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Cybermenaces : nous sommes tous concernés

Les Assises de la sécurité ont été marquées, hier, par un appel à démystifier la cybersécurité auprès du public pour bâtir une société à l’abri de conflits latents

Publié le 10/10/2019 à 10:27, mis à jour le 10/10/2019 à 10:28
Guillaume Poupard, hier en ouverture du « marathon » des Assises.
Guillaume Poupard, hier en ouverture du « marathon » des Assises. Sébastien Botella

Il faut que le sujet cyber soit le sujet de tout le monde. C’est confortable de rester entre nous mais c’est beaucoup plus efficace de s’ouvrir. » En ouverture des 19e Assises de la sécurité, hier au Grimaldi Forum, le directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), Guillaume Poupard, a donné un coup de pied dans la fourmilière. Incité les spécialistes de la cybersécurité à vulgariser leur approche du grand public. Ne pas se positionner en « apôtres de l’apocalypse », ni en « sauveurs », mais abattre les cloisons d’une niche qui ne saurait relever les défis de son temps sans associer le plus grand nombre.

Un éveil des consciences face aux cybermenaces d’autant plus urgent que des jours sombres semblent inéluctables à la vitesse galopante à laquelle évolue la technologie et, par extension, ses risques. « En France, on est peut-être petit mais on est parmi les grands. Sachant que dans les grands il y a des très grands, très violents, très agressifs, mal dirigés… » (lire ci-contre).

Des risques et des coûts que le citoyen lambda peine à appréhender quand l’exposé est anxiogène selon l’expert. « Je ne vous dis pas tout ça pour faire trembler, ni pour avoir peur, mais bien pour bouger les choses (...). On n’a pas encore réussi à porter le sujet sécurité numérique à un bon niveau. Les gens sont analphabètes en termes de sécurité numérique - ce n’est pas du mépris -, il faut qu’on s’interroge sur nos propres comportements. »

 

Guillaume Poupard préconise ainsi une approche « positive » face à la course contre-la-montre permanente dans ce domaine de la cybersécurité où l’anticipation se définit à court terme et où cinq ans paraissent un siècle en termes d’innovation. Et s’il n’y a plus de temps à perdre face à la menace, toute une éducation reste à faire en matière « d’hygiène informatique ». « Les gens ne se lavent toujours pas les mains », résume Guillaume Poupard.

« On est face au dilemme de la sécurité routière »

« On est face au dilemme de la sécurité routière. Est-ce qu’il faut faire des images chocs ? De l’humour ? Des belles maximes ? Ce n’est pas simple d’aller porter ces messages que les personnes n’ont pas envie d’entendre. » En plein « Mois européen de la cybersécurité », l’ANSII a ainsi choisi l’humour comme vecteur, notamment des dessins. « Il y a plus de chance de toucher les jeunes, et même au-delà », assure Guillaume Poupard. Les messages se veulent simples, efficaces. Exemple : « Changez vos mots de passe, faites des mises à jour, faites des sauvegardes. Je ne sais pas descendre en dessous [rires dans l’assemblée] », concède malicieusement l’expert, évoquant des progrès en termes de formation avec l’Éducation nationale et une base de cybersécurité « à solidifier » en France malgré une « alchimie remarquable » entre privé et public.

Aux professionnels, ensuite, de ne pas reproduire les erreurs du passé. « Dans d’autres écosystèmes, comme l’Intelligence artificielle (IA), je guette le mot “sécurité” et je suis très souvent déçu. Pourtant avec tout ce qui est en train de se développer, cette IA, cette nouvelle informatique, on risque de reproduire les erreurs qu’on a faites dans le passé avec des puces, des protocoles, des réseaux qui n’étaient pas conçus en termes de sécurité et dont on traîne les problèmes de legacy [systèmes devenus obsolètes, ndlr] depuis maintenant 20 ou 30 ans. »

« On peut être compétiteurs avec des intérêts communs »

 

Il est temps, aussi, de raccrocher les wagons avec la concurrence internationale. En France, 2020 sera ainsi marqué par un projet coopératif de « Campus Cyber » qui pourrait intéresser des entités monégasques à l’heure où la Principauté, outre le développement d’une Smart City, ouvre un coffre-fort numérique au Luxembourg.

Un hub dédié à la cybersécurité pour lequel le Premier ministre, Edouard Philippe, a demandé au patron d’Orange Cyberdefense, Michel VanDenBerghe - avec le soutien de l’Anssi - de réfléchir aux cadres et contours. Une mise en commun des énergies public-privé et de moyens physiques comme numériques qui a connu des fortunes diverses dans le monde. La France a décidé de s’inspirer du CyberSpark, en Israël, qui fédère entreprises, universités et gouvernement.

« Les réflexions ont commencé avec un noyau dur de trois grands industriels : Orange, Thalès et Atos, confie Guillaume Poupard. On peut être compétiteurs et avec des intérêts communs (...). Et ne pas s’arrêter au strict périmètre français. » A bon entendeur.

À Monaco, chacun peut être un « maillon faible »

Guillaume Poupard a débuté son intervention par des propos alarmistes hier. « Je m’interdis de parler de situation de guerre à l’échelle internationale, parce que la guerre c’est sérieux, ça a un sens, c’est codifié, mais on n’en est pas très loin objectivement. La situation est extrêmement conflictuelle. Les victimes avec qui on travaille à l’ANSSI ont le sentiment quasiment d’être des victimes de guerre. L’agressivité de certains États, y compris parmi les plus grands, n’a jamais été aussi forte (...). La vie de nos concitoyens commence à être sérieusement impactée par des attaques de plus en plus graves. On n’est qu’au début mais la situation est fondamentalement grave. »

Un an après l’Appel de Paris, « un truc de hippies qui appellent à la responsabilité des acteurs et à la paix dans le monde, sauf que ce n’est pas porté par des hippies », le DG de l’ANSSI évoque aussi « des signaux optimistes sur la faisabilité d’une Europe de la cybersécurité. Ce n’est plus une utopie. »

« Je vous invite à rencontrer les entreprises de la Principauté qui recherchent bien évidemment des partenaires, Monaco est tellement petit qu’on a besoin de coopérations. C’est quelque chose de vital pour la Principauté », a dit Patrice Cellario.
« Je vous invite à rencontrer les entreprises de la Principauté qui recherchent bien évidemment des partenaires, Monaco est tellement petit qu’on a besoin de coopérations. C’est quelque chose de vital pour la Principauté », a dit Patrice Cellario. Dir. Com..

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