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De Menton à La Turbie, on vous emmène découvrir l'historique Via Julia Augusta en 6 étapes

Mis à jour le 27/02/2019 à 14:41 Publié le 27/02/2019 à 11:30
Crapahutant de Menton à La Turbie, pour vous faire voyager plusieurs siècles en arrière. Alors, prêts à grimper dans le chariot cahotant, cheveux au vent et vêtu d’une tunique et de sandales lacées ? Parfait. On range le Smartphone. On oublie GoogleMaps. Maintenant, en route.

Crapahutant de Menton à La Turbie, pour vous faire voyager plusieurs siècles en arrière. Alors, prêts à grimper dans le chariot cahotant, cheveux au vent et vêtu d’une tunique et de sandales lacées ? Parfait. On range le Smartphone. On oublie GoogleMaps. Maintenant, en route. Photo S.B.

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

De Menton à La Turbie, on vous emmène découvrir l'historique Via Julia Augusta en 6 étapes

Développée par l’empereur Auguste, cette ancienne route romaine traverse Menton jusqu’à La Turbie. Enfouis dans notre paysage urbain, de rares vestiges sont encore visibles. Suivez le guide

Selon le célèbre adage, tous les chemins mènent à Rome... En ce qui concerne notre territoire, tous les chemins mènent plutôt… à la Via Julia! Cet axe majeur – développé sous l’empereur Auguste – sillonne tout le territoire de la Riviera Française et même au-delà.

"La Via Julia Augusta était l’itinéraire principal. Elle était à la fois une route marchande et militaire. Puis, dans l’histoire, elle a également été une voie de pèlerinage", résume Christine Didier, archéologue, spécialiste de l’histoire romaine.

Sous l’égide de la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) et durant des mois, l’historienne a redessiné le tracé de la route mythique.

"Elle passait par la frontière, puis par la vieille ville et le centre-ville de Menton. Puis elle suivait sa route vers Roquebrune, Beausoleil et La Turbie, liste la spécialiste. Sur notre secteur, cette voie romaine était stratégique. En effet, c’est la seule route de l’empire romain qui longeait la mer. La via Julia permettait de rejoindre l’Italie à l’Espagne sans avoir besoin de faire le tour par les Alpes. Elle était donc très fréquentée et vitale pour le déplacement de toute la population romaine."

Expos, BD… Cette année, de nombreux projets de valorisation de l’axe légendaire sont prévus au printemps et à l’été. "Ce projet vise à faire connaître l’histoire de cette route aux habitants. La Via Julia est un véritable squelette autour duquel toutes les communes de la Carf se sont construites", ajoute l’archéologue.

Par ailleurs, dans quelques semaines, des panneaux explicatifs seront installés là où les rares vestiges de la Via Julia sont encore visibles. "Il s’agit de proposer aux visiteurs un parcours pédagogique."

En avant-première, nous avons suivi le tracé de la Via Julia avec l’archéologue Christine Didier. Crapahutant de Menton à La Turbie, pour vous faire voyager plusieurs siècles en arrière. Alors, prêts à grimper dans le chariot cahotant, cheveux au vent et vêtu d’une tunique et de sandales lacées ? Parfait. On range le Smartphone. On oublie GoogleMaps. Maintenant, en route.

1. Au départ du sentier des Cuses, près de la frontière

Crapahutant de Menton à La Turbie, pour vous faire voyager plusieurs siècles en arrière. Alors, prêts à grimper dans le chariot cahotant, cheveux au vent et vêtu d’une tunique et de sandales lacées ? Parfait. On range le Smartphone. On oublie GoogleMaps. Maintenant, en route.
Crapahutant de Menton à La Turbie, pour vous faire voyager plusieurs siècles en arrière. Alors, prêts à grimper dans le chariot cahotant, cheveux au vent et vêtu d’une tunique et de sandales lacées ? Parfait. On range le Smartphone. On oublie GoogleMaps. Maintenant, en route. Photo S.W.

Notre parcours commence près de la frontière italienne. Au départ du sentier des Cuses – situé dans le quartier de Garavan – un petit passage baptisé "ancien chemin romain » a repris exactement le même tracé que la Via Julia Augusta, le long de la voie ferrée.« Le passage respecte l’écartement de l’ancienne voie romaine", détaille Christine Didier.

Sur les côtés, des petits passages entre les bâtisses datent également de l’époque romaine. La Via Julia passait sur le sentier des Cuses, puis coupait le jardin Maria Serena avant de descendre vers la frontière italienne.

Des corps et des céramiques retrouvés dans les années 1850

À Garavan, les pavés qui recouvrent l’ancienne voie romaine ne sont pas d’origine antique. "À cette époque, la Via Julia était une route gravillonneuse. Seuls les points jugés dangereux étaient recouverts de pavés."

À Garavan, la Via Julia longe la voie ferrée au niveau du sentier des Cuses de Menton, traverse la villa Maria Serena avant de descendre vers la frontière.
À Garavan, la Via Julia longe la voie ferrée au niveau du sentier des Cuses de Menton, traverse la villa Maria Serena avant de descendre vers la frontière. Photo S.W.

Il faut imaginer qu’il n’y avait aucune ville entre l’Italie et Nice et que Garavan se trouvait en pleine campagne! "Ici, il n’y avait que des fermes et la Via Julia était l’unique route qui permettait de relier les grandes villes."

Ce premier stop sur les traces de la Via Julia permet de comprendre un point essentiel: "Le tracé de la route légendaire a été conservé jusqu’à nos jours sur de nombreux points de notre territoire. C’est à partir de cet axe vital que les villes se sont ensuite dessinées", analyse Christine Didier.

À quelques mètres du sentier des Cuses, des tombes – datant de l’époque romaine – ont été retrouvées dans les années 1850. Stanislas Bonfils, un naturaliste mentonnais, a fait cette découverte sur la propriété de la famille Bellochio.

"Il avait trouvé des squelettes mais aussi des céramiques. À ce jour, on ne sait pas ce qu’est devenue cette découverte inédite…"

2. L’axe légendaire au cœur de la vieille ville

En plein cœur de la vieille ville, la rue Longue a été construite sur la Via Julia Augusta et cet axe central suit exactement le même tracé que la voie romaine.
En plein cœur de la vieille ville, la rue Longue a été construite sur la Via Julia Augusta et cet axe central suit exactement le même tracé que la voie romaine. Photo S.B.

L’actuelle rue Longue – située en plein cœur de la vieille ville de Menton – a été tracée sur l’ancienne Via Julia Augusta. L’axe légendaire suit ensuite la rue Saint-Michel jusqu’à la place Saint-Roch.

Tous les jours, de nombreux Mentonnais arpentent donc une voie antique sans le savoir! "Il est très intéressant de voir que la ville de Menton s’est construite autour de la Via Julia, laquelle a toujours été un axe principal et vital pour les habitants. Et cela quelle que soit l’époque", relate l’archéologue. Une rue si indispensable que des projets un peu fous ont été envisagés !

Par exemple, dans les années 1800, la rue Longue de Menton a bien failli ne plus être le coquet chemin pavé d’aujourd’hui. En effet, le trafic quotidien était tellement important qu’un ingénieur avait envisagé d’élargir la rue Longue – et donc la Via Julia – en rasant toutes les maisons qui se trouvaient du côté du bord de mer! Heureusement, son idée n’a pas été prise au sérieux.

Dans une délibération datant du XIXe siècle, le maire de l’époque évoque la rue Longue et la décrit comme "l’axe vital du pays."

3. Des nécropoles dans le centre-ville de Menton

Au XIXe siècle, une nécropole a été découverte sur la place Saint-Roch à Menton. Les tombes étaient situées sur le bord de la Via Julia.
Au XIXe siècle, une nécropole a été découverte sur la place Saint-Roch à Menton. Les tombes étaient situées sur le bord de la Via Julia. Photo JFO

Après la rue Longue, la Via Julia se poursuit vers la rue Saint-Michel et jusqu’à la place Saint-Roch de Menton. Là, une nécropole (cité des morts) – datant de 100 à 350 après J.-C. – a été découverte, juste à côté de l’actuelle parfumerie.

"Vers 1880, des travaux de rénovation de la maison ont été entrepris. Là, on a trouvé des tombes avec plusieurs objets déposés lors de l’enterrement comme des lampes à huile et des vases à parfums", dévoile Christine Didier.

En 1885, au moment de la construction de l’hôtel de la rue Saint-Charles – devenu aujourd’hui école de l’Hôtel de Ville – des tombeaux ont également été mis au jour. Ces découvertes inédites sont actuellement visibles au Musée de la Préhistoire régionale de Menton.

Et ce n’est pas fini! En 1870, dans le Palais de Carnolès, un tombeau – décoré avec une inscription funéraire – a également été trouvé près de la tour de la Noria.

Au-delà du côté "morbide", trouver des tombes permet d’affiner le tracé de la Via Julia. "En effet, il était interdit d’enterrer les morts en ville ou dans les propriétés. Souvent, les tombeaux étaient alors creusés le long des routes."

4. À Roquebrune, le tombeau de la villa Lumone

Photo S.B.

Tout près de la mairie de Roquebrune, les ruines d’un imposant monument funéraire trônent sur le bord de la route, toute proche de la borne milliaire 599, encore introuvable.

"C’est le mausolée de Lumone. Ce vestige est exceptionnel dans le monde romain de par sa forme et sa décoration. À ce jour, il n’y a qu’à Ostie (en Italie) que les chercheurs ont trouvé un modèle de tombeau équivalent. Une chose est sûre, quelqu’un d’important devait être enterré ici…", dévoile l’archéologue.

Grâce aux dessins de Camille Germain, ingénieur des Ponts et Chaussées au XIXe siècle, les scientifiques connaissent les couleurs d’origine du mausolée de Lumone.

"Il y avait du bleu, du rouge, du vert, du blanc et même des feuilles de lauriers dessinées. Le sol était doté de trous en céramique afin de pouvoir verser des liquides destinés au défunt. Sous les arcades, il y avait sans doute des statues…" Construit sur deux étages, le mausolée était composé d’une façade à trois niches.

Des corps exhumés au début du XXe et jamais retrouvés

À l’étage sur le cadre central, le début d’une inscription a été retrouvé.Sans doute pour commémorer le nom et le titre du défunt. Au début du XXe siècle, des fouilles sont menées avant d’en savoir plus sur ce vestige remarquable.

Plusieurs corps ont été retrouvés sous le mausolée. Lors de ces recherches, deux autres squelettes ont été mis au jour par les chercheurs. "Ces corps dataient d’une époque antérieure à l’empire romain. Il y a de grandes chances que les Romains aient enterré leurs morts à un endroit qui était déjà dédié aux défunts."

À ce jour, les corps exhumés au siècle dernier n’ont jamais été retrouvés.

Par ailleurs, il est fort possible que d’autres corps soient toujours enfouis sous les pierres antiques.

5. Beausoleil: au sommet du Mont des Mules

Au sommet du Mont des Mules, les vestiges d’un habitat d’origine celto-ligure sont encore visibles.
Au sommet du Mont des Mules, les vestiges d’un habitat d’origine celto-ligure sont encore visibles. Photo S.B.

Sur le tracé de la Via Julia se dessinent les vestiges d’un habitat ancien au sommet du Mont des Mules de Beausoleil. Classé Monument historique en 1939, l’oppidum celto-ligure est antérieur à l’époque romaine.

"Ces ruines sont précieuses car il est très rare de retrouver des habitants aussi anciens qui remontent au VIe siècle avant J.-C., souligne l’archéologue. De plus, l’habitat de Beausoleil fait partie de la chaîne des castellaras (habitats) celto-ligures qui part de Peille et qui se poursuit jusqu’à la mer."

À cela s’ajoute, une autre découverte inédite... En bas du Mont des Mules, non loin de la fontaine Divine (Fontdivina) de Beausoleil, un trésor métallique romain a été trouvé par la famille Barbati.

Il est composé d’une statuette, de morceaux de vases et de fioles, ainsi que d’une charnière en os provenant d’un coffret. Les héritiers possèdent à ce jour les objets.

"Selon un écrit laissé par les membres de la famille, Il y aurait aussi des céramiques associées à cette découverte."

6. Jusqu’au trophée des Alpes de La Turbie

La Via Julia se poursuit jusqu’à la chapelle Saint-Roch de La Turbie et s’achève au pied du Trophée d’Auguste, point culminant de cette route mythique.
La Via Julia se poursuit jusqu’à la chapelle Saint-Roch de La Turbie et s’achève au pied du Trophée d’Auguste, point culminant de cette route mythique. Photo Patrice Lapoirie

Le dernier arrêt du voyage en terre romaine demande encore un peu d’énergie! Le tracé de la Via Julia se poursuit – sur une pente à 17% – près de la chapelle Saint-Roch de La Turbie. La route s’appelle d’ailleurs... Chemin romain.

Juste à côté, une colline abrite les vestiges de la carrière du Justicier, zone de chantier qui a servi à la construction du… trophée d’Auguste.

"Cette partie de la Via Julia est très intéressante car ici, elle est utilisée comme une voie de chantier. Les hommes montaient les blocs de pierres par cette route jusqu’au site du Trophée d’Auguste."

Une route de chantier et un axe à sécuriser

Pour alléger les charges, des bœufs tiraient les chariots et les blocs de pierres étaient dégrossis puis retaillés sur place. "Les pièces en marbre venaient par la mer puis étaient débarquées sur le port de Monaco. Ensuite, elles devaient sans doute être transportées par un autre chemin – plus long et moins abrupt que la Via Julia – derrière le Trophée d’Auguste."

À cet endroit de La Turbie, la Via Julia est une route de chantier, mais aussi un axe qu’il faut sécuriser.

"Le Trophée d’Auguste en construction représente une frontière. D’un côté l’empire romain. De l’autre, les 45 peuples alpins qui se sont révoltés avant de tomber sous l’emprise de Rome. Ces populations sont agitées et il faut les pacifier", raconte Christine Didier.

Du col de La Turbie, point le plus haut de la Via Julia, le Trophée d’Auguste domine la mer et affirme la puissance et la protection de Rome.

BD, expo... une année 2019 toute tracée!

Une bande dessinée historique
Co-financé par la Carf et la Principauté de Monaco, un projet de bande dessinée sur la Via Julia est en cours de réalisation sous la direction éditoriale d’Yves Bertello et du dessinateur Boris Talijancic. La parution de l’ouvrage est prévue pour l’été 2019 aux Éditions du Rocher. L’ouvrage racontera l’histoire des voies romaines sous forme de flash-back et d’un dialogue entre un professeur et ses élèves. Les premières planches de la BD seront présentées en avril prochain.

Des panneaux explicatifs
Au printemps prochain, une vingtaine de panneaux d’explication seront positionnés sur différents sites clefs de la Via Julia entre La Turbie et Menton.

Une exposition itinérante
Une exposition consacrée à la présence romaine sur le territoire de la Carf sera organisée dans la galerie du Palais de l’Europe de Menton cet été. L’exposition se déplacera sur l’ensemble des communes de la Riviera.

Offre numérique MM+

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