"C'est de la censure": des collages féministes bâchés par des policiers lors de la venue de Gérald Darmanin à Nice

Des collages féministes, affichés sur la vitrine de la librairie Les Parleuses à Nice, ont été cachés et surveillés par des policiers lors de la venue du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, vendredi 9 décembre.

Lauriane Sandrini Publié le 09/12/2022 à 16:54, mis à jour le 09/12/2022 à 17:04
"Les CRS sont restés plantés devant les bâches pendant plusieurs heures pour les surveiller", assurent les membres du groupe, photos et vidéos à l'appui. Photos DR

"C'est de la censure, ni plus, ni moins." Les membres du collectif de collages féministes à Nice n'en reviennent pas.

Des policiers ont recouvert leurs collages, affichés légalement sur les vitrines de la librairie Les Parleuses, devant le futur hôtel des polices que le ministre de l'Intérieur a visité ce vendredi matin.

"À 7h, nous avons collé nos messages, avec l'accord des gérantes. Une heure plus tard, alors que nous venions de terminer, deux policiers en civil puis une dizaine de CRS en uniforme sont arrivés pour décoller ceux qui étaient à l'extérieur."

Sur les messages, on pouvait lire: "Qui sème l'impunité récolte la colère", "Violeurs on vous voit, victimes on vous croit" et "Sophie on te croit", en référence à Sophie Patterson-Spatz, qui accuse Gérald Darmanin de viol et a fait appel du non-lieu prononcé en faveur du ministre de l'Intérieur en juillet. 

Cadres en bois et couvertures noires

Des cadres en bois et des couvertures noires ont été apportés pour cacher les collages. Photos DR.

"Pour les messages qui étaient à l'intérieur de la librairie, ils ont fait venir un camion de la mairie de Nice rempli de matériel, avec des cadres en bois et de grandes couvertures noires", assurent les "colleureuses", qui font partie du mouvement national de désobéissance civile pacifique. 

Des CRS sont restés positionnés devant les bâches pendant plusieurs heures, sous la pluie. "On a observé la scène de loin", indiquent les membres du collectif, qui ont filmé le moment et l'ont partagé sur leur compte Instagram

Vers 10h, les gérantes sont allées ouvrir la librairie et ont été accueillies par une "dizaine de policiers". "Ils les ont entourées, leur ont demandé leur identité et leurs coordonnées. Les gérantes ont demandé aux policiers si c'était illégal de coller des messages sur leur vitrine. Ils n'ont pas su répondre."

"Ça fait peur"

"Aucun des messages ne nommait Gérald Darmanin directement. Ils n'étaient ni diffamant, ni insultant. On ne devrait pas nous empêcher de le dire", dénonce le collectif niçois de collages féministes. 

Au début, elles ont trouvé "ahurissant" et "ridicule" l'empressement des policiers à cacher et surveiller leurs messages. Avec du recul, elles trouvent ça "très grave". 

"Quand le ministre est parti, ils ont enlevé les bâches. Actuellement, plus personne ne nous demande de les cacher. Qu'est-ce que ça veut dire? Que la liberté d'expression n'existe plus quand Gérald Darmanin est en ville? Ça fait peur."

Derrière ces collages, les "colleureuses" espéraient interpeller le gouvernement sur les violences sexuelles et sexistes, sur l'impunité des auteurs de ces violences, ainsi que montrer leur soutien aux victimes.

Contactée, la Direction départementale de la sécurité publique n'a pas souhaité réagir. La mairie de Nice n'a pas répondu au moment de la publication de cet article. 

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