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"C’est catastrophique": le S.O.S. de commerçants en détresse sur le Rocher

Mis à jour le 21/06/2020 à 20:21 Publié le 21/06/2020 à 20:00
Habituellement, l’été, il faut jouer des coudes pour progresser dans les ruelles.

Habituellement, l’été, il faut jouer des coudes pour progresser dans les ruelles. Photo J.-F. Ottonello

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"C’est catastrophique": le S.O.S. de commerçants en détresse sur le Rocher

Premier témoin de la désertification des ruelles historiques, le prince Albert II est allé au chevet de commerçants à la peine. Certains s’unissent pour redresser la barre; d’autres sont à la dérive.

Posté derrière la fenêtre de son bureau, entre deux réunions de gestion de crise, le prince Albert II a fait le même constat amer durant des semaines. Celui d’un Rocher déserté de ses estivants et de commerçants aux abois. Une fatalité durant le confinement et un défi désormais.

Comment redresser l’activité économique de Monaco-Ville avant même le retour d’un flux conséquent de touristes étrangers? Comment, surtout, éviter que marchands et restaurateurs n’en viennent à baisser le rideau définitivement?

La semaine dernière, le souverain a ainsi parcouru à l’improviste les venelles du Rocher. Un porte-à-porte princier durant lequel il a su trouver les mots justes selon Ricky Atlan, gérante de la boutique de souvenirs "U Parasettu".

"Il a vraiment été super, gentil et amical. Je suis très contente d’être à Monaco parce qu’on est vraiment entouré et écouté par rapport à la France. Que le Prince vienne nous remonter le moral, ça fait plaisir et ça nous donne une énergie pour continuer."

Et le Prince a pleine mesure de la situation. Les aides déployées par son gouvernement ne suffiront pas. La période actuelle joue sur les nerfs.

"J’ai dû faire 2 % de mon chiffre d’affaires en juin"

"On arrive le matin la boule au ventre et on repart la gorge serrée", mime Riky Atlan. La veille, la journée s’est résumée à une vente.

"Quelqu’un du Palais qui avait un cadeau à faire." L’avant-veille, 9 euros sont rentrés en caisse. Bref, la Bérézina.

"Au mois de juin, j’ai dû faire 2 % de mon chiffre d’affaires. Normalement c’est le troisième gros mois de l’année pour mois. Et encore, j’ai eu de la chance car ma propriétaire a été cool, elle a joué le jeu." D’autres n’ont pas vu leur loyer abaissé, et tirent la langue.

Alors que faire? Commencer par se retrousser les manches et ne pas se laisser apitoyer, jouer la carte de la cohésion et profiter de cet été sans rues bondées pour raviver l’esprit et la vie de quartier. C’est du moins l’avis de Marc Bonafede, aux commandes du "Castelroc".

"On a vraiment la sensation que c’est un quartier qui est récupéré par les locaux. Je vois ça d’un œil positif car c’est ce que j’ai connu avec mes grands-parents et c’est chouette", avance celui qui s’efforce de varier son offre pour convaincre les Monégasques de grimper sur le Rocher.

Ainsi, le jeudi soir, c’est soirée barbecue. Le vendredi matin, cours de yoga, etc.

Mais seuls quelques "irréductibles" bravent la rampe Major pour contribuer à l’économie locale. "Beaucoup de Monégasques ne sont pas alpinistes", plaisante-t-on sur les hauteurs de la Principauté.

Le patron du "Castelroc" le concède volontiers, il n’est pas le plus à plaindre avec son "bassin de clientèle locale".

Sa promiscuité avec le Palais lui ayant notamment permis d’assurer un minimum de couverts alors que l’activité de la maison souveraine n’a jamais été totalement à l’arrêt durant la crise.

Le couple princier et leurs enfants avaient d’ailleurs partagé une photo, attablés dans le restaurant le jour de la Fête des mères.

"On essaye de s’aider les uns les autres"

Recréer une vie de village passerait toutefois par la relance de fonds de commerce afférents. Si un coiffeur, une pharmacie ou un petit épicier subsistent; le boucher a plié bagage comme d’autres artisans séculaires.

Mais certains l’assurent, des discussions ont déjà eu lieu en ce sens avec le gouvernement pour imaginer des financements pour de nouveaux arrivants.

Quant à ceux qui sont déjà là, la majorité entend profiter de cette crise pour se remettre en question; d’autres peinent à quitter le confort des belles années. Afin de tirer tout le monde dans le même sens, un groupe Facebook

"Les commerçants de Monaco-Ville" a été créé durant le confinement et compte déjà plus de 70 fidèles.

"On essaye de s’aider les uns les autres, assure Ricky Atlan. Je transmets aussi les dossiers un peu litigieux à l’UCAM (Union des Commerçants et Artisans de Monaco) par exemple. Des gens qui ne peuvent pas payer leur loyer et sont en très grande difficulté. On est tous affaiblis moralement."

Une détresse qui aurait déjà contraint un commerçant à se décider à mettre la clé sous la porte. "Les premiers préavis tombent. Les premières victimes."

"On paye un petit peu le prix d’être la zone touristique de Monaco", analyse Marc Bonafede, résolument optimiste quant à la capacité de rebond du vieux-Monaco. Quelques événements estivaux devraient ainsi être annoncés très prochainement.

En attendant, "ça frémit depuis quelques jours" et la reprise de la relève de la garde des carabiniers a mis du baume au cœur autant qu’elle entretient l’espoir d’une plus grande fréquentation touristique. De là à être la panacée…


Témoignages: "Il faudra vraiment faire une super arrière-saison"

L’une des centenaires interviewées le mois dernier et résidente du Rocher nous le disait: "Ici, il n’y a plus que des touristes maintenant". Elle avait à la fois tellement raison, et tellement tort.

Raison, car en temps normal, c’est bien le cas. Tort, car si depuis quelques jours, une petite vie anime de nouveau les ruelles du quartier historique de la Principauté, il faut bien reconnaître que depuis le début du confinement, c’est morne plaine. On a bien assez de ses deux mains pour compter les touristes.

"On a rouvert le 4 mai. C’est catastrophique, confie Gilliane dans sa boutique de souvenirs. Ça reprend tout doucement, mais ça n’est pas viable. Tant que les gens ne reprendront pas l’avion pour revenir des quatre coins de l’Europe, ça ne fonctionnera pas."

Elle comptait un peu sur la réouverture des restaurants pour attirer du monde. Mais, là encore…: "Même les restaurants, quand ils arrivent à faire dix couverts, c’est exceptionnel. Finalement leur ouverture n’a pas changé grand-chose pour nous."

De calculs en désillusions, elle conclut: "Je pense qu’il n’y aura pas de saison. Même si on espère que ça ira mieux en juillet-août, il faudrait vraiment faire une super arrière-saison. Autant dire que ce n’est pas gagné."

Ni bus, ni croisières

Johanna, dans un autre magasin de souvenirs, garde le sourire, mais le fond du discours reste le même: "La relève de la garde c’est quand même un événement qui attire du monde sur la place du Palais. Avec l’ouverture du Musée océanographique au début de la semaine, ça nous amène au moins un peu de passage."

Un peu de vie dans les rues, même si ça ne suffit pas à faire vivre les commerçants. "On a espoir qu’en juillet, les touristes reviendront. Même si l’on sait qu’on n’aura pas les bus, ni les bateaux de croisière. Il faut se dire que c’est un mauvais moment à passer, et que petit à petit, ça va reprendre."

Restaurants vides

Dans les restaurants, c’est aussi un désastre. "U Cavagnetu" est celui qui, à midi et demi mardi dernier, avait le plus de monde en terrasse, avec huit couverts.

"En dix ans de restauration, je n’ai jamais vu ça, explique Cécile. Les touristes ne sont pas là, les employés qui viennent manger d’habitude sont en télétravail… C’est vraiment difficile."

Plus loin, chez "Pinocchio", Iove est aussi dévasté. "C’est très compliqué. Aucun touriste. Les locaux ne viennent pas sur le Rocher. Le maximum qu’on a fait jusque-là, c’est six couverts, alors que d’habitude, on est complet. Je crois que les mesures sanitaires imposées ici ne nous ont pas facilité la tâche, parce que je connais des restaurants à Nice ou à Roquebrune, qui ont repris et qui marchent bien."

Tous veulent croire que la reprise de la relève de la garde constituera un premier pas vers une amélioration, et une saison pas totalement ruinée.


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