Retards, incidents réguliers, changements d’horaires... ces usagers qui ont décidé de bouder le train

Face aux contraintes liées aux TER, des usagers décident de limiter leur utilisation de ce moyen de transport pour aller au travail.

Article réservé aux abonnés
Margaux boscagli Publié le 23/12/2022 à 11:04, mis à jour le 24/12/2022 à 15:11
Jean-François Ottonello

"Ne me parlez plus de trains !" Depuis un an, Thierry a repris la voiture pour se rendre à son travail, au centre hospitalier Princesse Grace de Monaco. Pourtant, ce Mentonnais de 53 ans était un usager régulier du TER depuis 2017. "C’est dommage, ça me convenait bien malgré le fait que je devais aller chercher ma fille à l’école le soir", souffle-t-il. Mais les trop nombreux désagréments rencontrés au quotidien sur la ligne Vintimille-Nice ont fini par venir à bout de sa patience.

"Suppressions de trains, souvent à la dernière minute, grèves - imaginez si nous faisions pareil dans les hôpitaux ou chez les pompiers - retards… J’ai toujours connu des incidents et ça ne s’améliore pas. Et quand je vois nos politiques encourager le train, je me dis qu’ils sont encore dans le monde des bisounours", déplore-t-il.

"Alors oui, il y a bien les bus… Si vous avez de la chance, car en le prenant à la gare routière de Menton le matin, ils sont souvent bondés et pas tout le monde ne peut monter. Et si vous y arrivez, avec les travaux en ce moment à Roquebrune-Cap-Martin, vous voilà partis en excursion à l’ouest de Monaco pour revenir par la moyenne corniche… Bref, vous avez mis presque une heure !"

Prendre le scooter quitte à payer plus

Nicolas, lui aussi employé dans la Principauté voisine, songe de plus en plus à résilier son abonnement à la SNCF. "Prendre le scooter ou la voiture me reviendra bien plus cher que mes 22 euros mensuels mais je serais plus flexible, notamment pour mes enfants », confie le trentenaire. Usager du TER depuis sept ans, son expérience sur le réseau est devenue « trop désagréable".

"Le matin comme le soir, les trains sont bondés aux heures de pointe, et à la gare de Menton ils arrivent systématiquement en retard en raison des contrôles à la gare de Garavan. Le plus pénible, c’est de voir nos trajets toujours impactés par des retards ou des grèves à répétition, les usagers sont victimes", décrit-il.

Le bus, alternative des jours de pluie

Un sentiment partagé par Laure, 36 ans. "On se sent abandonnés, malmenés. Le train étant le moyen le plus rapide de se rendre au travail, je pense qu’ils savent très bien qu’on sera nombreux à continuer à le prendre donc je n’ai pas l’impression qu’ils cherchent des solutions pour nous", résume cette Mentonnaise qui travaille à Monaco depuis 17 ans.

"Les problèmes s’accumulent surtout en période d’intempéries, lorsqu’il y a des éboulements ou qu’ils doivent déclencher les filets de sécurité, note-t-elle. Financièrement, je ne peux pas me permettre d’arrêter les transports en commun alors quand ça arrive, je prends le bus. Forcément, ça fait 45 minutes de trajet, mais au moins j’arrive à bon port. Si ils nous dédommageaient, ce serait déjà pas mal..."

Covoiturage

De son côté, Stéphanie, 44 ans, n’a "pas hésité" à accepter la proposition d’un ami de faire les trajets jusqu’à Nice en voiture ces derniers temps. "Je prends le train depuis huit ans, et cela devient vraiment fatigant. Entre les changements d’horaires intempestifs, les retards, les annulations, c’est compliqué… Et c’est de plus en plus fréquent, relate-t-elle. Les abords des voies sont mal entretenus donc dès qu’il pleut, c’est la catastrophe. Si jamais j’ai un rendez-vous personnel, je prends mon véhicule pour éviter de le louper. Il m’est déjà arrivé de rester coincée sur Nice le soir et que mon mari soit obligé de venir me récupérer au parking relais de Nice Nord depuis Menton !"

Un mois de décembre particulièrement tendu

Un train de 7h21 au départ de Menton direction Nice supprimé jeudi matin, le même train retardé d’une dizaine de minutes deux jours plus tôt sans signalisation, un autre au départ de Menton à 8h01 supprimé vendredi dernier… Sur le réseau social Twitter, nombreux sont les usagers à signaler chaque jour leurs péripéties sur la ligne Vintimille-Nice en mentionnant le compte de la SNCF TER Sud Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

"Problèmes d’aiguillage", "panne de signalisation", "obstacle sur la voie à Èze", "intempéries", "contraintes d’exploitation sur le réseau italien"… Les raisons évoquées par le groupe, elles aussi, sont nombreuses.

"Les principales causes d’irrégularités analysées sur cette ligne sont en effet dues à près de 70 % sur une année à des causes dites externes (intempéries, accidents de personnes, bagages abandonnés… ou liées à des pannes d’infrastructures, des causes difficiles à prévenir mais sur lesquelles nous travaillons nos procédures de crises afin de les résoudre au plus vite", explique Ivan Bellais, responsable de la satisfaction client Côte d’Azur au sein de la SNCF.

Un taux de régularité de 92 %, selon la SNCF

Quant aux retards décriés par les usagers ? "Factuellement, la régularité des trains sur la Côte d’Azur est en progression constante depuis 2014 particulièrement sur la zone littorale avec +15 points en 7 ans. De l’ordre de neuf trains sur dix arrivent à l’heure, et ce taux de régularité des trains s’est maintenu autour de 92 % malgré les travaux sur les tunnels qui ont été conduits ces derniers mois", assure-t-on du côté de la SNCF.

Le groupe indique également adapter régulièrement les compositions des trains "selon les besoins" pour éviter les surcharges. "Nous faisons circuler quatre trains par heure pendant les heures de pointe sur le littoral, dont trois sont des trains à double rames. Le détail des trains de pointe assurés en composition maximale est même annoncé avant chaque pointe sur le compte Twitter TER SUD SNCF pour permettre aux voyageurs qui le souhaitent de choisir ces trains", détaille-t-on.

Ce lundi, un message publié sur ce compte Twitter justement, évoquant des « tensions de production » qui risquent de perturber le réseau jusqu’au 30 décembre, a ravivé la colère des usagers.

"On galère depuis vendredi dernier à cause d’une grève des aiguilleurs, et maintenant ça ?", s’agaçait l’un d’entre eux en commentaires. "Ah c’est nouveau ça ! C’est pour nous dire qu’on va encore batailler pendant deux semaines ?", enchérissait une autre usagère.

Deux chantiers en cours

Autres causes de perturbations ces derniers temps sur la ligne Vintimille-Nice : le chantier de la mise en accessibilité de la gare de Beaulieu-sur-Mer, qui a déjà engendré une interruption totale du trafic tout le week-end du 25 novembre, et celui du confortement du tunnel de Monaco, susceptible de provoquer des ralentissements sur les trajets entre Menton et la Principauté. Des travaux qui doivent durer jusqu’au 7 juillet 2023, indique le site de la SNCF.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.