“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Face au cancer, la quête de la reconstruction

Mis à jour le 28/01/2020 à 16:51 Publié le 28/01/2020 à 16:19
Atelier théâtre à l'association Ecoute Cancer Réconfort.

Atelier théâtre à l'association Ecoute Cancer Réconfort. Photo Sébastien Botella

Face au cancer, la quête de la reconstruction

Depuis 1992, l'association monégasque Ecoute Cancer et Réconfort est une oreille précieuse pour les patients atteints d'un cancer. Mieux, à l'espace Mieux-être de Cap-d'Ail, ils se reconstruisent.

Le cancer abîme, torture, martyrise le corps et l’esprit. Tout autant, d’ailleurs, que le traitement pour se débarrasser de cette fichue maladie. Le cancer peut aussi isoler. L’antidote reste alors la parole, l’oreille tendue sans a priori, ni jugement. Ainsi est née, en 1992, l’association Écoute Cancer Réconfort. Fondée, entre autres, par Martine Vaccarezza, atteinte d’un cancer, qui regrettait alors l’absence de "soins de support" en dehors de l’hôpital. Une permanence téléphonique - un soutien à distance - voit alors le jour. La mayonnaise ne prendra pas longtemps.

"L’une des fondatrices était surveillante de jour au CHPG, on a commencé à aller rendre visite aux malades à l’hôpital", confie Mado Petit, l’une des co-fondatrices. Une présence salutaire durant le moment éprouvant qu’est la chimiothérapie. Mais cela ne suffisait pas. Il manquait encore un petit quelque chose. Surtout après l’hôpital, une fois le protocole de soins achevé.

L’espace mieux-être de Cap-d’Ail fut alors une évidence. Nous sommes en 2008. Un lieu où les patients - des femmes en grande majorité - se retrouvent pour échanger, se confier. "Ici, on les aide à se reconstruire. À faire la paix avec soi-même", résume Valérie Barilaro, présidente de l’association. À tout temps de la maladie - au moment de l’annonce, à l’hôpital ou en rémission - ils et elles sont entourés par les bénévoles et les spécialistes qui se succèdent autour de la table. Des mots pour soigner les maux, des soins pour retrouver l’estime de soi. "La maladie vous déglingue physiquement et moralement. Quand ils sont en rémission et qu’il y a un bobo, c’est la panique. Tous ont peur de la rechute. On est alors là pour eux", poursuit-elle. Un soutien également apporté aux proches. A ceux que l’on surnomme "les aidants". "Ils donnent beaucoup mais personne ne leur demande comment ils vont. Il faut qu’ils tiennent le coup. Car la maladie peut durer des mois comme des années. Parfois, cela ne s’arrête jamais", déplore Valérie Barilaro. Et, toujours au moment des contrôles, cette foutue épée de Damoclès au-dessus de la tête. Nous avons assisté, deux jours durant, à des ateliers de théâtre et d’estime de soi. Des moments qui prennent aux tripes. La maladie est là, certes. Mais ils la combattent avec leurs propres armes.

AMBIANCE DES ATELIERS

Derrière la porte, un fou rire se fait entendre. Les femmes présentes forment un arc de cercle dans la pièce. Ensemble, elles peaufinent leur élocution en enchaînant des virelangues sous la houlette d’Alain Illel, consultant en relations humaines. Ce vendredi-là, c’est atelier théâtre pour les bénévoles et patients d’Écoute Cancer Réconfort. Un exercice avant d’enchaîner sur un atelier d’improvisation portant sur l’addiction à une collection. L’une choisit les fèves de galette, l’autre les moulins à café. Une autre annonce collectionner... les hommes. Les échanges sont hilarants. On oublie vite que ce foutu cancer dicte et ronge leur quotidien.

"L’improvisation apporte l’écoute, la spontanéité, la créativité, la notion de groupe. Ça stimule. Un comédien se cache derrière un texte. Avec l’impro, on joue avec nos propres mots. Elles sont elles-mêmes", sourit Alain Illel, ancien directeur de deux théâtres parisiens.
Ça se voit. Ça se sent. Puis, place à la lecture de textes. Car si ces dames répètent chaque semaine, c’est en vue d’une représentation, le 17 avril, sur les planches du théâtre des Variétés. Aux côtés des bénévoles de l’association. "Monter sur scène, c’est une mise en lumière. Le travail sur l’estime de soi est énorme, constate Valérie Barilaro, la présidente de l’association. Il y a une belle notion de dépassement de soi."

Katia Gagnol, la naturopathe-énergéticienne de l’association, enchaîne : "Elles se disent qu’elles sont capables de. Que si elles ont les ressources pour cela, alors elles en auront pour autre chose." Pour combattre la maladie, notamment.

Actrice d’un jour. Mais aussi actrice de leur vie. Ce fut le thème de l’atelier estime de soi conduit, trois jours plus tard, par Muriel Tran Ercolano, consultante experte en image de soi. La parole est au cœur de ce temps fort. Un moment d’échanges à cœur ouvert. Où l’on met des mots sur des émotions. "Ce groupe, vous l’avez créé. Cela a généré de la vie", explique la professionnelle. Une patiente approuve : "C’est ici qu’on vient chercher la force et l’envie de faire des choses."

"Quand il nous arrive un événement de vie, on n’imagine pas tout ce que cela va nous apporter. On voit plus facilement le côté négatif. Notre cerveau est programmé pour ça", regrette Muriel Tran Ercolano. La spécialiste travaille avec un outil : l’ennéagramme. En bref, un système d’étude de la personnalité fondé sur neuf comportements de la nature humaine. "Cela montre comment nos plus belles qualités poussées à l’extrême deviennent nos défauts. Si on est trop gentil, on devient passif. Si on est trop affirmé, on devient offensif, développe-t-elle. L’égoïsme est un défaut mais en l’équilibrant, on peut prendre soin de soi. En résumé, tout est question d’équilibre. Il faut développer des qualités manquantes et aller chercher dans nos défauts des qualités."

Une à une, les membres de l’association expliquent ce que le cours, et l’association en général, leur a apporté. Pour l’une, ce fut la découverte de sa force. Pour une autre, la capacité d’écoute. Ou encore l’acceptation d’un nouvel environnement et la prise de conscience qu’il y a du bon dans le malheur. "Une grande découverte de nous-même", résume une autre. 

En fin de séance, Caroline, la petite nouvelle du groupe prend la parole. "Au début, j’avais peur de venir. Là, je me sens bien, j’ai eu un temps pour moi", confie-t-elle, émue.
Elle fait désormais partie de la famille. Et tous les membres se battront contre la maladie. Ensemble

Ils en parlent

C’est indéniable, il y a eu un avant et un après la maladie. Peu d’entre eux prononcent explicitement le mot "cancer". "Le mot est parfois difficile à utiliser. Il continue à faire peur. Ils préfèrent utiliser les termes événement de vie ou accident de vie", confirme Valérie Barilaro, présidente d’Écoute Cancer Réconfort. Aucun d’entre eux, non plus, n’use du terme "guérison". On parle plutôt de rémission. "J’ai des contrôles tous les six mois. 48 heures avant, c’est la panique absolue. Tout le monde le sent. Ça (le cancer, N.D.L.R.) peut très bien revenir", lâche Patricia Perez-Johnson, une Monégasque de 73 ans. "On ne sait jamais vraiment quand on est guérie", embraye Lucienne Faure, 77 ans, native de Saint-Etienne. Malgré la peur, les doutes d’une récidive, le premier mot qui nous vient à l’esprit à l’écoute de leur histoire est celui-ci : résilience.

 

Patricia

Patricia P., 73 ans : " On vit avec "
Un jour de 2011, Patricia pose la main sur son sein. La Monégasque, alors âgée de 65 ans, y découvre "quelque chose qui ne devrait pas y être". Le verdict des médecins tombe comme un couperet : la maladie s’appelle cancer. Celui-ci dicte alors le rythme de sa vie. Opération, chimio, radiothérapie… "Puis, on entend ‘‘c’est bon ça va’’ mais pas ‘‘C’est bon, on verra…’’. On passe les contrôles. Et puis un jour de 2013, c’est la récidive. Et là, on repart à zéro", raconte-t-elle. Le cancer change son rapport au corps. Mais aussi la perception qu’elle se fait de la vie. "On vit avec. Cela change la façon de voir la vie, de voir les autres, de qui va être autour. Il faut un mari qui comprend, qui aide, qui accepte. J’ai eu cette chance", salue-t-elle.

Et puis, il y a eu l’association, intégrée à la suite de la rechute. Elle y a trouvé une oreille attentive. Des amitiés. Une famille. "Elles vous ouvrent leurs portes, ne vous obligent jamais à parler. Elles vous offrent juste toutes les possibilités d’être bien. Grâce à elles, je sais pourquoi je me lève le matin. Ça m’a permis de prendre ma journée comme quelque chose qui va être à moi, où je vais pouvoir encore donner. Au début, on n’ose pas trop aller aux ateliers. Pour une femme, c’est difficile de se mettre à nu moralement et physiquement, surtout quand elle est atrophiée. Mais après on se sent bien car on n’est pas seule."

Lucienne
Lucienne Photo Sébastien Botella

Lucienne F., 77 ans : " C’est derrière moi maintenant "
Lucienne Faure l’avoue sans ambages : elle est plutôt d’un tempérament discret et pessimiste. Ce jour de 2016, quand on lui découvre une tumeur cancéreuse à l’estomac après une biopsie, elle ne se laisse pourtant pas abattre par la funeste nouvelle. "J’ai d’abord beaucoup pleuré. Et puis, en sortant de l’hôpital, j’ai dit à mon mari que je ne voulais pas me faire bouffer par cette merde. C’est sorti spontanément. J’ai trouvé la force", sourit-elle. L’opération s’est suivie de onze jours en soins intensifs. Puis deux fois neuf mois de chimiothérapie. "Maintenant, ça va, je suis en rémission. Le docteur a dit que j’avais un moral d’acier." L’association l’a, elle aussi, beaucoup aidée dans sa reconstruction. "J’ai découvert l’association par l’hôpital. J’y suis allée une première fois mais je n’étais pas prête. Je n’avais pas envie de voir une psychologue, de parler de mes problèmes ", poursuit-elle.
Quelque temps après, elle franchit, de nouveau, le pas-de-porte de l’association. "Le personnel est formidable. Je me suis fait des amies. S’il y a un problème, elles font tout ce qu’elles peuvent pour vous aider. Sans jamais juger. Je participe au taï-chi, à la gymnastique et au théâtre. Cela aide à reprendre confiance en soi. La méditation aide beaucoup aussi. Je ne pense même pas aux prochaines échéances. C’est derrière moi maintenant."

Mathieu
Mathieu Photo Sébastien Botella

Mathieu L., 28 ans : " Ici pour se reconstruire "
Le destin ne devrait jamais frapper aussi durement. Encore moins à un âge aussi précoce. Mathieu Lorme, 28 ans, est le benjamin de l’association. En septembre 2018, une glande mammaire un peu gonflée après une sortie de surf a été l’élément déclencheur. "C’était un cancer des testicules avec des métastases au niveau du ventre, détaille celui qui est sapeur-pompier à Monaco. Je me suis fait opérer, j’ai eu plusieurs mois de chimiothérapie et aussi une opération du ventre. On supporte, on met le cerveau sur le bouton OFF. Depuis le mois de juin 2019, il n’y a plus rien. Je suis en rémission. Tous les trois mois, j’ai des prises de sang et un scanner." Au début des soins hospitaliers, Mathieu Lorme reçoit la visite des bénévoles de l’association. "J’étais tellement mal que j’étais réfractaire à la discussion."
Puis, après mûre réflexion et soutenue par une amie proche, la fille de Valérie Barilaro, Mathieu Lorme passe le cap. "J’y ai rencontré des personnes formidables, des professionnels pour discuter, échanger, dire les choses qu’on n’a pas forcément envie de dire à nos proches."
Une façon de les protéger. "Et puis parce qu’à un moment donné, on a envie de tourner la page, justifie-t-il. Ce que je retiens de l’association, c’est ce sentiment de bien-être. On veut se sentir bien après toutes ces épreuves et pas forcément réfléchir. On est ici pour se reconstruire."


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.