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ON Y REVIENT. Ils assoient leur combat pour enrayer la disparition des bancs publics

Mis à jour le 06/04/2021 à 21:29 Publié le 06/04/2021 à 18:00
Andrea Sethi et Philippe Leroy militent depuis plus de 4 ans pour l’implantation de bancs et autres assises dans le centre historique de Toulon.

Andrea Sethi et Philippe Leroy militent depuis plus de 4 ans pour l’implantation de bancs et autres assises dans le centre historique de Toulon. Photo V. R.

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ON Y REVIENT. Ils assoient leur combat pour enrayer la disparition des bancs publics

Fin 2018, à l’occasion de notre dossier “Plus belle la ville. Comment rendre nos villes plus humaines”, nous faisions la connaissance les Robin des bancs. Une association toulonnaise, née en 2017, qui œuvre pour que des assises soient installées dans le centre de la capitale varoise. À l’époque, Andrea Sethi et Philippe Leroy s’étaient donné 5 ans pour qu’une vingtaine de bancs soient implantés dans le cœur de ville de Toulon. À un an de l’échéance qu’ils se sont eux-mêmes fixée, où en sont-ils de cet objectif? Sont-ils parvenus à convaincre de la nécessité de ce mobilier urbain?

On ne va pas se mentir. Les résultats tangibles de l’action menée par les Robin des bancs ne sautent pas yeux. Dans le centre-ville de Toulon, seuls une douzaine de fauteuils sont apparus près de l’opéra ou place Monsenergue, notamment. Andrea Sethi, présidente depuis peu de l’association, et Philippe Leroy ne s’en attribuent même pas le mérite. Tout juste, disent-ils, ont-ils obtenu que ces fauteuils ne soient pas systématiquement disposés seuls, mais deux par deux. 

Voilà pour le bilan chiffré, concret. 

Heureusement, des avancées moins visibles sont tout de même nées de la volonté de l’association. En tête, la sensibilisation à l’importance des bancs dans l’espace public. "Aujourd'hui, assure Philippe Leroy, notre action rencontre un certain soutien et nous avons l’attention des médias."

Philippe Leroy, lui, siège, depuis les élections de mars 2020, au conseil municipal de Toulon. Dans l’opposition certes, mais le désormais élu estime tout de même que cette nouvelle position a "ouvert des portes de discussion".

La ville en mouvement même assise

En 2017, lorsqu’ils créent les Robin des bancs, Andrea Sethi et Philippe Leroy veulent pallier le manque d’assises au cœur de Toulon. Ils en montrent les inconvénients. 

Philippe met en avant l’impossibilité pour sa mère âgée de parcourir le chemin qui sépare le port de l’opéra à pied sans s’arrêter - un exemple qu’il reprendra à l’envi -; Andrea, originaire de Vienne en Autriche, n’en revient pas que sa ville d’adoption ne propose pas plus de haltes dans ses zones piétonnes. "Pour qu’une ville soit dynamique, il faut qu’on puisse s’y poser", affirme-t-elle.

À Vienne, dans le quartier des musées, les bancs sont généreux. Ils permettent de se retrouver, de profiter de la ville.
À Vienne, dans le quartier des musées, les bancs sont généreux. Ils permettent de se retrouver, de profiter de la ville. Photo DR

Pas du tout un paradoxe, confirme Gérald Gaglio. Le sociologue à l'Université Côte d'Azur explique qu’"un espace fixe dans un environnement en mouvement, ça habite un lieu en mettant de la vie là où on ne fait que passer, et c'est par la stabilité dans le mouvement que se crée en ville le lien social."

À l'époque cependant, les édiles toulonnais ne sont pas très réceptifs à ces arguments. "Ils étaient contre la sédentarisation", se souvient la présidente de l’association. Les deux Robin pensent alors à lancer une pétition pour interpeller le maire de Toulon et les représentants de la municipalité. "Mais on voulait être proactif."

Un parcours d’assises artistiques

Pour "rendre l’offre plus appétissante", les Robin des bancs proposent certes des bancs, mais pas n’importe comment. 

"On s’est rendu compte que l’un des endroits où les gens s’arrêtent le plus à Toulon, c’est la partie de carte, place Raimu", souligne Philippe Leroy. Un site typiquement toulonnais où les promeneurs peuvent à la fois contempler une saynète provençale et s'asseoir. De là est née l’idée d’un parcours d’assises artistiques à travers les rues de la capitale varoise.

C’est ce qu’ils présentent en juin 2018 lors de la première - et unique - édition de la Fête du banc. Celle-ci permet de rappeler aux usagers que, oui, ils ont le droit de s'asseoir en ville et de vouloir compter pour ça sur autre chose que les marches de l’opéra ou des bords de trottoirs. 

L’intérêt des bancs publics, analyse le sociologue Gérald Gaglio, c’est que "tout le monde puisse s'y asseoir. Et il y a finalement assez peu d'objets ouverts comme les bancs. C'est ça les conditions de l'être ensemble, avoir des espaces qui ne sont pas réservés à un type de population".

La Fête du banc permet aussi de montrer aux élus qu’un tel parcours pourrait être un atout touristique. "Par exemple, place Vatel, nous proposions d’installer un banc en forme de bouteille à la mer, décrit Philippe Leroy, pour être dans la même thématique que le bateau qui émerge d’un bâtiment. Sur celui-ci, on pensait installer une pancarte qui explique justement pourquoi ce navire est là."

La place Vatel, qui vient d’être intégralement rénovée, aurait pu compter une assise: ce banc en forme de bouteille à la mer, proposé par les Robin de bancs. Finalement, on y trouve seulement quelques plots, destinés à empêcher le passage des voitures, mais sur lesquels on peut toutefois poser son séant.
La place Vatel, qui vient d’être intégralement rénovée, aurait pu compter une assise: ce banc en forme de bouteille à la mer, proposé par les Robin de bancs. Finalement, on y trouve seulement quelques plots, destinés à empêcher le passage des voitures, mais sur lesquels on peut toutefois poser son séant. Photo DR/Robin des bancs

Semer des graines dans les écoles

Expliquer. Échanger. Convaincre. Aujourd’hui, ce sont les maîtres-mots de l’action des Robin des bancs. D’abord avec les commerçants. "Nous sommes en lien avec l’association des Vitrines de Toulon, pour réfléchir avec eux aux meilleurs emplacements." Et d’argumenter: "Si on veut que les gens restent plus longtemps en ville, il faut qu’ils puissent se poser. Même les centres commerciaux l’ont compris et réinstallent des bancs dans leurs allées."

Bien sûr, les discussions sont en suspens, la crise sanitaire n’étant pas propice à ce type de projet et, surtout, engendrant d’autres priorités. Mais les Robin des bancs ne se laissent pas abattre.

Pour l’heure, ils concentrent leurs interventions sur les établissements scolaires, pour lesquelles l'association bénéficie d’une subvention municipale récemment revue à la hausse.

Les Robin des bancs sont des "semeurs": pour faire grandir leur combat, ils interviennent auprès des enfants, comme ici à l'école de La Florane à Toulon.
Les Robin des bancs sont des "semeurs": pour faire grandir leur combat, ils interviennent auprès des enfants, comme ici à l'école de La Florane à Toulon. Photo DR/Robin des bancs

Dans plusieurs écoles élémentaires de Toulon - Frédéric-Mistral, Jules-Muraire ou encore le Pont-de-Suve -, ils proposent des conversations avec les enfants, pour interroger leurs visions de l’espace urbain. Mais aussi des ateliers décoratifs où les petits élèves s’emparent d’un banc de leur cour pour en faire une véritable œuvre.

"On veut les inciter à être acteurs, discuter des solutions et faire appel à leur droit d’interpeller leurs élus, explique Andrea Sethi. Nous semons des graines."

Des graines qu’ils espèrent voir apparaître sous forme d’une vingtaine de bancs ou de fauteuils artistiques. "On va dire que l’année écoulée est une année blanche, lance Philippe Leroy. Ce qui nous laisse encore deux ans pour atteindre nos objectifs."

Et faire en sorte que les élus ne s’assoient plus sur cette question.

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