Avant/Après. (Re)découvrez la fulgurante métamorphose de sept lieux de la Principauté en une décennie

En dix ans, Monaco s’est radicalement transformé en surface, sous terre ou sur la mer. La preuve avec cet avant/après de clichés Street View et de nos photos pour sept lieux du pays.

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Thibaut Parat et Marie Cardona Publié le 09/01/2023 à 05:03, mis à jour le 09/01/2023 à 10:36
Testimonio II à l'entrée Ouest de la Principauté Photo Cyril Dodergny

Contraint par un territoire étriqué, tout juste 2 km² au compteur, la Principauté demeure en perpétuelle évolution.

Pour rester attractive, moderniser ses infrastructures vitales et loger ses compatriotes, l’État monégasque doit redoubler d’ingéniosité pour optimiser le foncier, une denrée rare. En ce moment même, pas moins de 40 chantiers privés et publics sont menés simultanément.

En une décennie, la métamorphose du territoire est bluffante, que ce soit en surface, sur la mer ou en souterrain. Saviez-vous, par exemple, que sur 57 km de voies routières, les tunnels représentent 7 km, contre 4,5 en 2010. Le nombre d’ouvrages souterrains est chiffré à 42 par l’IMSEE.

Avec le temps, on peine presque à se souvenir à quoi ressemblait tel secteur de la Principauté. Heureusement, la fonctionnalité Google Street View est là pour nous le rappeler.

La rédaction de Monaco-Matin a comparé les images de sept lieux de Monaco capturées en 2010 ou 2011 par la voiture de Google avec les clichés réactualisés de notre photographe.

Une différence frappante.

L'entrée de ville du jardin exotique en 2010 (à gauche) et en 2023 (à droite) Photos Cyril Dodergny et Street View.

L’entrée de ville du Jardin Exotique

En provenance de la Moyenne corniche, près de 13.000 automobilistes pénètrent chaque jour par l’entrée de ville dite du "Jardin exotique", à l’Ouest de la Principauté. En 2010, ceux-ci devaient longer les anciennes serres avant d’amorcer la courbe vers la structure communale abritant les milliers de plantes succulentes.

Depuis cette année-là, on peine à reconnaître les lieux tant ils ont radicalement changé.

Depuis juillet 2016, en effet, une alternative routière au boulevard du Jardin exotique existe pour rallier le cœur de vie de la Principauté: le tunnel descendant Albert II. En s’engouffrant dans cette boucle souterraine de 1,7 kilomètre, érigée en quatre ans et demi dans les tréfonds du sol français, les usagers de la route atterrissent au giratoire Wurtemberg.

Un gain de temps et une meilleure répartition des flux de circulation puisque 60 % des véhicules empruntent le tunnel et 40% le boulevard du Jardin exotique.

Autre élément qui s’est depuis rajouté à ce décor d’entrée de ville : la résidence privée L’Exotique, dotée de 66 appartements de prestige et quelques locaux à usage commercial, qui a nécessité la délocalisation des serres à quelques encablures de là.

Pensé par le célèbre architecte Rudy Ricciotti, le bâti se caractérise notamment par d’imposantes arches sous lesquelles transitent les automobilistes.

En acceptant ce dossier aux portes du pays, l’État monégasque a voulu marquer les esprits auprès de ses visiteurs, touristes comme azuréens.

Tout comme il a décidé de raser le Bel Air, une résidence domaniale construite en 1966 à l’architecture désuète, devenue une verrue à cette entrée de ville requalifiée, pour y ériger trois bâtiments et 197 logements domaniaux.

Le chantier, dont le montant des travaux a été estimé à 155 millions d’euros, doit durer 48 mois pour être livré entre fin 2026 et début 2027.

La place du Casino en 2010 (à gauche) et en 2023 (à droite) Photos Cyril Dodergny et Street View.

La place du Casino

Si la place du Palais princier est restée dans son jus depuis plus de dix ans, l’autre place emblématique de la Principauté, celle du casino de Monte-Carlo, a connu une mue fulgurante.

Esquissée par le paysagiste Michel Desvigne, la physionomie des lieux a été entièrement revue avec la disparition du camembert engazonné central au profit d’une esplanade, pavée en pierre de Comblanchien.

Vingt palmiers et un plan d’eau central, où trône la sculpture d’Anish Kapoor, complètent le décor.

Critiquée sur les réseaux sociaux pour son manque d’âme avant l’ouverture puis inaugurée par la famille princière le 2 juin 2020, la place du Casino de Monte-Carlo a depuis été adoptée par ses utilisateurs.

La décennie écoulée aura aussi vu la rénovation pharaonique de l’Hôtel de Paris, amorcée en 2014 puis achevée en 2019, et la création du One Monte-Carlo (lire ci-contre) redonnant davantage d’éclat à ladite place. Les deux projets cumulés auront coûté 600 Me à la Société des Bains de Mer.

Le One Monte Carlo en 2010 (à gauche) et en 2023 (à droite) Photos Cyril Dodergny et Street View.

Le One Monte-Carlo

La décennie écoulée a vu disparaître une institution monégasque, sacrifiée sur l’autel de l’évolution et de la modernisation: le Sporting d’hiver, autrefois érigé en lieu et place du One Monte Carlo.

L’édifice art déco, aux façades remarquables, a vécu ses dernières heures en 2014 avant sa démolition l’année suivante.

Le chantier du One Monte Carlo est entamé dès 2016. Après trois années de travaux, le nouveau cœur battant du quartier de Monte-Carlo est inauguré en 2019.

Il est composé de 7 bâtiments avec 37 appartements, des bureaux, boutiques de luxe, restaurants et un centre de conférences.

On doit son design moderne à un architecte de renom, le britannique Richard Rogers, co-concepteur du Centre Pompidou à Paris.

En face, les Jardins des Boulingrins, démontés au printemps 2013, sont réinstallés. Inspirés par le visage qu’il avait au début du XXe siècle, les lieux tranchent avec l’espace plus minéral de la place du Casino.

Avant l'extension en mer en 2010 (à gauche), le projet Mareterra en cours en 2023 (à droite) Photos Cyril Dodergny et Street View.

"Mareterra": l’extension en mer au Portier

C’est le programme emblématique de la décennie. Avec Mareterra, projet porté par la SAM L’Anse du Portier, c’est tout un quartier qui évolue, entraînant dans son sillage la rénovation de l’esplanade du Larvotto (signée Renzo Piano et inaugurée en 2021) et bientôt l’extension du Grimaldi Forum et la transformation du Ni-Box.

Là où commençait la mer sont désormais érigés 6 hectares de "terre" supplémentaires.

Grâce à d’immenses caissons de béton armé acheminés par bateau depuis les eaux et 1.100 pieux répartis sous l’ensemble de l’emprise du futur éco-quartier.

Ce nouvel éco-quartier accueillera non seulement un port de plaisance, des parcs et des jardins mais aussi des habitations comprenant des appartements et, denrée rare à Monaco, des villas.

La livraison de l’ensemble du quartier est prévue pour décembre 2024. Le Portier aura alors, un tout nouveau visage.

L'entrée de ville Ouest par la Basse Corniche en 2010 (à gauche) et en 2023 (à droite) Photos Cyril Dodergny et Street View.

L’entrée de ville Ouest par la Basse corniche

En comparant les deux clichés, à douze années d’écart, l’entrée ouest de Cap-d’Ail depuis la Basse corniche paraît méconnaissable.

En mars 2011, on empruntait la longue ligne droite du boulevard Charles III pour rejoindre le rond-point du Canton, niché au pied du Rocher.

Depuis, les infrastructures routières d’accès à la Principauté ont été déviées et enterrées.

En janvier 2023, en entrée de ville, c’est désormais une vaste zone en travaux qui s’offre au regard des usagers de la route, composée de deux îlots dits "Pasteur" et "Charles III".

Sur le premier, qui fut jadis le terrain des délaissés SNCF, on y retrouvera le futur collège Charles-III, le nouvel espace Léo-Ferré, la nouvelle médiathèque, un parking public de 900 places, des bureaux…

Sur le second sera, notamment, érigé le futur centre de tri et de valorisation des déchets.

L'emplacement de la future tour Odéon en 2010 (à gauche) puis l'immeuble de 170 mètres 2023 (à droite) Photos Cyril Dodergny et Street View.

La tour Odéon

Du haut de ses 170 mètres, la tour Odéon a largement participé à la métamorphose du paysage urbain de la Principauté. Double gratte-ciel composé de deux ailes de 44 et 49 étages, le bâtiment du promoteur Marzocco est le premier immeuble de grande hauteur bâti à Monaco depuis les années 1980.

Il est, surtout, un véritable défi technique, en raison de son emplacement à flanc de montagne, d’abord. Mais aussi au regard des dimensions pharaoniques de l’immeuble sur une emprise au sol aussi restreinte.

Pour ériger cet ouvrage au design moderne - imaginé par l’architecte monégasque Alexandre Giraldi -, il a fallu creuser la roche sur près de 55 mètres de profondeur afin de créer de puissants murs de soutènement.

Pas moins de 80.000 m² de béton et 10/000 tonnes d’acier composent ce mastodonte, selon les chiffres clés avancés par Vinci Construction, qui a mené le chantier.

Après des travaux commencés en 2009, la tour Odéon a finalement été inaugurée en 2015 et les premiers appartements livrés en juillet.

Elle comporte également des bureaux, des locaux commerciaux, un spa et des parkings. L’ensemble représente un total de 50/000 m² de bâti.

Le gratte-ciel détient encore aujourd’hui le titre de plus haut immeuble de la Principauté. Mais surtout, il abrite l’appartement le plus cher du monde: un penthouse de 3.300 m² (dont 1.500 m² d’extérieurs) sur cinq niveaux et dont le prix de vente est estimé à 300 millions d’euros.

Celui-ci était resté inoccupé plusieurs années avant de trouver finalement un locataire en 2020.

Des chiffres records pour un immeuble hors-norme qui domine la Principauté à 360 degrés.

Une vue à l'Est du pays en 2010, avant l'arrivée des deux tours Testimonio (à gauche), et aujourd'hui en 2023 (à droite) Photo Cyril Dodergny et Street View.

Le projet Testimonio

Si l’entrée Ouest de la Principauté est totalement méconnaissable, il en va de même à l’autre bout du pays.

A quelques mètres de la frontière avec la ville de Roquebrune-Cap-Martin, deux immenses tours de près de 100 mètres de haut ont poussé entre le boulevard d’Italie et l’avenue princesse Grace.

Là aussi, les chiffres font lever (et tourner) la tête: 378 appartements domaniaux (dont 30 actés récemment avec le surrélévation de 5 étages de la tour Réséda), 56 appartements privés, cinq villas, une crèche, un nouvel emplacement pour l’École Internationale de Monaco qui pourra accueillir 700 élèves, un parking de 1 100 places sur 13 niveaux...

Le moindre mètre carré de l’un des derniers grands terrains constructibles de la Principauté a été optimisé par le Groupe Marzocco et Vinci Immobilier.

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