Rubriques




Se connecter à

Crise sanitaire, scandales, pénurie de personnels et canicule: les Ehpad de la Côte d'Azur sous tension

Entre crise sanitaire et récents scandales, les établissements accueillant des personnes âgées sont sous le feu des projecteurs. L’été caniculaire n’aide pas le personnel sur le front.

Margot Dasque Publié le 04/08/2022 à 09:30, mis à jour le 04/08/2022 à 16:40
La chaleur impacte nos seniors tout comme le personnel sous tension qui les prend en charge au quotidien. Photo d'illustration C. D.

Un verre d’eau. À moitié vide, à moitié plein. Un verre d’eau auquel elle ne touche pas. "Ma mère ne boit pas toute seule, c’est pour cela qu’avec mon frère on se relaie. On va tous les jours la voir", indique Jean-Paul, qui veille sur sa maman de 91 ans, installée dans un Ehpad public d’une des plus importantes communes des Alpes-Maritimes. Il s’étonne: "Elle n’a aucun moyen de pouvoir rafraîchir l’air dans sa chambre. Certes, il y a les pièces communes en bas qui sont climatisées. Mais elle n’a pas la force de s’y rendre."

Résultat: "Elle a même été hospitalisée pour déshydratation." Ses deux fils ont cru qu’elle ne passerait pas la nuit. Mais elle a pu fort heureusement réintégrer son établissement. Et ce, non sans inquiéter ses enfants. Qui ne veulent pas voir leur maman dépérir à petit feu… "On se demande où se trouve la dignité humaine là-dedans. Et pourtant, on sait très bien que les équipes font de leur mieux."

Un taux d’encadrement "catastrophique"

Le personnel est sous tension, entre Covid, scandales et canicule… "Les épisodes successifs de crise mettent en lumière toutes les difficultés des structures", soutient Jérôme Malfaisan, conseiller du Syndicat national des professionnels infirmiers qui cite les chiffres: "Le taux d’encadrement est catastrophique en France. Alors qu’en Allemagne il est très bon. Nous ne parvenons pas à rétablir la balance (En 2017, le taux d’encadrement s’élevait à 0,6 soignant pour 10 résidents, contre 12 soignants pour 10 résidents en Allemagne., ndlr)." 

Alors, c’est système D. Comme dépendance. "On les connaît bien les soignantes, elles sont deux à l’étage de ma belle-mère", indique ce retraité qui parle d’un établissement privé entre Antibes et Nice: "Elles font ce qu’elles peuvent. Mais quand on vient, on fait en sorte de faire ce qu’elles n’ont pas le temps de faire elles-mêmes. Comment leur en vouloir?"

 

"Ne pas stigmatiser tous les établissements"

Sur le front, les professionnels mènent au quotidien une course contre la montre. Recruter? "Le problème, c’est que ce sont surtout des personnes en intérim qui sont prises. Elles n’ont pas de formation, se retrouvent lancées sur le terrain du jour au lendemain. Ce sont des métiers très délicats, ils ne s’improvisent pas…", relève Jérôme Malfaisan, qui constate: "Cela pointe aussi l’épuisement professionnel, tout comme le manque d’attrait pour ce type de carrières." Et pourtant, sans ces gens qui s’engagent, plus rien ne peut tourner rond… "C’est aussi pour cela qu’il ne faut pas stigmatiser tous les établissements."

Vers les frontières...

Des endroits où ça marche mieux, ça existe. "Quand vous voyez que les salaires sont plus hauts en Belgique ou en Suisse, vous savez où nos infirmiers partent. Et ce n’est pas uniquement une question financière: il faut aussi regarder les conditions de travail."

Et lorsqu’ils ne traversent pas la frontière, ils lâchent leur blouse. "Il y a encore quelques années, la durée de vie professionnelle d’une infirmière en Ehpad s’élevait à sept ans. Aujourd’hui, c’est cinq." Le thermostat grimpe. Dehors. Dedans. À quelle température ça monte quand un système est à bout?

L’implication des proches des patients et résidents: un enjeu d’avenir. Photo d'illustration E.O..

"À l’avenir, les familles vont devoir nous aider"

Guillaume Gontard est président de la Fnaas - Fédération nationale des associations d’aides-soignants. Effectuant des remplacements dans différents établissements, il est en charge de la partie Sud-Sud Est.

La chaleur et les inégalités

"Cela arrive régulièrement que des personnes n’aient pas de solution de rafraîchissement de l’air dans leur chambre. Aussi bien en Ehpad qu’en clinique. Il y a aussi le problème des clims qui fonctionnent mal, qui tombent en panne, qui prennent du temps à être réparées. C’est difficile de généraliser, mais ce ne sont pas des cas isolés. Les seniors à domicile également n’ont pas toujours des conditions idéales. Certains ont un appareil à oxygène et même pas de ventilateur…"

Au quotidien

"Dans ces périodes de chaleur, on veille au quotidien. On fait en sorte que les personnes soient bien hydratées, on les rafraîchit, c’est à nous de proposer des solutions en fonction de ce qui est possible sur place. Même si c’est difficile de travailler dans certains Ehpad parce que les conditions ne sont pas optimales. On doit faire avec."

Le rôle des familles

"Vous pourrez embaucher tant que vous voulez. Mais à l’avenir, il faudra de plus en plus impliquer les familles. Certaines sont déjà très impliquées, mais d’autres doivent reprendre la route de l’aide. Il y a un rapport spécial où certaines personnes confondent prise en charge et hôtellerie… Nous ne sommes pas payés à l’acte. On attend beaucoup de nous, notre engagement est fort mais nous devons prendre en compte les proches dans notre vision du patient. Cela irait dans le bon sens, créerait également ce lien qui manque dans beaucoup de cas."

La responsabilité de tous

"On est tous comptables de la situation. Chacun à notre niveau. Quand je vois que, pris dans le quotidien, on ne prend pas le temps pour des élèves aides-soignants, on va vite : cela fait partie du problème. Quand j’arrive quelque part, on ne m’explique pas tout. Ce sont autant de choses, bout à bout…"

Le manque de personnel

"Dans certains établissements, ce sont les personnes qui s’occupent du nettoyage qui en viennent à effectuer des gestes d’aides-soignants. Parce qu’il n’y a pas assez de monde, parce que laisser quelqu’un qui demande quelque chose ce n’est pas acceptable. Voilà où on en est. On a besoin de se sentir tous entendus. Il faut rappeler que ce métier est un réel engagement. Sauf que l’image donnée de la profession n’est pas des plus valorisantes. Entre le Covid, les affaires des Ehpad : cela n’aide pas. Et je ne vous le cache pas : même si nous sommes professionnels, il y a toujours une implication qui va au-delà. Il y a des émotions auxquelles on ne peut pas échapper quand évolue dans ce type de profession. Il faut améliorer les conditions de travail pour que les jeunes s’y intéressent."

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.