“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre abonnés numérique > J’en profite

Pour éviter le décrochage scolaire, ils ont trouvé la clé

Mis à jour le 09/04/2021 à 12:22 Publié le 09/04/2021 à 08:30
Un cours de mathématiques à Sos Réussite Scolaire, dans le quartier des Moulins, à Nice.

Un cours de mathématiques à Sos Réussite Scolaire, dans le quartier des Moulins, à Nice. Photo François Vignola

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

Pour éviter le décrochage scolaire, ils ont trouvé la clé

Depuis 30 ans, cette association du quartier des Moulins, à Nice, accompagne quotidiennement collégiens et lycéens dans leurs apprentissages. Avec elle, plus "d’orphelins de 16h30" mais des jeunes qui, sur la base du volontariat, trouvent une réponse claire à leur désir de ne pas lâcher prise avec l’école. Quelles solutions met-elle en œuvre pour que ces enfants gardent ou retrouvent l'envie d'apprendre? Quelles méthodes ont déjà fait leurs preuves? Nous avons rencontré Jean-Gilbert Mbiye, qui dirige la structure depuis une dizaine d’années.

Quel est le problème ?

En France, 15% des enfants qui entrent au collège sont en grande difficulté de lecture et encore plus d’écriture. Nombreux sont ceux qui décrochent. Depuis un an, entre confinement et cours en distanciel, la Covid complique encore les choses.

Même si le ministère de l'Education nationale annonce un taux de 8,2% de décrochage, en deçà des autres pays européens, le constat reste inquiétant avec quelque 80 000 jeunes qui quitteraient le système scolaire sans qualification. Les collectifs d’enseignants dépeignent un tableau bien plus noir et les parents, surtout, pointent du doigt un mal-être et une souffrance qui va de pair avec des notes qui chutent. 

Dans le quartier dit prioritaire des Moulins, depuis 1991, on s’organise pour que les jeunes aient un lieu pour apprendre et faire leurs devoirs. SOS réussite scolaire c’est, au départ, une initiative du principal et d’enseignants du collège de la Digue des Français (nouvellement Jules-Romain). Parce qu’en effet, donner tant d’énergie en cours pour que les effets s’évaporent dès le portail passé, à 16h30, c’était trop frustrant. Entre ceux qui se laissaient happer par la rue, la facilité et ceux qui ne trouvaient aucun espace adapté au sein de leur foyer, les espoirs de réussite ne pouvaient pas décoller. 

La mobilisation a payé, les acteurs institutionnels et associatifs locaux ont monté la structure, agréée par l’Education nationale. Sa gouvernance a évolué au fil des années, les locaux se sont déplacés mais la philosophie de départ est restée la même: offrir aux élèves un accompagnement de qualité. Mais selon quels critères? Avec quelles exigences? Et, surtout, pour quels résultats?

Des spécialistes pour une poignée de spécialités

Jean-Gilbert Mbiye, lui, dévoile un listing des présences quasiment inchangé depuis le début de la crise. L’ensemble des adhérents - soit 150 collégiens et 50 lycéens - tient bon. A quelques exceptions près. Pour garder le rythme tout en respectant les normes sanitaires, il a fallu allonger certains créneaux et espacer les postes de travail, voire organiser des séances en distanciel. Tout a été organisé, harmonisé.

Avec eux, il n'y a plus "d'orphelins de 16h30".

"Nous avons même prêté du matériel informatique à quelques familles de lycéens qui, sans ça, ne pouvaient ni profiter d’une entrevue avec un de nos intervenants, ni même suivre les cours correctement."

Lydie vient de passer son Capes. Elle donne des cours d'anglais à Sos Réussite Scolaire depuis la rentrée.
Lydie vient de passer son Capes. Elle donne des cours d'anglais à Sos Réussite Scolaire depuis la rentrée. Photo François Vignola

Mathématiques, physique-chimie, sciences et vie de la terre, français, histoire-géo, anglais. Six matières, pas davantage. "On ne veut pas se disperser parce que l’on ne fait intervenir des personnes avec une vraie spécialité. Et ce n’est pas toujours évident de recruter finement. Je me méfie toujours de l’étudiant en philo qui propose aussi un soutien scolaire en math, en français et en espagnol. Ici on décortique les CV pour proposer un accompagnement solide, fiable, de qualité." C’est la clé.

Le directeur sort quelques classeurs de ses placards. Il extirpe de quoi étayer ses dires. "Nous avons quatre salariés à mi-temps et, au moins un bénévole en plus chaque soir. Mais nous avons des exigences pour les uns comme pour les autres: les étudiants sont au minimum en licence - aussi pour des raisons d’expérience et d’assurance, notamment quand il est question de s’occuper des lycéens - et les autres sont forcément diplômés. Professeurs agrégés, à la retraite ou non, ingénieurs civil… on a différents profils." Il insiste: "Pratiquement tous les élèves qui jouent le jeu ici obtiennent leur diplôme!"

"En plus de les aider, ils m’apportent énormément aussi." Lydie, salariée à SOS Réussite Scolaire.

Lydie, par exemple, attend les résultats de son Capes en se penchant sur le cahier d’anglais de Boumaya, 16 ans, élève de première. "Ce que je fais ici va tout à fait dans le sens de mes études. Et en plus de les aider, ils m’apportent énormément aussi… avec eux j’apprends la pédagogie, je revois tous les programmes, je révise, je me mets à jour." 

On devine un large sourire derrière le masque. Elle se régale sept heures par semaine. 

Lyna est assise à la même table, elle est en seconde et ne suit pas tout à fait le même programme que son camarade. Mais peu importe, elle connaît la mécanique.

"Je viens ici depuis que je suis en sixième. On a vraiment un accompagnement individuel, même si parfois on peut se retrouver à plusieurs avec le même devoir." Lyna, élève de seconde.

"Si on a besoin, on demande mais on peut aussi venir pour travailler seul et n’avoir pas spécialement de question."

La jeune fille se lève subitement et fonce voir la prof de français, qui vient juste de se libérer: "Madame, madame! Vous savez combien j’ai eu au dernier contrôle? Sept sur dix!" Elle a les yeux qui pétillent. "C’est super ça! Continue! La prochaine fois, c’est un dix!"

Puis en se rasseyant, elle refait la genèse de son inscription à l’association: "Avec ma cousine, on avait un peu de mal en maths alors ma mère et ma tante ont cherché à nous aider. Elles ont trouvé SOS Réussite, elles se sont renseignées pour être sûres que c’était sérieux… puis elles nous ont inscrites."

C'est au 2, rue Joséphine Baker, que se trouvent les locaux de l'association. Au coeur du quartier des Moulins, à Nice.
C'est au 2, rue Joséphine Baker, que se trouvent les locaux de l'association. Au coeur du quartier des Moulins, à Nice. Photo François Vignola

Une affaire de familles

C’est un engagement. Une démarche familiale. Jean-Gilbert Mbiye le martèle: "Il n’y a pas de réussite scolaire sans un parent derrière." Le jeune peut avoir envie de suivre le mouvement des copains le soir après l’école mais il doit absolument remporter l’adhésion de ses parents. Et vice versa.

"Chaque inscrit, c’est aussi un parent qui s’inscrit. Et c’est quelque chose qu’on ancre fortement en proposant aussi un accompagnement culturel, au numérique, un soutien à la parentalité." 

La Covid a passablement bouleversé les échanges hebdomadaires, qui se faisaient autour d’une discussion thématique, avec une médiatrice et de manière très conviviale, mais le directeur ne désespère pas remettre ça très vite sur pieds. C’est pour lui un maillon essentiel de la réussite de la structure… et des familles.

Yasmine s’apprête à quitter les locaux après deux heures de révision. Elle rougit. Quand son papa arrive, elle se love dans le creux de son épaule. Il explique: "Elle n’est inscrite que depuis une semaine. On est là grâce au bouche-à-oreille. On n’a eu que des bons retours." 

La collégienne de sixième souffle qu'elle a besoin de soutien dans un peu toutes les matières. Le papa rebondit: "Hey… n’oublie pas que l’asso ne fera rien à ta place, c’est d’abord toi qui travaille."

Rania est assise face au prof de math. Elle est en seconde et elle marche dans les pas de ses quatre frères et soeurs. "Ils sont tous venus ici… depuis la sixième, je fais pareil." Elle est fière. "Ils ont tous eu le bac S et ont des métiers."

"C’est vrai qu’au lycée, ça va parfois très vite et ici, on prend le temps de tout nous expliquer." Rania, élève de seconde.

L’histoire est quasiment la même pour Amadou, installé dans la salle informatique. Lui, a carrément été "poussé" par ses aînés. Il a 16 ans, il est en première au lycée des Eucalyptus (enseignement général, technologique et professionnel) et il vient ici depuis sa première année de collège. Il s’accroche… parce que ça vaut le coup. "Mes deux frères et soeurs ont eu leurs diplômes et ils font quelque chose de leur vie. C’est encourageant. Si je n’étais pas venu, je n’aurais peut-être pas eu la moyenne… Je sens que ça m’aide." 

Il se destine à être ingénieur développement durable.

Donner du sens à l’engagement

Jean-Gilbert Mbiye est le directeur de l'association Sos Réussite Scolaire. Elle est présidée par Jean-Pierre Beaulieu.
Jean-Gilbert Mbiye est le directeur de l'association Sos Réussite Scolaire. Elle est présidée par Jean-Pierre Beaulieu. Photo François Vignola

Avoir un objectif et être bien conscient du pourquoi on franchit les portes de la structure, c’est important. Il faut donner du sens à la démarche, pour qu’elle soit durable et efficace. L’équipe est complètement en phase là-dessus. Jean-Gilbert Mbiye le premier. 

"Quand je suis arrivé ici, on cherchait quelqu’un capable de monter des projets. J’étais formé en insertion et je travaillais en région parisienne. Je pouvais répondre à ces critères." Il fallait mener l’association et les jeunes vers quelque chose de concret. Faire en sorte de ne pas être dans "la petite solution d'appoint"... mais dans la réussite. Et l’exemplarité.  "Notre force c’est d’avoir une action très ciblée. Et oui, on a des bénévoles mais ce ne sont pas juste des personnes avec du temps à tuer. Ils connaissent parfaitement leur mission. L’équipe prend un véritable engagement. Au même titre que les familles. Et nous allons au bout de l’année scolaire tous ensemble."

Certains suivent même le mouvement depuis plusieurs années. L’occasion, également, de voir les enfants pousser. Sophie reconnaît que ça a quelque chose de très plaisant: "Ce n’est que ma seconde année en tant qu’intervenante mais je trouve très agréable de les retrouver d’une année sur l’autre, c’est quelque chose que l’on n’a pas lorsqu’on est enseignant dans un établissement. Et je sais de quoi je parle, j’exerce depuis 20 ans!" Elle est littéraire, donne des cours de français et d’histoire-géo. "Je suis là tous les jours. Je quitte le lycée privé du centre-ville, où je travaille et je viens directement ici. Comme les enfants! Ils passent le portail et se dirigent vers nos locaux. Ils sont vraiment très demandeurs et remarquablement motivés."

Retrouver des visages "amis", après des journées parfois pénibles, ça aussi, ça a de quoi stimuler la démarche. Dans un sens comme dans l’autre. Lyna, tout sourire, le reconnaît: "Je vois certains intervenants depuis que j’ai démarré. Et c’est super sympa."

La juste dose de stabilité et de mouvement.

La puissance des profils inspirants

Sur les murs, des portraits inspirants, des panneaux riches d’infos, des petites phrases stimulantes. Comme celle de Felix Leclerc, dès l’entrée: “Il y a plus de courage que de talent dans la plupart des réussites.” Le message est clair, concret et donne du sens à la démarche de ces familles des Moulins qui font le choix d’adhérer à SOS Réussite Scolaire. 

On passe et on repasse devant les coupures de presse qui présentent des gens “comme tout le monde” devenus des pointures. Des gens comme eux. Des femmes, des hommes nés des cités. Parfois papa et maman ne parlaient pas la langue du pays. 

On passe et repasse devant des cartes, des règles de conduite. Il y a aussi de grandes étendues laissées blanches. Comme des respirations dans une balade qui pourrait donner le sentiment de mettre un peu la pression…

 Le cerveau enregistre pas mal d’informations à notre insu

Mais non. Les neurosciences se sont penchées sur la question du milieu d’apprentissage optimal. Il y aurait quatre éléments incontournables: l’exercice, la répétition, le sommeil et le repos, la stimulation des cinq sens. Le cerveau enregistre pas mal d’informations à notre insu. Un passage répété devant une affiche que l’on n’aurait même pas lue en entier laisse quand même des traces. Si le message est porteur… il y a des chances pour qu’il nous porte. 

Les sourires de tous ceux qui sont passés par Sos réussite scolaire, affichés sous forme de mosaïque photos jouent forcément un rôle essentiel. Le directeur tient d’ailleurs à ce qu’ils soient régulièrement mis à jour. Ce n’est pas anodin.  “C’est un état d’esprit.” 

Une clé supplémentaire. 

Médecin, ingénieur ou financier...

Le directeur sourit. Il n'a pas besoin  de chercher longtemps pour nous livrer quelques exemples de parcours brillants. "Je peux déjà vous dire que dans les 7 dernières années, j'en ai quatre ou six qui ont été reçus en médecine." En 2012, au moment d'inaugurer les nouveaux locaux, en présence d'élus locaux et de partenaires, un coup de projecteur avait été donné sur un jeune homme du quartier, passé par SOS Réussite Scolaire et étudiant en médecine. "Il est aujourd'hui interne à Pasteur!" 

Jean-Gilbert Mbiye poursuit: "Il y a quelques temps, une jeune femme, qui a longtemps été inscrite chez nous, m'a appelé pour son petit frère. Elle a pu m'expliquer qu'elle travaillait en centre-ville, au Crédit Mutuel. J'étais très heureux pour elle." Il ne s'étonne pas pour autant: "C'est magnifique parce que chaque année, je n'ai jamais plus de deux élèves qui ne sont pas casés quelque part. Les autres trouvent tous leur orientation."

C'est leur structure et nous ne faisons qu'accompagner leur volonté.

Il se souvient de deux jeunes filles "brillantes" reçues, une en école de commerce (Edhec) et une en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives). "La première travaille dans une grande institution financière à Londres. Sa famille est encore juste en face, sur la Digue des Français. La seconde a réussi le concours d'entrée de l'école nationale des officiers et elle est aujourd'hui bien installée à Cergy. Elle fait partie de ceux qui protègent les édifices publics."

Ingénieurs, financiers, médecins, officiers militaires... "On en compte pas mal! Il y a tous ceux qui sont en train de terminer leur licence en économie, en droit. J'en passe. Mais attention... je suis fière d'eux mais ce n'est pas ma réussite, c'est la leur. C'est leur structure et nous ne faisons qu'accompagner leur volonté."

Les étudiants qui interviennent aussi pour donner des cours à Sos Réussite Scolaire vivent aussi la chose comme un tremplin pour leur future carrière. "Ils viennent nous rencontrer, ils ne sont pas de la cité. Et ils trouvent un vrai échange, une vraie volonté et un quartier qui leur parle. On a toujours eu des jeunes qui, ensuite, réussissaient leur Capes et devenaient enseignants." C'est donnant-donnant.

Offre numérique MM+

...


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.