"Dans ce pays, on vous dégoûte d’être patron": ce boulanger de la Côte d'Azur se met symboliquement en grève pour dénoncer l'inflation

Charles Franchi, place Sainte-Luce, a affiché son mécontentement à l’aide d’une grande banderole: "Je ne peux pas m’arrêter de travailler mais je ne peux plus me taire."

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Ornella Van Caemelbecke Publié le 10/01/2023 à 08:45, mis à jour le 10/01/2023 à 07:30
Charles Franchi, boulanger à la place Sainte-Luce, a décidé de se mettre symboliquement en grève. Photo Cyril Dodergny

"En grève, boulange[r] ouvert mais qui meurt" Sur la devanture de Charles Franchi, boulanger à Cagnes-sur-Mer, une imposante banderole témoigne de son ras-le-bol.

Il manque le "r" à "boulanger" par manque de place, mais ce n’est pas grave. Le message passe quand même.

Trop c’est trop. Les factures de l’artisan ont doublé. Face à la hausse du prix des matières premières et de l’électricité, il est pris à la gorge. Comme tous ses confrères.

Les aides accordées par la Région? "Elles ont des critères de sélection qui laissent certains d’entre nous sur le carreau." Alors, symboliquement, ce boulanger localisé sur la place Sainte-Luce depuis quatre ans et demi s’est mis en grève. "Comme les pompiers." Il n’a pas les moyens de s’arrêter de travailler "mais je ne peux plus me taire, il faut que ça bouge."

"Il faut qu’on organise quelque chose ici"

Est-ce qu’il espère que son coup de gueule fera bouger les choses? Évidemment. Même s’il n’est pas dupe: "Nous, boulangers, on n’a pas la force de frappe des cheminots. On ne peut pas bloquer les rails et obtenir ce qu’on veut." 

Selon lui, la confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française n’est pas forcément favorable à une grève.

"Il y a une manifestation organisée le lundi 23 janvier, à Paris. Mais je bosse 15 heures par jour. Je n’ai ni le temps, ni les moyens financiers d’y aller. Cette banderole, c’était la seule façon de m’exprimer. Et j’ai reçu beaucoup de soutiens. J’aimerais qu’on organise quelque chose ici, dans notre département, entre professionnels du secteur. Le problème ne concerne pas que Paris et Nice reste quand même la cinquième ville de France."

Pour sa démarche, Charles Franchi a reçu les encouragements de Carine Papy, conseillère municipale à Cagnes-sur-Mer déléguée à l’Économie et vice-présidente du conseil départemental.

Sur Twitter, l’élue a partagé la photo de la banderole du boulanger cagnois et a réagi: "Que le gouvernement prenne de vraies dispositions face à la hausse des coûts de l’énergie! Nous demandons de sortir du marché européen de l’énergie, d’installer un bouclier tarifaire et de mettre de l’ordre dans les dérives des fournisseurs d’énergie."

"On craint des faillites massives"

Contactée à ce sujet, elle a farouchement défendu: "Les mesures proposées sont inadaptées et insuffisantes. On craint des faillites massives en France."

Charles Franchi a déjà prévenu sa comptable: il ne paiera pas la prochaine facture. "On commençait à peine à sortir la tête de l’eau depuis le Covid et on nous replonge le nez dedans. Je veux faire ce métier depuis que j’ai 5 ans et j’ai ouvert ma boulangerie à 25 ans. Mais dans ce pays, on vous dégoûte d’être patron. Je suis écœuré. On a inscrit la baguette au patrimoine immatériel de l’Unesco mais on n’est même pas capable de la défendre."

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