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Avant son entrée au Panthéon, Monaco rend un hommage national à Joséphine Baker

Avant son entrée au Panthéon ce mardi, le prince Albert II a souhaité cet hommage national rendu ce lundi à Joséphine Baker dont le corps demeurera inhumé en Principauté.

Cédric Verany Publié le 30/11/2021 à 05:04, mis à jour le 30/11/2021 à 14:57
Le prince Albert-II a tenu à rendre un hommage national à Joséphine Baker, ce lundi. Photo Cyril Dodergny

Le Panthéon à Paris accueillera ce mardi l’icône, mais Monaco gardera en son cimetière, la femme.

Conformément au souhait de sa famille, le corps de Joséphine Baker, inhumé le 2 octobre 1975, demeurera en Principauté. C’est pourquoi le prince Albert II tenait particulièrement à l’hommage national qu’il a conduit hier matin au monument aux Morts avant la célébration à venir de la République française.

Moment de recueillement hier sur la tombe de l’artiste. Autour du souverain, la consule générale des États-Unis Kristen Grauer et l’ambassadeur de France à Monaco, Laurent Stefanini. Photo Cyril Dodergny.

Quatre terres mêlées

Symboliquement, après s’être recueilli sur la tombe de Joséphine, le souverain a prélevé un peu de terre dans un bosquet voisin de la sépulture. Cette terre sera mêlée à celle de Saint-Louis aux États-Unis - où Joséphine Baker est née -, à celle de Paris - où elle a fait carrière - et à celle des Milandes - où elle a élevé sa tribu "arc-en-ciel".

Ce mélange placé dans un cercueil constituera le cénotaphe dédié à Joséphine Baker à l’intérieur du Panthéon.

Le père César Penzo a béni la tombe, comme il l’avait fait pour les obsèques en 1975. Photo Cyril Dodergny.

"Nous pouvons espérer que ces quatre terres mêlées soient un terreau fécond dans lequel pousseront et repousseront, reprendront force et vigueur année après année, les valeurs pour lesquelles Joséphine Baker s’est battue", a souhaité le souverain, rappelant qu’outre la vedette de music-hall, Joséphine Baker fut aussi et surtout une femme engagée dans la lutte contre le racisme et une résistante au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Petite-fille d’esclave, Joséphine Baker, née dans l’Amérique du début du XXe siècle, aura toute sa vie combattu le racisme avec "un idéal de la fraternité universelle et son corollaire, la lutte contre la ségrégation raciale, dont Joséphine est un symbole, et qui est malheureusement toujours, et trop souvent encore, un fait d’actualité ; que ce soit aux États-Unis, en France ou à Monaco", déplore le souverain. "Notre devoir d’éducation reste prégnant afin que les nouvelles générations n’aient pas à subir ce que celles qui nous ont précédés ont dû endurer."

Le prince prélève un peu de terre qui pour la placée dans le tombeau de Joséphine Baker au Panthéon. Photo Cyril Dodergny.

Une mère faisant face à son destin

Dans un discours émouvant, le prince Albert II a rappelé que Joséphine Baker fut aussi une résistante illustre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Et qu’elle fit montre de courage, devenue une mère de douze enfants "faisant face à son destin lorsque ce dernier a été adverse, elle s’est battue jusqu’au dernier jour, jusqu’à l’expulsion du château des Milandes, en Dordogne, pour éviter que sa tribu ‘‘arc-en-ciel’’ ne se trouve déracinée". Ces racines, la famille les a désormais en Principauté, pour l’éternité.

Un moment d’émotion pour l’un des fils de l’artiste : Jeannot Bouillon-Baker. Photo Cyril Dodergny.

L’émotion de son fils, Jeannot

Redoutant la fatigue du voyage, et l’émotion de la cérémonie, il ne se rendra pas à Paris pour l’entrée de sa mère au Panthéon. Mais Jeannot Bouillon-Baker représentait sa famille hier aux côtés des autorités monégasques, pour cet hommage de la Principauté.

Après une carrière de jardinier à la Société des Bains de Mer, Jeannot n’a jamais quitté le Rocher où il coule une retraite paisible à la fondation Hector-Otto.

Il confirme que voir entrer sa mère au Panthéon relève d’un symbole, d’un « moment très important », confie-t-il quelque peu impressionné par le flot de caméras et de micros tendus à son arrivée au cimetière de Monaco.

"Nous aurions fini à la rue sans Monaco"

"Ma mère était très célèbre, elle a tout fait pour la France, et la France n’a rien fait pour elle quand elle a eu ses problèmes d’argent. Elle était ruinée quand nous sommes arrivés à Monaco. Nous aurions fini à la rue sans la princesse Grace et le prince Rainier que je remercie encore aujourd’hui."

Content aussi que la dépouille de sa mère demeure en Principauté, Jeannot Bouillon Baker a également partagé son émotion de voir plusieurs places à Monaco et ailleurs en France, porter désormais le nom de Joséphine Baker. "Et il y aura aussi bientôt une statue d’elle, dévoilée aux Antilles".

Dans son discours, le souverain a rappelé l’amitié solide tissée entre sa mère la princesse Grace et Joséphine Baker. Photo Cyril Dodergny.

Son lien si particulier avec la princesse Grace

Trois hymnes pour une femme hors normes: le Star-Spangled Banner, la Marseillaise et l’hymne monégasque ont clos l’hommage national conduit par le prince Albert II. "Nous nous devions de faire mémoire à Monaco, de cette figure emblématique du XXe siècle qu’a été, dans toute sa singularité, Joséphine Baker, parce qu’elle a été, et restera, une Monégasque de cœur", a souligné le souverain, évoquant le lien si particulier qui unissait sa mère la princesse Grace à Joséphine Baker.

En 1951, Grace Kelly est témoin de la fameuse scène d’humiliation de Joséphine Baker au très chic Stork Club de New York, où l’accès lui est refusé pour sa couleur de peau. Elle en gardera un souvenir vif, marquée par le courage de cette dernière face au scandale.

Le Palais princier conserve dans ses archives les échanges épistolaires entre les deux femmes, qui en plus de leurs origines américaines se sont trouvé rapidement des points communs. En 1959, un courrier de Joséphine félicite la princesse Grace pour la visite officielle que le général de Gaulle vient de faire en Principauté.

Elle écrit: "Le peuple parisien, Madame, vous a adoptée définitivement et vous êtes à présent, sa jolie et gracieuse princesse Grace". En 1972, dans un autre échange, elle lui assure que "le prince Rainier et la princesse Grace resteraient toujours son couple royal préféré".

Dans son discours, le prince Albert II s’est souvenu qu’un jour sa mère lui avait dit toute son admiration pour Joséphine Baker. "De voir ses enfants nager pour la première fois dans la piscine du Palais, cela représentait pour elle quelque chose, et elle en eut les larmes aux yeux et dit, je la cite "‘son admiration de la voir élever ses douze gosses, moi qui n’en ai que trois’"".

"Joséphine mit un point d’honneur à payer sa dette"

Le 25 juillet 1969, Joséphine arrive en Principauté avec ses enfants pour préparer sa performance au gala de la Croix-Rouge monégasque. La tribu "arc-en-ciel", expulsée du château des Milandes, réside à l’hôtel Hermitage.

En 1976, la princesse Grace, racontera cette soirée en ces termes: "Comme tout le public, je fus sidérée par sa beauté en scène, et une fois de plus, par le courage que tout cela représentait. Elle se sentait très bien à Monaco. Elle vit une villa à vendre sur la falaise. Le Prince et moi nous avançâmes les premiers fonds et j’alertais le comité exécutif de notre Croix-Rouge monégasque pour achever de l’aider. Joséphine mit un point d’honneur à payer sa dette. Six mois avant sa mort, elle avait remboursé la maison".

La villa Maryvonne à Saint-Roman, devient son ultime refuge. Georgette Armita, à l’époque secrétaire de la Croix-Rouge monégasque, est mandatée pour épauler Joséphine et sa famille dans son installation.

"Il a fallu équiper toute cette maison, je me souviens que le CHPG a mis à disposition d’anciens lits d’hôpitaux pour meubler la villa". Louisette Lévy-Soussan Azzoaglio, qui fut la secrétaire particulière de la princesse Grace au Palais n’a pas oublié "la vitalité et le grand cœur" de Joséphine Baker. "Elle m’a dit un jour: "‘si tu savais comme la vie est belle quand les orages du cœur se sont éteints", je m’en suis toujours souvenu".

Les plaisirs de la scène retrouvés

Aux orages du cœur, succèdent les plaisirs de la scène retrouvés en Principauté pour la vedette de music-hall. Le 22 juin 1974, elle remplace au pied levé Sammy Davis Jr., pour l’inauguration du nouveau Sporting d’été.

Le 9 août suivant, lors d’un nouveau gala de la Croix-Rouge, elle triomphe dans un show qui retrace sa vie. C’est ce spectacle qu’elle choisit de monter à Paris au printemps 1975 pour son retour à Bobino.

Un retour triomphal de quelques jours qui s’achève en drame. Un soir d’avril, après une prestation, Joséphine Baker fait une attaque cérébrale qui la plonge dans le coma. Elle meurt le 12 avril 1975.

Fidèle à son amie, la princesse Grace tient alors à honorer son souvenir. Elle organise la messe de funérailles en l’église Saint-Charles et offre à la famille, la tombe en granit noir d’Afrique au cimetière de Monaco, dans laquelle elle est inhumée le 2 octobre 1975. "Il y a des êtres qui ne s’éteignent jamais", dira d’elle la princesse Grace, le jour des obsèques.

Autour du fils de Joséphine Baker hier, les personnalités officielles de la Principauté réunies au moment de l’hommage, avant de se rendre sur la tombe en granit noir de l’artiste. Photo Cyril Dodergny.

Quatre dates clés

3 juin 1906

Naissance de Freda Josephine Mac Donald à Saint-Louis dans le Missouri.

2 octobre 1925

Elle se produit pour la première fois sur scène à Paris en première partie de la Revue nègre.

9 août 1974

Elle est la vedette du gala de la Croix-Rouge monégasque pour un récital unique qui retrace sa vie.

12 avril 1975

Décès à Paris.

Le corps de Joséphine Baker reste à Monaco Photo Cyril Dodergny.

Offre numérique MM+

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