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En immersion avec ces familles qui accueillent et soignent des enfants malades du cœur avec la Croix-Rouge de Monaco

Mis à jour le 13/12/2018 à 08:32 Publié le 13/12/2018 à 08:32
Sara Megginson et Patricia Chebil ont pris connaissance de l’accueil chirurgical grâce à des amies.

Sara Megginson et Patricia Chebil ont pris connaissance de l’accueil chirurgical grâce à des amies. Photo Croix Rouge monégasque et DR

En immersion avec ces familles qui accueillent et soignent des enfants malades du cœur avec la Croix-Rouge de Monaco

Trois familles d’accueil nous ont ouvert les portes de leur quotidien, comme elles ont laissé des enfants malades entrer dans le leur. Elles racontent les étapes clés de ces "adoptions"

L’amour, le désespoir, la peur, la joie… Un véritable cyclone d’émotions, une montagne d’espoir, des kilomètres et des années de solidarité et de bonté.

En 2008, à l’occasion des 50 ans du prince Albert II, naissait le Monaco Collectif Humanitaire. Un regroupement de plusieurs organismes monégasques et français qui permet, depuis dix ans maintenant, d’opérer en Principauté des enfants atteints de pathologies cardiaques et parfois orthopédiques, qui ne peuvent pas être soignés dans leur pays d’origine.

À ce jour, plus de 380 enfants ont pu être soignés dans l’un des trois établissements médicaux de la Principauté, à savoir le Centre Cardio-Thoracique (CCM), le Centre Hospitalier Princesse-Grace (CHPG) et l’Institut Monégasque de Médecine&Chirurgie Sportive (IM2S).

Infirmiers, médecins, chirurgiens, bénévoles de la Croix-Rouge Monégasque, membres de l’association Rencontres Africaines, Aviation Sans Frontières, correspondants, donateurs… sans ces hommes et femmes, rien de tout cela ne serait possible.

Tous, se donnent corps et âme pour que triomphe la vie. Et parmi tous ces acteurs, il y a les familles d’accueil. Trois d’entre elles ont accepté de nous ouvrir les portes de leur quotidien.

Une rencontre peut parfois faire basculer le cours de votre existence, mais aussi celle des autres. Ils racontent…


1. Un choix fort pour les familles

La Croix Rouge Monégasque (CMR) a créé son accueil chirurgical en 2015. Elle compte aujourd’hui une vingtaine de familles d’accueil actives. Soixante-sept enfants à ce jour ont pu bénéficier de cette organisation et être opérés en Principauté.

"Nous avons différents profils de familles d’accueil, à savoir les familles complètes, des familles monoparentales, avec ou sans enfant(s), et nous avons aussi et surtout des retraités", précise Corine Hamon, bénévole à la Croix Rouge.

Parmi ces familles, toutes plus courageuses et aimantes les unes que les autres, il y a celle de Patricia et de Tarak Chebil. Hadi, une petite Malienne de deux ans et demi est arrivée en France et dans leur vie, le 28 octobre dernier. C’est le deuxième enfant qu’ils accueillent.

"J’ai une amie qui est bénévole à la Croix-Rouge, elle a commencé à me parler des familles d’accueil et du collectif. Tout cela m’intéressait, mais je voulais attendre d’être à la retraite pour le devenir et pouvoir consacrer le plus de temps possible à l’enfant. En plus, nos garçons à nous sont grands et ont quitté la maison. Mais aussi et surtout, je ne concevais pas de rester sans rien faire. Le 11 septembre 2016, nous avons accueilli notre premier enfant, Hassan", se remémore Patricia Chebil.

"Ici, on veut oublier ce qui se passe ailleurs"

La petite Djeneba, 6 ans, est arrivée du Mali en même temps qu’Hadi, elle est le 17e enfant que Sara Megginson accueille chez elle et c’est aussi grâce à une amie, qu’elle a décidé, il y a neuf ans, de devenir famille d’accueil.

De son côté, Stéphanie Lung a fait son choix, lors à sa première participation à la No Finish Line. Lieu où elle et sa famille ont d’ailleurs rencontré Amara Sy, cette année.
De son côté, Stéphanie Lung a fait son choix, lors à sa première participation à la No Finish Line. Lieu où elle et sa famille ont d’ailleurs rencontré Amara Sy, cette année. Photo Croix Rouge monégasque et DR

Au départ, elle l’était pour l’association cannoise Rencontres Africaines et, en 2015, elle a intégré la Croix Rouge Monégasque.

"J’ai été très contente de faire mon premier accueil, parce qu’un de mes fils n’aimait pas qu’on parle d’Afrique et de pauvreté. Il était d’ailleurs contre le fait qu’on accueille un enfant. Et puis, ensuite, il s’est investi. Accueillir ces enfants, c’est un enseignement. Ici, on veut oublier ce qui se passe ailleurs, on vit dans un cocon. Nous sommes très privilégiés. Vous savez, ces enfants nous font beaucoup de bien de part leur présence." 

Enfin, il y a Stéphanie et Vincent Lung, ainsi que leurs deux enfants, Célestine et Victor. En deux ans, ils ont déjà accueilli quatre enfants, dont la petite Vicka, 3 ans, originaire du Burundi.

"C’est une histoire qui remonte à une bonne quinzaine d’années. C’était lors de ma première participation à la No Finish Line, en 2002. Même si le Monaco Collectif Humanitaire n’existait pas, on parlait déjà des enfants malades, et défavorisés. À partir de 2008, il y a eu la concrétisation de ces opérations. Et à partir de ce moment-là, c’était clair, un jour, je deviendrai famille d’accueil".

Un signe du destin?

"En 2014, alors que mon fils était scolarisé en maternelle, il y avait dans sa classe une petite fille dont les parents étaient famille d’accueil à la Croix-Rouge. Et un jour, je vois arriver la maman avec un petit bout dans les bras, on se connaissait sans se connaître, on se saluait, on discutait, mais sans plus. Nous avons beaucoup parlé par la suite et elle m’a conviée à une réunion, c’était en 2015. Un an plus tard, en mars 2016, j’accueillais mon premier enfant, Modibo", se souvient Stéphanie Lung.


2 Le relevé d’observation médicale

Célestine, Victor et le «petit» Modibo.
Célestine, Victor et le «petit» Modibo. Photo Croix Rouge monégasque et DR

"Il faut savoir que devenir famille d’accueil est une mission bénévole qui à un coût", souligne Corine Hamon.

"Nous remboursons par exemple les frais de parking et les frais d’autoroute aux familles qui viennent de loin pour assister aux rendez-vous médicaux, et prêtons aussi du matériel de puériculture et des vêtements avec l’aide du service social de la CRM. Mais l’essence, la nourriture et les petites sorties qu’il peut y avoir sont à leur charge», ajoute Corinne Clerc, responsable de la branche de l’accueil chirugical à la Croix-Rouge Monégasque. Mais cela n’a pas inquiété ces trois familles, ni les autres d’ailleurs.

"Le premier, c’était comme un bizutage"

Quelque temps après avoir adhéré à la Croix-Rouge, signé la charte des bénévoles, le contrat d’engagement relatif à l’accueil chirurgical et avoir bien pris connaissance du rôle qui sera le leur, les familles accueillent leur premier enfant. Un moment qui, malgré tout le stress que cela peut engranger, peut parfois s’avérer cocasse.

"Le premier enfant que j’ai accueilli, c’était un peu comme un bizutage. Sur le papier, Modibo, qui venait du Mali, avait trois ans. Quand je l’ai vu à l’aéroport, il était dans un fauteuil roulant, car il était très fatigué. Quand je l’ai porté, en terme de poids et de taille, je me suis vite rendue compte qu’il n’avait pas trois ans. En taille, il était entre ma fille et mon fils. Célestine avait alors sept ans et Victor cinq ans et demi. Tous les vêtements que j’avais préparés étaient évidemment trop petits. Heureusement, j’avais des affaires qu’on m’avait données et qui n’allaient pas encore à mon fils", en rit encore Stéphanie Lung.

" Des pathologies qui n’avaient pas été décelées"

L’équipe de la CRM le confirme, les informations que contient le Relevé d’Observation Médicale (ROM) ne sont pas toujours très exactes, ni trop approfondies et parfois, cela peut s’avérer être plus lourd de conséquences.

"Parfois, les médecins d’ici décèlent des pathologies associées qui n’avaient pas été dites ou découvertes. Et une opération qui devait être “basique” devient beaucoup plus compliquée.

Hadi, par exemple, devait être opérée le 28 novembre par cathéter, mais les pathologies qui ont été pronostiquées chez elle, n’étaient pas les bonnes. Elle sera donc opérée à cœur ouvert, comme Djeneba, à qui il manque une oreillette au cœur et dont la malformation cardiaque avait été sous-évaluée."


3. "Les besoins des enfants sont universels"

La petite Djeneba aime bien faire à manger elle-même.
La petite Djeneba aime bien faire à manger elle-même. Photo Croix Rouge monégasque et DR

"C’est difficile le premier accueil, et même les suivants, finalement", explique Patricia Chebil, "car on découvre. La première question que l’on se pose, c’est de savoir si l’enfant va nous accepter, s’il va nous donner la possibilité d’entrer dans sa vie, de l’accompagner et de le soutenir dans ce moment difficile. C’est ça qui importe le plus." 

À la maison, jouets, vêtements, tout est prêt pour que l’accueil se passe dans de bonnes conditions et que l’enfant se sente bien et en sécurité. Et ce, malgré les milliers de kilomètres qui le séparent de sa famille.

"Ces enfants sont des puits d’amour"

Sara Megginson a une inquiétude bien particulière à l’arrivée d’un nouvel enfant. Enfin, une inquiétude qui est quasi propre à toutes les familles.

"Les besoins des enfants sont universels. Ils ont besoin d’être aimés, cajolés, qu’on joue avec eux, mais aussi qu’on leur donne à manger. Et moi, mon premier souci, c’est de savoir ce qu’ils aiment manger. Alors, je les emmène au supermarché et ils me montrent du doigt ce qu’ils aiment ou ce qu’ils voudraient. Mais parfois, c’est plus compliqué. Et quand ça l’est, je rencontre toujours des gens qui sont de la même nationalité que l’enfant. Car il faut savoir, qu’il y a souvent la barrière de la langue, beaucoup ne parlent pas Français".

"On aurait dit son petit frère"

"Mais, ajoute Patricia Chebil, ils ont une capacité d’adaptation extraordinaire. Ils vivent à la maison, comme s’ils avaient toujours vécu ici. Et puis ils enchantent tout le monde. Les voisins, les amis, la famille. J’ai une voisine qui me met tous les jours un petit paquet sur le rebord de la fenêtre. Lorsque le plus âgé de mes fils est revenu à la maison, nous avions Hassan à ce moment-là, on aurait dit son petit frère. Ils regardaient le foot ensemble, ils jouaient ensemble…" 

Ces enfants sont des rayons de soleil, et «des puits d’amour», ajoute Corinne Clerc. Des enfants qui donnent autant d’amour qu’ils en reçoivent.


4. L’hospitalisation

Un si joli sourire.
Un si joli sourire. Photo Croix Rouge monégasque et DR

Les familles n’oublient jamais leur mission première, qui est de prendre soin de l’enfant pendant toute la durée du séjour et lui permettre d’être opéré pour qu’il puisse, ensuite, retourner auprès de leur famille biologique. Le moment de l’hospitalisation demande une certaine organisation, surtout pour Stéphanie Lung.

"Avec deux enfants, il faut être disponible et surtout aider. Le plus dur, c’est quand les enfants sont hospitalisés. Je lève mes enfants, je les prépare et les emmène à l’école, après je vais directement au centre cardio. Je me dois d’être avec eux dans ces moments-là, alors je reste toute la journée. Ma maman et mon mari prennent le relais avec Victor et Célestine. Je reçois aussi l’aide de ma belle-mère, de ma voisine, et d’amis… C’est moi qui m’adapte aux enfants. En terme d’organisation, c’est compliqué", témoigne Stéphanie Lung, tout en jetant un petit coup d’œil à Vicka, qui dessine tranquillement à côté d’elle.

"On envoie des photos presque tous les jours"

Les familles, sur place, reçoivent très fréquemment des nouvelles de leurs enfants, grâce aux correspondants qui font le lien avec la CRM. Ils leur font parvenir les photos, les lettres et tout ce que les familles d’accueil veulent leur transmettre.

"On envoie des photos presque tous les jours", précise Patricia Chebil. Sara Megginson et Stéphanie Lung en font tout autant. Parfois, certaines familles ont des contacts directs avec les parents des enfants, d’autres non. C’est selon leur volonté.

Malgré une inquiétude certaine des parents, ils savent que, dans leur malheur, leurs petits sont chanceux. Car chaque année, une vingtaine, voire une quarantaine d’enfants, tout au plus, peuvent se faire opérer, alors qu’ils sont plus de deux mille sur liste d’attente.


5 Un départ, une nouvelle vie

L’opération de la petite Vicka a eu lieu la semaine dernière et tout s’est très bien passé. Elle pourra bientôt rentrer chez elle.
L’opération de la petite Vicka a eu lieu la semaine dernière et tout s’est très bien passé. Elle pourra bientôt rentrer chez elle. Photo Croix Rouge monégasque et DR

La mort est une réalité. Il arrive que les enfants ne survivent pas pendant, ou après, l’opération.

"Les familles savent qu’une épée de Damoclès plane au-dessus de la tête de ces enfants. Et rien que pour ça, les familles d’accueil sont courageuses. En 10 ans d’existence du collectif humanitaire, nous sommes à 2.8 % de perte. Il y a aussi la loi des séries. Pendant trois ans, nous avons eu la chance de n’avoir que du bonheur et, le mois dernier, nous avons perdu une petite, qui est décédée après l’opération, pour des raisons parasitaires. Cette enfant est restée longtemps, deux mois chez la famille d’accueil", raconte avec une certaine émotion, Corinne Clerc.

Heureusement, les cas de décès sont plutôt rares. Les opérations de Djeneba, d’Hadi et de Vicka se sont bien passées. Une fois opérés, ces enfants découvrent une nouvelle vie car, bien souvent, à cause de leurs problèmes cardiaques, ils sont très affaiblis. Ils peinent à marcher, courir et se fatiguent très rapidement. Une fois la phase de convalescence terminée, ils découvrent tout un tas de nouvelles choses, au départ avec leur famille d’accueil, puis avec leurs parents, frères, sœurs…

"L’émotion est la même à chaque départ"

Malgré la douleur de voir leurs petits protégés les quitter, les familles d’accueil sont heureuses de les avoir aidés.

"Quand ils partent, vite, vite, j’enlève tout, parce que ça fait trop vide sans eux", confie Patricia Chebil, tout en se remémorant le départ d’Hassan. "Je me prépare déjà au départ d’Hadi, mais c’est difficile."

"Pour ma famille et moi, l’émotion est la même à chaque départ. Nous sommes les plus heureux de pouvoir les rendre à leur famille. Nous sommes investis d’une mission et n’avons qu’un rôle temporaire", précise Stéphanie Lung.

Des "adoptions" temporaires certes, mais d’une importance immense.


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