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Colonel Varo : Un bilan

Bientôt à la tête de la Force publique, le chef de corps des sapeurs pompiers de Monaco « ferme un livre » en quittant sa caserne mais compte poursuivre ses réformes structurelles et humaines

Publié le 10/09/2018 à 05:28, mis à jour le 10/09/2018 à 05:28
« Je n'étais pas du tout programmé pour venir à Monaco. »
« Je n'étais pas du tout programmé pour venir à Monaco. »

Il est né dans les Pyrénées-Orientales mais ce n'est pas un ours. Il a son caractère - indispensable à sa fonction - mais ne griffe qu'en cas d'extrême recours. Après 32 ans de service, dont 25 années dans le corps des sapeurs-pompiers de Monaco ponctuées de 10 ans de commandement, le colonel Tony Varo s'apprête à mettre son sens du devoir et du management, ainsi que ses idées, directement au service du prince Albert II.

Le 17 septembre prochain, il suppléera le colonel Fringant au poste de Commandant supérieur de la Force publique. « Si je connais parfaitement le corps des pompiers, je connais moins celui des Carabiniers. Je pars avec quelques zones d'ombre à éclaircir mais je remettrai une feuille de route au souverain pour travailler en bonne intelligence. »

À 52 ans, le gamin de Le Soler, « village-dortoir » à proximité de Perpignan, se voit récompenser d'un engagement devenu sacerdoce précocement. « Lorsque j'avais 11 ans, le maire a eu l'idée merveilleuse de faire venir à la Fête du village une section des petits pompiers de la région parisienne. Ils ont fait des démonstrations de manœuvres et de gymnastique… »

 

« J'ai eu des guides bienveillants »

En Occitanie, pays de l'ovalie, le petit Tony canalise alors ses premières ardeurs sur le pré. Mais cette soirée du 4 août1977 marque un tournant… « Le maire a annoncé qu'il voulait créer une section similaire à Le Soler. Une souscription a été lancée et 90 jeunes se sont portés volontaires. 60 ont été retenus et je suis devenu "jeune cadet".» Un cadet d'emblée propulsé chef d'une caserne virtuelle lors des exercices de formation. Tony passe l'équivalent du PSC1, valide des connaissances sur le matériel incendie et les manœuvres, participe aux défilés militaires et, surtout, découvre des valeurs et méthodes méconnues dans sa famille. Jusqu'à l'inéluctable « évidence » : « J'ai dit à mes parents que je voulais devenir pompier. »

Dès lors, son parcours sera jalonné de coups de pouce de ses supérieurs - et mentors - sous la bannière du 18. Des anges gardiens jamais bien loin et qui l'incitent, aujourd'hui encore, à tendre la main aux jeunes prometteurs. « On n'est pas là par hasard. J'ai eu des guides bienveillants, tout au long de ma carrière, qui ont beaucoup misé en moi dès mon plus jeune âge. Ils voulaient que je fasse des études moi je voulais faire pompier, tirer des tuyaux, conduire le camion… »

Les études, Tony Varo les poussera jusqu'à obtenir un Bac E « Sciences de l'ingénieur ». « J'aurais pu prendre la voie la plus facile ! », plaisante aujourd'hui le soldat du feu.

 

« À Monaco, j'ai rencontré un homme, un projet »

1986 est l'année de l'émancipation. Le volontaire de Le Soler descend sur la Canebière pour effectuer son service militaire dans le bataillon de marins pompiers de Marseille. Il y fera ses gammes et gravira les échelons jusqu'en 1993 et son atterrissage, « par accident », à Monaco.

« Je n'étais pas du tout programmé pour venir ici. Mes patrons connaissaient le commandant Yannick Bersihand et savaient qu'il cherchait un officier de formation. » Tony Varo n'attend pas grand-chose de son escapade d'une journée en Principauté mais, au lendemain du sacre européen de l'OM, il « rencontre un homme et un projet ».

« Je vérifiais si le téléphone était bien branché »

Les pompiers de Monaco font l'objet de railleries dans l'Hexagone mais le détaché découvre l'envers du décor boulevard de Belgique, puis dans la nouvelle caserne. « Les pompiers étaient le seul corps de l'administration informatisé, avec son propre réseau. Il y avait des moyens au niveau de la formation et on avait des vidéo-projecteurs alors que, là où j'étais, l'informatique n'était pas encore généralisée ! »

 

Sélectionné par le prince Rainier III, Tony Varo embrasse de nouvelles responsabilités comme capitaine. Mais l'avancement ne fait pas tout : « Ma femme m'a dit : "Je te suis"... Mais il ne faut pas se leurrer, on avait une petite fille et si toute la famille ne s'était pas bien intégrée, je serais reparti… » Il n'en sera rien, même si le doute plane la première année. « Je me suis posé des questions par manque d'opérations. Je passais d'une unité qui faisait 350 interventions par jour à 4 000 interventions par an [aujourd'hui 8 000]. Le matin, je vérifiais si mon téléphone était bien branché… (rires). »

« J'ai des fantômes qui me poursuivent »

À l'heure de faire ses cartons, le colonel n'émet pas de regrets, mais de la peine pour deux hommes. Ses hommes. L'un, s'est suicidé à son domicile voilà deux ans. « C'était un "ancien"... Un gros coup dur qui a marqué la compagnie. On a géré sa femme et son fils qui ont quitté la caserne pas plus tard qu'en août dernier ». Le second, victime d'une électrocution, lors d'une intervention à Fontvieille le 30 avril 2016, n'a pas quitté les murs mais ne vit plus de l'adrénaline du terrain, souffrant d'un système nerveux irréversiblement endommagé.

Des pages écornées dans le « livre » que le colonel Varo referme. Une histoire non sans fantômes. « J'ai des fantômes encore qui me poursuivent, des choses qui se réveillent quand je ne vais pas bien. Avant on n'avait pas beaucoup d'accompagnement, si ce n'est la vigilance des "anciens" qui essayaient de dédramatiser. Depuis, beaucoup a été fait pour la prise en charge des pompiers. »

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