Prévu sur une zone à risque, le futur viaduc d'accès au tunnel de Tende inquiète une association environnementale de La Roya

L’association de défense de l’environnement s’inquiète de l’emplacement où doit être construit le viaduc d’accès au tunnel. En cause: une instabilité des sols reconnue depuis des années.

Alice Rousselot Publié le 20/09/2022 à 14:05, mis à jour le 20/09/2022 à 13:04
De nouveaux glissements de terrain pourraient survenir sur site dans l'avenir Photo d’archives Sébastien Botella

Le chantier du tunnel de Tende serait-il - ironie du sort - dans une impasse? C’est du moins ce qu’estime Roya expansion nature (REN), consciente que le futur viaduc d’accès au tube côté français est prévu sur une zone à risque.

Depuis que la voie d’origine a été pulvérisée après la tempête Alex, les promoteurs du projet sont confrontés à un casse-tête, avance l’association de défense de l’environnement. "Ils se retrouvent à devoir reconnecter deux sorties de tunnel, débouchant quasiment dans le vide, à une route d’accès se trouvant de l’autre côté d’un gigantesque éboulis."

S’appuyant sur l’étude géologique du projet définitif, émise en 2009 dans le cadre de la commission intergouvernementale pour l’amélioration des liaisons franco-italiennes dans les Alpes du sud (CIG), REN souligne que "le vallon à franchir, tout comme les derniers lacets de la route, sont dans une zone géologique très instable; le risque d’éboulement massif était connu dès le début du projet bien sûr, mais les concepteurs n’en ont pas tenu compte".

D’après leurs informations - glanées du côté de la presse transalpine - le plan du nouvel ouvrage proposé par l’Agence nationale des routes italiennes, l’Anas, maître d’œuvre de l’ensemble des travaux, serait contesté par la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement).

Prendre en compte l‘urgence climatique

"Se pourrait-il que du côté français on prenne enfin conscience de l’aberration de la situation: construire une route coûte que coûte sur un pan de montagne qui s’effondre?", questionne l’association. Insistant sur le fait que des glissements ont déjà eu lieu dans cette zone et que, par l’effet du changement climatique, ils seront vraisemblablement plus fréquents à l’avenir.

 

Face à cette situation critique, REN émet deux requêtes. Qu’on en finisse avec l’opacité qui entoure le projet du doublement du tunnel de Tende, d’abord. "Les documents ne sont pas publics alors que des fonds publics sont engagés", peste Catherine Rainaudo, membre active de l’association. Impossible de récupérer quoi que ce soit: les calculs, plans et critiques émises par rapport au nouveau viaduc, les dossiers d’enquête après les malfaçons de 2017, les comptes rendus des commissions intergouvernementales...

"Même l’étude géologique ne se trouvait pas dans les documents que la Dreal nous avait fournis. Nous avons dû le réclamer par l’intermédiaire d’avocats", poursuit-elle.

Précisant que ledit rapport est sans ambages: ses auteurs mettent en garde sur toute construction entre les vallons de Romanin et de La Ca. "C’est comme s’il y avait une moraine en dessous. On ne peut pas rester sans rien faire!"

 Là vient le deuxième vœu, cher à l’association depuis des années: miser sur le train pour assurer les trajets entre France et Italie. Ce qui permettrait de réviser sereinement le projet routier. "L’urgence climatique est là, et on ignore une ligne internationale qui se trouve sous notre nez…"

Ce que disent les rapports géologiques

Dans l’étude géologique du projet définitif, que REN a péniblement réussi à se procurer, il est clairement écrit que "la géomorphologie de la partie française se caractérise par des formes de reliefs particulièrement jeunes qui indiquent des traces d’une tectonique récente et même actuelle".

Et qu’il existe une anomalie morphologique dans le fossé entre la vallée de Romanin-La Ca, à l’ouest, et la vallée de la Cannelle, à l’est.

"Dans cette zone, la morphologie de la surface est perturbée par l’injection profonde d’anhydrite, à l’origine des désordres dans le tunnel actuel (soulèvement du revêtement de protection, pression dans le mur de soutènement)".

Le rapport évoque par ailleurs la présence d’une sismicité récente, et rappelle qu’un glissement de la rive gauche du Ca est survenu en 1983, nécessitant "la reconstruction d’une partie des virages en épingle de la route d’accès historique au Col de Tende".

Dans son rapport en date du 16 octobre 2020, le géologue italien Giorgio Martinotti n’y va pas de main morte. "L’ANAS était bien consciente que le côté droit de la vallée, à la sortie sud du tunnel, est sujet à d’importants glissements de terrain. L’ancienne route sinueuse qui monte au col de Tende a souffert au fil du temps", écrit-il. Notant qu’on observe de nombreuses variantes du tracé sur cet axe, dues aux glissements de terrain affectant la pente.

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