Rubriques




Se connecter à

Aventurière, architecte, religieuse... Découvrez ces femmes qui ont marqué le XXe siècle sur la Riviera Française

Écrivains ou peintres, exploratrice, designer ou même religieuses… Au siècle dernier, de nombreuses femmes ont laissé leur empreinte sur Menton et sa région. L’occasion de leur rendre hommage

Stéphanie wiélé et rachel dordor Publié le 08/03/2019 à 07:50, mis à jour le 08/03/2019 à 08:20
Qu'elles soient peintre, architecte, religieuses,... Ces femmes ont résolument marqués le XXE siècle Photos DR

Le best-seller de G. Bruno, le dévouement des sœurs Munet, l’art de vivre selon Eileen Gray ou les récits de voyage de l’exploratrice Alexandra David-Néel… Chacune dans son domaine, ces pionnières du XXe siècle ont marqué l’Histoire et contribué à faire évoluer la place des femmes dans notre société. À chaque fois, leur destin inédit sera lié à notre territoire…

À l’occasion de la Journée internationale de la femme, nous revenons sur ces égéries qui ont marqué l’est du département. Une sélection – non exhaustive – qui conviendra de compléter au fil des années !


Lesley Blanch, sa passion pour les voyages et Romain Gary

Lesley Blanch Photo DR.

Tout commence en 1944. L’écrivain et aventurière anglaise, Lesley Blanch, rencontre à Londres un jeune aviateur français devenu ensuite un célèbre écrivain d’origine russe.

Un certain... Romain Gary. C’est le début d’une histoire d’amour entre les deux âmes bohèmes. Lesley Blanch était alors décoratrice de théâtre et rédactrice de l’édition britannique de Vogue quand elle épouse son amant.

 

Les jeunes mariés s’installent impasse Scarouget à Roquebrune à l’été 1949 (photo). Romain Gary écrit et entame en parallèle une carrière de diplomate. Le couple fusionnel voyage en Suisse, en Bulgarie, mais aussi à Los Angeles. Mais l’idylle ne dure qu’un temps... L’auteur de La Promesse de l’aube quitte Lesley Blanch pour l’actrice du film A bout de souffle, Jean Seberg.

Voyageuse dans l’âme et passionnée d’Orient, Lesley Blanch en profite pour parcourir le monde en solitaire de la Sibérie à la Mongolie en passant par la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, l’Égypte ou même le Sahara. Ces pérégrinations lui donnent de la matière pour l’écriture de ses romans et récits de voyage comme Les Sabres du paradis et Voyage au cœur de l’esprit.

Elle s’installe à Menton

Vers la fin de sa vie, Lesley Blanch s’installe à Menton dans le quartier de Garavan. Un jour de printemps 1994, la maison de l’écrivain part en fumée. Sa collection de tableaux, ses tapis d’Orient, sa bibliothèque remplie de livres de voyages... tout part en fumée. Anéantie mais combative, elle fait reconstruire aussitôt sa maison. Après une vie menée tambour battant, Lesley Blanch s’éteint à Menton à l’âge de 103 ans.

Un manuel scolaire, "best-seller" de G. Bruno

Photo DR.

Décédée à Menton en 1923, Augustine Fouillée – dite G. Bruno – est une femme de lettres française célèbre pour avoir publié en 1877 un véritable best-seller sous la IIIe République: Le Tour de France par deux enfants.

Dans un premier temps, G. Bruno ne pensait écrire qu’un récit éducatif pour ses propres enfants. À souligner qu’elle est la mère du célèbre philosophe et poète, Jean-Marie Guyau. Ce dernier est mort en 1888 à l’âge de 34 ans et enterré au Trabuquet à Menton.

 

Au fil du temps, le roman d’éducation de G. Bruno se révèle être une référence pour tous les petits Français ! Dans Tour de France par deux enfants, le lecteur suit André et Julien Volden, âgés de 7 et 14 ans, partis à la recherche de leur oncle. À travers leur voyage, les deux enfants découvrent la géographie de leur pays mais sont également initiés à l’instruction civique, l’artisanat, l’économie, l’agriculture et même les sciences.

Vendu à plus de 20 millions d’exemplaires

L’ouvrage s’est vendu à plus de 20 millions d’exemplaires ! Au cours de sa vie, G. Bruno publie également Francinet, manuel d’instruction civique et de morale, romancé sous la forme de l’histoire d’un adolescent entrant dans la vie professionnelle.

La notion de promotion sociale intervient dans Les Enfants de Marcel, qu’elle publie en 1887. Grâce à ces ouvrages, G. Bruno a marqué plusieurs générations d’écoliers.

Un jardin au nom de la princesse Rahmeh

Un jardin au nom de la princesse Rahmeh. Photo DR.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de grands aristocrates britanniques bâtissent de petits paradis à Menton. À cette époque, lord Percy Radcliffe, militaire britannique, tombe sous le charme d’une vieille bâtisse, ayant appartenu à la famille italienne des Monléon.

Il achète le domaine en 1905 mais ne reviendra y vivre qu’en 1922. Le désormais général retourne dans sa villa mentonnaise au bras de sa ravissante épouse indienne : Rahmeh Theodora Swinburne. La propriété porte alors son nom. C’est la naissance de l’actuel jardin du Val Rahmeh, situé à Garavan.

 

La villa "Isola Bella" de K. Mansfield

Katherine Mansfield Photo DR.

Katherine Mansfield, célèbre écrivain néo-zélandaise, a vécu à Menton dans les années 1920 et 1921. Ses écrits témoignent de son attachement pour la cité et sa villa de Garavan baptisée "Isola Bella".

Souffrante, à la santé fragile, Katherine Mansfield trouve à Menton une oasis de sérénité, où elle écrit ses plus beaux récits comme Les filles du Colonel, L’Étranger ou La jeune fille. À son mari John Middleton-Murry, elle décrit les instants passés à Menton avec sa servante, Marie.

"C’est une bonne fortune d’avoir Marie qui me soigne de mieux en mieux chaque jour. Elle a tant de sympathie pour moi que tous ses plats ont une saveur particulière."

Aujourd’hui, la villa "Isola Bella" est une propriété privée qui ne se visite pas. Mais une petite dépendance, en contrebas, reçoit régulièrement en résidence un auteur néo-zélandais lauréat de la fondation qui porte son nom.

L’amie de Jean Cocteau, Irène Lagut

 

Irène Lagut, l'amie de Cocteau. Photo DR.

Le 4 août 1944, Irène Lagut s’éteint à l’âge de 102 ans à la Maison russe de Menton. Au cours de sa longue vie, Irène Lagut a résidé dans la rue Longue, sur le Cours du Centenaire, mais aussi à Castellar.

La peintre et décoratrice aura rencontré de nombreux artistes, dont Guillaume Apollinaire, Picasso, mais aussi Jean Cocteau, dont elle fut très proche. En 1921, les deux amis travaillent sur un projet de ballets baptisés Les mariés de la Tour Eiffel.

En 1926, Irène Lagut épouse le grand chirurgien Firmin Cadenat et le couple s’installe à Menton. Dans les années cinquante, Jean Cocteau et Irène Lagut continuent leur correspondance et l’amitié se poursuit. La peintre réalise même le lézard pour la mosaïque du musée du Bastion de Menton à partir des croquis du célèbre poète.

 

À la fin de sa vie, la Mentonnaise d’adoption fait trois donations successives au musée Jean-Cocteau, dont un ensemble de 50 lettres, billets et cartes postales que l’artiste lui avait destinés. Irène Lagut restera à jamais un port d’attache de Cocteau à Menton.

Les Sœurs Munet: le dévouement

Les soeurs Munet Photo DR.

Filles d’un magistrat lyonnais, Alice et Marie-Thérèse Munet découvrent Menton en 1892. Douze ans plus tard, leur père achète la propriété, qui est baptisée "Villa de la Vierge" (aujourd’hui dans la rue des Sœurs-Munet).Déjà avant la guerre, "Mademoiselle Alice" vient en aide aux familles en détresse et fait ériger une petite chapelle.

Novembre 1914, c’est le choc et le déclic pour les deux sœurs qui découvrent les premiers blessés au retour des tranchées et des longs parcours en train. Des soldats noirs, ensanglantés et les pieds gelés, sont envoyés à Menton en raison du climat. Toutes deux infirmières, elles consacreront à soigner – au péril de leur vie – notamment ceux que l’on appellera les Tirailleurs sénégalais, dans les hôpitaux temporaires aménagés dans les grands hôtels de Menton. Ils sont notamment accueillis au Louvre et au Casino de l’époque (Kursaal).

La guerre terminée, le duo désire continuer sa mission en Afrique. En 1922, naît l’institut des « Petites servantes du Sacré-Cœur missionnaires catéchistes des noirs en Afrique ». Elles deviennent ainsi missionnaires en la petite chapelle de la villa de la Vierge. Alice meurt en 1924, mais Marie-Thérèse poursuivra cette immense œuvre jusqu’à la fin de sa vie en 1973.

Janine Mongillat: la muse de Raza et de... Gorbio!

Janine Mongillat Photo DR.

D’origine parisienne, Janine Mongillat a connu deux histoires d’amour: Raza et Gorbio. La première fut sans conteste sa rencontre à l’École nationale des Beaux-arts de Paris avec l’immense peintre indien, Raza, qui sera son époux pendant plus de quarante années, la seconde, c’est celle qu’elle a nouée avec le petit village de Gorbio dès 1960 et où elle repose désormais pour l’éternité depuis dix-sept ans déjà.

Toute la carrière artistique de Janine Mongillat est marquée par ses nombreux voyages et ses lieux de prédilection : Paris, où elle naquit en 1929, l’Inde et le Pays mentonnais. Artiste complète, elle n’a cessé de sublimer la matière (peinture, sculpture, collage...) et de tirer son inspiration d’une forte influence orientale. Gorbio lui a consacré une rétrospective et continue à entretenir sa mémoire et son œuvre.

Ariane Mnouchkine: la naissance d’une passion

Ariane Mnouchkine Photo DR.

Qui ne connaît pas Ariane Mnouchkine, la célèbre metteuse en scène de théâtre et fondatrice de la troupe du "Théâtre du Soleil" en 1964? Depuis plus d’un demi-siècle, la surdouée des spectacles mythiques et hors du commun est toujours aussi enthousiaste quand on lui parle de théâtre, sa passion intacte, son énergie inépuisable... Mais saviez-vous que toutes ces années ont un point de départ, qui n’est autre que Menton ?

Car, adolescente, la jeune Ariane venait régulièrement avec ses parents dans la cité du citron et c’est en allant "toute seule en bus au festival de Menton" pour voir la pièce "Arlequin, serviteur de deux maîtres" de Goldoni, mise en scène par Giorgio Strehler au palais de l’Europe qu’elle décide de dédier sa vie au théâtre.

 

"Ce que j’ai ressenti alors était si fort que, en sortant, je n’étais plus la même" explique celle qui a aujourd’hui 80 ans.

Une expérience unique à Menton qu’elle évoquera tout au long de sa carrière.

L’exploratrice Alexandra David Neél a passé son permis à... Menton!

Alexandra David Neél Photo DR.

D’origine franco-belge, Alexandra David Néel est une incroyable aventurière, et même une véritable pionnière, car elle a voyagé seule au Tibet.

En 1924, déguisés en mendiante et en moine – Alexandra et son fils adoptif le Lama Yongden – séjournent deux mois à Lhassa, la ville interdite. Ils parviennent même à visiter les monastères environnants.

Les deux étrangers finissent par se faire démasquer, mais quittent les lieux avant que le gouverneur de la ville ne les arrête!

Également cantatrice, journaliste, franc-maçonne, féministe, conférencière, orientaliste et même bouddhiste, Alexandra David Néel trouvait le temps de séjourner à Garavan pour rendre visite à une amie monégasque.

Le 30 mars 1935, l’infatigable voyageuse a passé son permis de conduire... à Menton, tout comme son fils d’adoption le Lama Yongden.

Ce dernier est – sans doute – le premier Lama de l’histoire à avoir passé son permis de conduire!

 

Eileen Gray, l’avant-gardiste

Eileen Gray Photo DR.

Née en Irlande en 1878, Eileen Gray l’une des premières artistes à s’intéresser au design et à l’architecture intérieure. En 1926, elle achète un terrain à Roquebrune pour son compagnon, Jean Badovici. Avec son aide, elle dessine et bâtit sa première création architecturale : la villa « E-1027 » (photo). Située sur un relief escarpé et posée sur pilotis, la maison est connue dans le monde entier pour être un chef-d’œuvre d’architecture moderne.

Une conception visionnaire et décalée

Photo DR.

Dans cette maison, le mobilier est encastré et fonctionnel et les cloisons sont légères et mobiles.

"Ce qu’il faut, c’est donner à l’objet la forme qui convient le mieux au geste spontané ou au réflexe instinctif auxquels il correspond par sa destination", précise la designer irlandaise.

Dans les années vingt, Eileen Gray achète une maison à Menton baptisée "tempe a Paia".

Elle la transforme, afin d’y habiter et de créer un lieu idéal pour la solitude et l’introspection.

En 1954, sa maison mentonnaise est rachetée par le peintre Graham Sutherland et son épouse.

De nos jours, Eileen Gray et son art de vivre minimaliste sont une référence pour tous les architectes.

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.