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Dans le quotidien des migrants à Vintimille

Mis à jour le 02/08/2016 à 05:11 Publié le 02/08/2016 à 05:11
Dans les cuisines de l'église San Antonio

Dans les cuisines de l'église San Antonio Photo M.A.

Dans le quotidien des migrants à Vintimille

Ils vivent entre l'église Sant'Antonio, un centre récent ou un terrain vague. Et ils sont toujours bloqués en Ligurie. Sur le terrain, « Caritas Monaco » guide au travers des lieux de vie

Une église claire et plutôt moderne, dans un quartier un peu excentré du centre de Vintimille. Avec ses immeubles d'habitations d'une poignée d'étages, ses grandes surfaces, ses publicités pour les fast-foods et sa longue route, l'endroit pourrait se trouver n'importe où en Europe. À première vue, ni le lieu de culte ni son quartier n'ont de raison d'attirer. Pourtant, à Vintimille, tout le monde connaît l'église Sant'Antonio. De l'employé du péage au retraité qui tire son cabas, les habitants indiquent spontanément la direction de la « chiesa della migranti ». L'église des migrants, dans le texte. Depuis deux mois, l'endroit est l'un des points d'accueil de ceux qui ont fui la guerre à Vintimille. Un centre géré par la Croix-Rouge italienne vient pourtant d'ouvrir à quelques kilomètres du centre-ville. Beaucoup de ceux qui vivaient dans l'église sont partis vers le parc Roja. Seulement voilà : le centre accueille quelque 180 personnes pour une durée restreinte, l'église n'héberge plus que des familles, et il y aurait encore entre 500 et 800 migrants dans ce coin de Ligurie, selon les sources.

Cette donnée, Robert Ferrua, le président de « Caritas Monaco », la connaît bien. Tous les matins, celui qui est aussi diacre à l'église Sainte-Dévote fait la route jusqu'ici. Et Robert Ferrua veut faire comprendre qu'à Vintimille, « le problème n'est pas réglé ».

Il écrase sa cigarette et guide au travers de trois des lieux qui, dans la ville frontalière, accueillent des migrants.

Il commence par pousser le portillon qui mène dans la cour de l'église. C'est le cœur de la vie, ici. Des dames discutent sur des chaises en plastique. Un gamin joue avec une brosse à dents. D'autres passent en vélo ou en trottinette. Du linge sèche tranquillement au soleil. Nafjat, un étudiant de 22 ans, qui a fui l'Éthiopie, attend son tour de baby-foot. « Rien d'autre à faire », explique celui qui veut passer la frontière pour aller jusqu'en Angleterre. L'église, c'est « très bien », et puis de toute façon, il n'a pas vraiment le choix : Nafjat reste là « toute la journée » parce que « dehors, il y a la police ».

D'autres sortent. Souvent, ils marchent le long de la route qui sort de Vintimille, vers la montagne. Et puis, ils bifurquent à gauche, en direction d'une zone industrielle écrasée de soleil. C'est là qu'a été installé le nouveau centre géré par la Croix-Rouge. Ici, il y a des douches, des lits, des toilettes, de la nourriture, des unités mobiles… et une barrière. Fermée. Plusieurs migrants disent avoir tenté de rentrer, sans succès. Lamsa, un Soudanais de 22 ans, est l'un d'eux. « J'ai aussi demandé des chaussures, mais ils n'en avaient pas », dit-il en baissant les yeux vers ses claquettes. Après avoir tenté sa chance, il rebrousse chemin et retourne dans un autre coin de la zone industrielle où l'eau courante, les douches ou les toilettes du camp sont de la fiction.

Là, dans un grand bâtiment ouvert, tout en longueur et à l'abandon, des hommes s'entassent sur des mètres et des mètres, à même le sol. Voilà tous ceux qui n'ont pas pu rentrer dans le centre. Plus loin, certains tapent dans un ballon. D'autres se sont assis dans les herbes folles qui bordent ce terrain vague, ou discutent. Tout le monde essaye de tuer le temps. Il est beaucoup question d'attente, à Vintimille. Attente d'une frontière qui reste fermée. Attente des distributions. Attente d'une place qui se libère au centre. Les yeux des migrants racontent les heures qui s'égrènent doucement sous le cagnard. Les regards se perdent souvent dans le vide, sans exprimer ni colère, ni tristesse, ni désespoir. Seulement de la résignation.

« La plupart des gens que vous voyez ici sont Soudanais, situe Abdallah, un professeur de quarante ans. Et au Soudan, traditionnellement, on n'émigre pas vers l'Europe. Mais la situation là-bas pousse les jeunes à quitter le pays. Il y a la guerre, la crise économique, les mauvaises politiques ». Tout le monde rêve de l'Angleterre, à cause de la langue. Ou de la France, parce que c'est le pays de la « liberté », poursuit-il.

Parmi tous ces migrants, personne ne veut rester en Italie. Mais certains se sont fait une raison. Aschraf, par exemple. Le dos voûté, ce jeune avocat soudanais marche sans but le long de la zone industrielle, un dictionnaire italo-anglais à la main. « Notre situation en Italie, ce n'est pas normal », lâche-t-il en désignant du bras le terrain bordé par la voie ferrée.

Plusieurs voitures de bénévoles s'arrêtent sur le terrain vague, déposent quelques bouteilles d'eau, et puis repartent. Les migrants, eux, attendent toujours.

Photo Michael Alesi
Photo Michael Alesi
Photo Michael Alesi
Photo Michael Alesi

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