"Nous n’imaginions pas revoir ce pont": une nuit dans la Roya, pour assister à la pose du pont de Caïros

Hier, deux étapes majeures du chantier de reconstruction de la Roya ont été franchies. Le démarrage d’une galerie paravalanche, à Castérino, et le lançage d’un pont à Saorge.

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Gaëlle Belda Publié le 21/10/2022 à 11:20, mis à jour le 21/10/2022 à 12:34
Le lançage du pont de Caïros, une opération millimétrée à laquelle élus et habitants ont pu assister, mercredi soir, à Saorge. Jean-François Ottonello

"On savoure chacun de ces moments..." Au micro, face à un parterre d’élus, d’ouvriers et d’habitants, Sébastien Olharan, maire de Breil-sur-Roya et conseiller départemental, dit toute sa joie. Dans son dos, un géant de métal. Trente-cinq mètres de long et 350 tonnes. Un pont assemblé sur place, à Saorge. Pièce après pièce, semaine après semaine. Un pont que les experts d’Eiffage vont laisser glisser doucement jusqu’à la rivière. Tout au long de la nuit. Jusqu’à ce qu’il devienne le trait d’union de deux rives mutilées par la tempête Alex, il y a deux ans. Sa mise en circulation est estimée à janvier 2023.

"Tu le vois là? ça bouge très doucement! Regarde!" Smartphone tendu en direction du chantier, un habitant de la vallée partage, enthousiaste, ce moment si important avec son épouse, restée à la maison. 18h30. C’est l’heure du lançage du pont de Caïros, c’est-à-dire son positionnement dans l’axe de ses appuis définitifs. Après de longs mois d’attente. Un spectacle singulier auxquels ils ont été nombreux à assister, mercredi soir, entre voisins, entre amis, en famille.

Quand le président du Département, le préfet délégué à la reconstruction des vallées et tous les maires concernés ont appuyé sur le buzzer et que le pont s’est illuminé, les yeux des enfants se sont mis à briller. Et s’ils ont vite replongé dans leurs romans ou leurs jeux vidéo, leurs parents - certains jusqu’à 22h30 - n’ont rien manqué de ce grand moment d’émotion.

Un moment plein d’émotion, une parenthèse heureuse au cœur de l’immense chantier de reconstruction de la vallée de la Roya.

Un chantier d’une grande technicité

C’est un pont iconique, sans aucun appui en rivière, de type "Bow-string". Et c’est le petit frère de celui qui a été positionné cette nuit à quelques pas: le pont Ambo ne fait pas moins de 75 mètres et 530 tonnes. Conçus pour résister à tout débordement de la rivière, ils ont été totalement redimensionnés par rapport aux anciens ouvrages: la rivière est bien plus large. Leurs volumes exceptionnels ont nécessité l’utilisation de transporteurs modulaires autopropulsés. Ces impressionnantes barres pleines de roues sont commandées à distance par des ouvriers équipés de tablettes et autres outils high-tech. Tout est millimétré.

"Ce soir est un grand soir, un grand moment de technicité", a souligné Charles-Ange Ginésy, président du conseil départemental. Avant de remercier l’ensemble des acteurs de ce chantier d’ampleur ainsi que toutes les instances qui ont participé à son financement. "Je ne dis pas que nous construisons de façon pérenne, indestructible... mais nous essayons."

Xavier Pelletier, préfet en charge de la reconstruction des vallées a rappelé qu’on usait ici "de techniques qui n’ont parfois jamais été mises en œuvre ailleurs". Insistant, lui aussi, sur un travail de reconstruction résiliente et durable.

La promesse de "vallées magnifiées"

"Il y a deux ans, nous n’imaginions pas revoir un jour le pont...", laisse tomber Brigitte Bresc, maire de Saorge, avant de tendre le micro à ses voisins. Émue. Le maire de Breil rebondit: "On a beaucoup parlé de ponts... aériens, ferroviaires. Et puis il y a ces ponts historiques, affectifs. Ces ponts qui nous unissent. Les cinq maires de la vallée sont là ce soir, soudés, et c’est très fort." Sébastien Olharan sourit et enchaîne, amusé : "Je dois quand même relever que ce pont de Caïros est bleu blanc, aux couleurs de Breil, et ça me fait plaisir! Merci! Je n’y suis évidemment pour rien. Mais, quand même, pour ne pas contrarier mes confrères et maintenir la cohésion entre nous, j’espère que le prochain, de 14 arches, sera aux couleurs de Tende!".

Le pont est beau, ça ne fait pas un pli dans l’assemblée. On le photographie, on l’immortalise, on le bade. Xavier Pelletier, ce « préfet courage » comme certains l’ont appelé, s’engage: "Les vallées ont été traumatisées, déchirées. Elle est ponctuée de brèches que nous comblons progressivement. Mais on ne va pas s’arrêter là, nous allons travailler sur tous les segments : l’agriculture, la santé, le tourisme, etc. Nous allons aussi faire mieux encore avec nos amis italiens, dont une délégation est ici ce soir. Nous allons avoir des vallées magnifiées."

Des colonnes se dressent sur la RD91. Elles composeront la galerie paravalanche en cours de réalisation.

Une galerie paravalanche pour désenclaver Castérino

La journée de mercredi aura été riche pour la Roya et le président du conseil départemental puisque juste avant le lançage du pont de Caïros, c’est sur le chantier de galerie paravalanche de la RD91 qu’il s’est rendu. Des travaux qui se sont avérés nécessaires pour protéger la route et enfin désenclaver Castérino, "porte d’entrée de la vallée des Merveilles".

Un ouvrage d’art, situé entre le lac des Mesches et Castérino, à 1435 mètres d’altitude est donc en train de se dresser. Une opération délicate - altitude, difficultés d’accès au chantier et faibles emprises - et "une priorité" pour le Département.

Aux côtés des maires de Breil-sur-Roya, de La Brigue, de Tende mais également de Xavier Pelletier, préfet délégué à la reconstruction des vallées, Charles-Ange Ginesy a salué le travail des équipes et réaffirmé l’importance d’un pareil ouvrage. « C’est un enjeu vital pour les habitants, les touristes, les acteurs économiques. » Sa mise en service est estimée à la mi-décembre.

Douze mois de travaux, 550 mètres linéaires de micropieux, 150 tonnes d’armature béton, 700m3 de béton armé... le tout acheminé péniblement jusqu’à cette zone particulièrement escarpée et endommagée par la tempête. Cela a aussi nécessité un chantier de soutènement de grande hauteur, la réalisation de terrassements et la construction de murs en béton armés. C’est Marc Javal, directeur adjoint des services technique pour le Département, qui lève le voile sur ces données assez hors normes.

"Nous sommes toujours en période de cicatrisation mais, avec des chantiers aussi exceptionnels, des lendemains qui chantent se profilent à l’horizon », souffle Charles-Ange Ginésy. Avant de préciser : « Nous sommes en train de moderniser fortement le secteur."

Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende, embraye: "On a ici les meilleurs conducteurs d’engins! J’ai regardé... Ils ont posé les blocs de béton avec une telle technicité! C’était magnifique!» Il marque une pause. "Je croyais que le pronostic vital de la vallée était engagé. Mais tous les jours, on assiste à quelque chose de positif." La gorge se serre: "On n’oubliera jamais."

"C’était une sorte de conquête, cette reconstruction", confirme Xavier Pelletier. "C’est un travail que l’on mène tous les jours et que l’on est en train de gagner."

Les hommes du groupement NGE Génie Civil, Guintoli, Nge Fondations, retenu pour cette opération de conception-réalisation, écoutent attentivement. Pour eux aussi, les débuts ont été douloureux et difficiles. Ils le disent. Mais, enfin, le ciel s’éclaircit.

André Boulanger, de l’hôtel Les Mélèzes, a pu être rassuré sur les possibilités de passage.

"Si le passage est fermé, comment va-t-on faire pour nous ravitailler?"

"Si le passage est fermé, comment va-t-on faire pour nous ravitailler en gaz, en fioul, etc.? Il y a des hôtels plus haut qui vont se retrouver dans la neige vers la fin novembre..." André Boulanger, de l’hôtel Les Mélèzes à Tende interrompt l’assemblée, visiblement inquiet. Simon Rigaud, responsable du chantier, pour la société NGE Génie Civil rassure:" Nous allons fonctionner en bonne intelligence, comme nous le faisons depuis le démarrage du chantier. Nous allons organiser des passages." Une autre personne de l’assistance enchaîne, dans un soupir: "Le week-end, tout le monde passe déjà par là!" D’autres acquiescent. Le chef de chantier insiste: "Cela ne pourra pas être possible à cette étape des travaux mais nous sommes ici, ouverts à vos sollicitations et disposés à vous épauler au mieux."

Paul Servel, de l’auberge Sainte-Marie-Madeleine, à Tende, s’est déjà organisé pour la saison froide. "Mais pour les acheminements de produits du quotidien, il est évident que l’on va avoir besoin d’eux."

Un extraordinaire mur de soutènement pour soutenir la route qui mène à Castérino, à Tende et à la vallée des Merveilles.

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