent également les gendarmes dans un document également sauvegardé par les Archives.

Quand le sol s’arrête enfin de trembler, seuls l’école, la maison du maire, le presbytère et l’église ont été épargnés. Mais le 3 mars 1887, le préfet indique que Castillon est "anéanti" et décide que le nouveau village devra changer d’implantation.

Le village de Castillon a pour particularité d’avoir été détruit à deux reprises. Quelques traces de son passé demeurent aujourd’hui. Photo Giletta et archives NM.

Un programme festif, axé sur les années cinquante

Impulsée par la mairie de Castillon, la journée de commémoration prévue toute la journée de dimanche se veut "festive et riche en événements locaux", souligne le maire, Olivier Chantreau.

Soucieux d’adjoindre un volet culturel et artistique à l’indispensable rappel des faits historiques. "Il fallait surtout que la journée se décline autour d’un thème bien défini. Et il n’a pas été trop difficile à trouver: les années 50."

Aidé de sa conseillère municipale Édith Mancuso, le maire n’a pas eu de mal - non plus - à réunir des acteurs de cet univers très fifties. Sollicitant une troupe de Sospel, un groupe du Var spécialisé dans les années 50, un professeur de danse fin connaisseur des mouvements de l’époque.

Vieilles voitures et vieux scooters seront également exposés. "Il y a eu un engouement général, nous souhaitions avoir tous les facteurs réunis pour que la journée se passe bien. Et tout ce qu’on espérait avoir, on va l’avoir", glisse Olivier Chantreau, reconnaissant envers les mairies de Menton et Sospel pour leur aide matérielle et humaine. Envers les services de la gendarmerie, aussi.

11h30 

Inauguration de la maison de pays le Terro’art et de l’Educ ferme loisirs.

13h

 Cocktail en musique avec le groupe Trio Thierry Noll.

14h30

 Projection contée de l’histoire du village.

15h

Spectacle 50’s présenté par la troupe de Nadine Spano.

16h

Concert par le groupe international de Rockabilly Rockhouse trio.

17h 

Cérémonie commémorative et inauguration de l’exposition photos par le prince de Monaco. Accueil et allocutions des personnalités, messe en l’église Saint-Julien, dépôt de gerbes au monument aux morts (en présence des élèves de l’école Montessori), puis vin d’honneur en musique.

Le village de Castillon a pour particularité d’avoir été détruit à deux reprises. Quelques traces de son passé demeur Photo Giletta et archives NM.

"Cachés dans le tunnel"

En 2011, Augustine Barroi, l’une des rares habitantes de Castillon à ne jamais avoir quitté la commune, témoignait. Alors âgée de 90 ans. "Nous avions une maison sur la route de Sospel. Nous étions cachés dans le tunnel pendant les bombardements. Castillon se trouvait à proximité de la ligne Maginot. Toutes les bâtisses ont été endommagées au col. Pas une seule maison n’a été épargnée. Toutes ont été fissurées. Dans le nouveau village, il n’y avait rien, pas même une route."

 Après la guerre, Augustine s’était installée dans un nouveau bâtiment en pierre reconstruit quasi à l’identique.

"Le prince de Monaco nous fait l’honneur de venir inaugurer cette exposition" Photo J.-F.O..

Olivier Chantreau, maire de Castillon: "Ne pas vivre une 3e destruction administrative"

Aidé de son équipe municipale, le maire de Castillon prépare la cérémonie des 70 ans de sa commune depuis un an.

Pourquoi est-ce important de célébrer cet anniversaire?
Par tradition. Mes prédécesseurs l’ont fait tous les dix ans; je continue. Cela touche à notre histoire, et tous les villages n’ont - heureusement - pas vécu deux destructions. La population a été meurtrie, certains habitants ont probablement vécu ces deux événements. Et même si on a assisté à une migration logique après le tremblement de terre, nous avons aujourd’hui des familles de souche qui habitent le village ou y ont encore une résidence. Rendre l’événement festif, c’est ainsi une manière de vivre le passé autrement.

Comment ce passé tumultueux sera-t-il abordé?
Le village a été reconstruit en 1951 grâce à des aides diverses. Tout cela va être raconté le jour de l’événement, via des récits avec un support photos. On abordera l’histoire de Castillon jusqu’aujourd’hui. Toutes les grandes étapes seront par ailleurs représentées dans une grande expo photos. En plus d’évoquer les trois sites sur lesquels la commune a été bâtie, il y aura un chapitre sur le tram. Ainsi que des vidéos, des objets, des textes. En interne et dans les archives de la commune, nous avons beaucoup de documents et de photos. Mais pour l’occasion nous avons fait un appel à contributions, et nous avons eu quelques retours. Les images, on en retrouve souvent sur les réseaux sociaux ou sur des sites tels que ceux traitant des grands séismes. Mais parmi les documents qu’on nous a envoyés, il y en avait quelques-uns que nous ne connaissions pas. Le prince de Monaco nous fait l’honneur de venir inaugurer cette exposition. Entre autres parce qu’il y a eu un rapprochement - à un moment de l’histoire - entre Castillon et Monaco. Le Palais nous avait d’ailleurs déjà prêté des éléments pour une exposition sur les carabiniers du Prince.

Que retenez-vous de l’histoire du village?
La volonté des anciens de faire en sorte que Castillon soit toujours existant, que le village ne disparaisse pas. Dans cette même logique, je ne voudrais pas qu’après deux destructions physiques Castillon vive une 3e destruction… administrative. Je ferai tout pour que ce ne soit jamais le cas.

En dates

1157

"Castillionum" est créé par les Consuls de Sospel pour se protéger des invasions lombardes et sarrasines.

XVIIIe siècle

Mêlée à la guerre de Succession d’Autriche, Castillon est en partie détruite.

23 février 1887

La commune est rasée par un très sévère tremblement de terre. On décide de reconstruire un village 50 m plus bas.

1944

Les bombardements alliés ont raison de ce nouveau village.

1951

L’actuel village est construit plus au sud.

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