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Aleksandr le Grand ? Aleksandr le Grand ?

Recrue phare du mercato estival, le Russe a été buteur et décisif en Coupe à Guingamp, puis devant Toulouse samedi. Sept mois après sa signature, a-t-il pris définitivement son envol ?

Christopher Roux Publié le 07/02/2019 à 10:02, mis à jour le 07/02/2019 à 10:02
Cyril Dodergny

Les Russes ont du mal à s’exporter. A s’exprimer et à confirmer le talent affiché sur les pelouses givrées de la Premier League locale. Une fois la frontière franchie, les chocs culturel et footballistique sont tels, qu’il faut du temps pour qu’ils digèrent leur transfert. Avec Aleksandr Golovin, ces formules, aux allures de raccourcis, ont pourtant révélé une vérité. A 22 ans, le milieu offensif n’a pas échappé au fâcheux processus de l’adaptation. Il a vécu un début de saison qu’il n’avait sans doute pas imaginé aussi délicat. Après une Coupe du monde aboutie l’été dernier (1 but, 2 passes) et une influence incroyable sur le jeu de la Sbornaya qu’il a menée aux quarts, l’ex du CSKA Moscou, dragué par le Barça, Chelsea ou la Juventus avant de s’établir sur le Rocher, a jonglé entre blessures, suspensions (5 matchs au total) et méforme.

Un sable mouvant dont le natif de Kaltan semble s’extirper. Perturbé - et qui ne l’aurait pas été - par les changements d’entraîneurs et de systèmes, qui lui ont fait occuper tantôt un couloir, tantôt l’axe, Golovin est sorti du bois avec le retour de Jardim aux commandes. Le champion de Russie 2016 vient de marquer les esprits en plantant ses deux premières réalisations sous le maillot à la Diagonale. Deux frappes permettant à l’ASM d’ouvrir la marque à Guingamp en Coupe et de débloquer le compteur ‘‘victoire’’ au Louis-II cette saison, samedi contre Toulouse. Sur ses deux dernières sorties, le Sibérien a été aussi décisif que sur ses dix-huit premières (2 passes).

Il y a quelques mois encore, l’international russe, acheté pour 30ME, évoquait ses difficultés. « C’était dur au début, déclarait-il au quotidien russe Sport Express. Tout est beaucoup plus rapide qu’en Russie, notamment sur la prise de décisions. Lors des premiers matches, c’était vraiment chaud. Les joueurs de L1 sont plus forts physiquement, plus rapides, plus techniques. »

 

Désormais, il ne devrait pas tarder à s’exprimer sur son regain de forme. En attendant, d’autres le font pour lui. A l’instar de Pascal Dupraz. L’ancien coach d’Evian et Toulouse fait partie de ceux qui relèvent ses progrès.

« On retrouve le garçon qui avait fait une belle Coupe du monde et je suis fan, salive l’actuel consultant de Canal +. Il voit vite, sait accélérer, exécute bien les choses avec une superbe technique. Il fait partie des joueurs que l’on aime regarder. Il a un port altier et des prises de balle qui sont le sceau des joueurs de classe. »

Eric Carrière, également consultant pour la chaîne cryptée, insiste sur l’importance du mercato d’hiver dans le rebond de Golovin.

« Des joueurs très athlétiques font des différences individuelles et peuvent s’adapter parfois à des collectifs moins forts. C’est plus dur pour les joueurs techniques comme Golovin, qui ont besoin de mouvements et d’un collectif autour d’eux. Son jeu nécessite d’avoir de la vitesse et des appels autour de lui. Avec Ballo-Touré et Martins, ça va vite et il a ces joueurs capables d’être bons dans la profondeur. Il avait aussi besoin d’éléments comme Fabregas, avec lesquels il parle le même langage et peut jouer dans le même tempo. Ces mecs-là lui donnent du temps dans ses prises de décision. Ils ont permis à Monaco de retrouver une tenue de balle. C’est ce qu’il manquait en début de saison après les pertes de joueurs techniques comme Moutinho, Lemar, Silva ou Fabinho depuis deux ans. Grâce au mercato, ça va mieux pour l’ASM. »

Et donc pour le Russe.

 

Un garçon qui n’a pas « sombré » malgré les tracas, comme le martelaient dernièrement ses proches sur le site russe Championat, dont son premier entraîneur, Alexander Plyasunov. Mais le Sibérien semble en avoir encore sous le pied. Pour Pascal Dupraz, son épanouissement total passe par un positionnement fixe dans l’axe.

« Plus il a de liberté derrière l’attaquant, mieux c’est. Il faut qu’il se balade sur tout le front de l’attaque. Aujourd’hui, il a certainement des consignes, parce que si les joueurs offensifs se désintéressent complètement du domaine défensif, ça déséquilibre une équipe. Mais moins il aura de tâches défensives, meilleur il sera. »

Carrière plussoie. « Sur un côté, on ne peut pas jouer sur le positionnement par rapport à l’adversaire direct. On peut dézoner un peu à l’intérieur du jeu, mais quand un entraîneur te dit de jouer sur le côté, c’est sur le côté. Alors qu’à l’intérieur du jeu tu peux t’amuser avec ton positionnement et l’adversaire. Certains ont besoin de la ligne de touche pour s’exprimer, comme Ribéry par exemple. Golovin, lui, est plus un joueur d’axe. »

Une fois ancré dans le cœur du jeu, comme semble être prêt à l’utiliser Jardim, sa progression passe-t-elle par une endurance plus marquée et une meilleure gestion des duels ? Golovin n’a joué que sept rencontres en intégralité sur les quinze de L1 disputées. Et il commet, pour l’heure, plus de fautes qu’il n’en subit (23 contre 20).

« Est-ce injuste de pointer son physique ? Oui, parce qu’on voit qu’il ne rechigne pas à faire des efforts, qu’il aime ça et qu’il a du volume. La culture russe est basée généralement sur le travail et la discipline. Il va aussi au contact. Et ça, tu l’as ou tu ne l’as pas. Lui, il l’a. Après, il faut maîtriser ses émotions, ne pas être trop agressif, mais c’est plus facile à corriger dans ce sens-là que dans l’autre. Pour moi, le danger c’est plutôt le classement. Ce n’est pas un joueur pour lutter dans les dernières places. Je ne dis pas qu’il n’a pas de mental, mais si Monaco n’arrive pas à se sortir du bas de tableau ou que ça se passe mal à Montpellier (dimanche 15h, ndlr), tu retombes vite dans des doutes psychologiques. Et ça peut marcher moins bien pour lui. Or, pour s’exprimer, les techniciens se doivent d’être à l’aise mentalement. »

« Physiquement, c’est déjà très bien ce qu’il fait, ajoute Dupraz. Le but qu’il marque face à Toulouse, où il fait 80 mètres, demande le ballon à haute intensité, contrôle du gauche dans la surface et finit, ça montre qu’il a quand même des aptitudes athlétiques. Il fallait le faire. Ensuite, dans l’impact, les cartons qu’il a pris étaient sévères. C’est un joueur d’évitement. C’est un attaquant et tous les attaquants, quand ils se mettent à défendre, font des fautes grossières. Il ne faut pas voir plus loin. »

Offre numérique MM+

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