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L’activité de l’aviation légère de l'aéroport de Cannes-Mandelieu sera restreinte dès juin 2022

Bien que divisés, les acteurs du site de Cannes-Mandelieu ont tranché : l’activité de l’aviation légère sera restreinte dès juin 2022. Pour la trajectoire alternative des jets, il faudra attendre.

Pascal FIandino Publié le 28/12/2021 à 11:25, mis à jour le 28/12/2021 à 17:03
Pas de changement à court terme concernant l’activité des jets. Photos Patrice Lapoirie

Des associations et des usagers aux intérêts divergents, avec des élus "coincés" entre deux feux et l’État pour arbitre: on est toujours loin de l’entente cordiale autour de l’activité générée par l’aéroport Cannes-Mandelieu.

Embrouillamini résumé par Laid Bouzetit, président du syndicat d’initiative et de défense (Sid) de La Bocca: "On a voté contre [l’arrêté sur l’aviation légère] comme les usagers. Mais pour des raisons diamétralement opposées."

Jusqu’ici, rien de nouveau. Division qui n’a, cependant, pas rendu vaine la Commission consultative de l’environnement (CCE) du 8 décembre dernier. Et, à l’issue d’une réunion qui, Covid oblige, s’est tenue en visio, des décisions ont été prises. Dont une majeure.

Restrictions estivales pour l’aviation légère

Elle concerne l’aviation légère et, plus précisément, les tours de piste (atterrissages et décollages dans le cadre des formations). "L’arrêté a été adopté à la majorité, introduit la sous-préfète, Anne Frackowiak-Jacobs. À partir du 15 juin 2022, il y aura une réduction drastique de certains créneaux."

 

Durant la période estivale (15 juin - 15 septembre), les avions non basés à Cannes-Mandelieu n’auront quasiment plus voix au chapitre. Pour les "locaux", l’activité sera interdite les dimanches et jours fériés, de 12h à 15h. Décision loin d’être anodine, à l’heure des déjeuners en terrasse...

"Dès l’été 2023, ce sera encore plus drastique, prévient la sous-préfète. La classification Calipso entrera en vigueur." Elle divisera les avions en cinq catégories (A à D et non classés) selon le bruit émis.

Les mauvais élèves (D et non classés) n’auront quasiment plus le droit de voler. Ni en été, ni le reste de l’année. Du 15 juin au 15 septembre, les dimanches et jours fériés – on vient de l’écrire – personne ne pourra décoller entre 12h et 15h. Le reste de la journée, seules les catégories A et B seront autorisées. "On peut difficilement faire plus: seuls deux aéroports [Toussus-le-Noble et Toulouse-Lasbordes] en France sont aussi limités" assure-t-elle.

La "Nord-Ouest", ce n’est pas pour demain...

Place à l’autre point fort de cette CCE: la présentation de l’étude d’impact de la trajectoire Nord-Ouest pour les jets.

Censée soulager les riverains du bassin cannois, soumis à la VPT17, elle a soulevé une levée de boucliers en amont, dans le Pays grassois. "Objectivement, la nuisance se déplace en partie vers Grasse " concède Anne Frackowiak-Jacobs. Oui, mais... "Ce serait près de 7.500 foyers en moins [4.500 contre 12.000, en gros] qui seraient impactés."

 

Si certains élus ont déjà pris le taureau par les cornes pour trouver une alternative [lire plus loin], la décision est, désormais, entre les mains du Ministère des Transports. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas pour demain... "C’est une procédure très longue, ça prendre du temps, confirme la sous-préfète. De plus, elle n’est valable que pour certains types d’avions, équipés en système de guidage satellitaire [soit environ 10%]." Qui répète: "Ce n’est pas une trajectoire en plus, il y aura toujours le même nombre d’avions à Cannes-Mandelieu, l’aéroport n’est pas extensible..."

Une série d’arguments qui n’avaient pas convaincu, avant, les pourfendeurs de la "Nord-Ouest". Et qui ne les convaincra certainement pas après...

Pas fans de l’étude d’impact présentée, Michèle Tabarot et Jérôme Viaud... La députée de la 9e circonscription et le président de la CAPG jugent que "le tracé proposé et l’impact concret" de la Nord-Ouest "ne correspondent pas à la commande initiale." À savoir une nouvelle trajectoire qui "évite les habitations et concerne tous les avions pour une vraie amélioration de la qualité de vie." Pas un tracé "inefficace qui reporte et créé des nuisances sur de nouveaux foyers." Ce qu’ils attendent: "Le retour à un contrôle annuel du nombre de mouvements, des plages horaires de tranquillité élargies aux jets, des sanctions effectives et diligentes en cas de non-respect des trajectoires."

Décollages et atterrissages par la mer: "une alternative"

Du coup, pour ne plus dépendre "des données de l’aéroport et des administrations" et pour "proposer des alternatives crédibles", ils vont lancer une étude indépendante. Financée "par le Pays de Grasse et les communes et collectivités qui le souhaiteront", elle doit permettre "d’examiner toutes les voies d’amélioration." Dont les atterrissages et décollages par la mer, "solution plus directe et efficace que la trajectoire Nord-Ouest" soutient Michèle Tabarot. Qui serait "en parfaite cohérence avec le Schéma de cohérence territorial [Scot’Ouest] " rappelle son président, Jérôme Viaud.

Il y a celles impactées par l’arrêté sur l’aviation légère (Aucap, Sid La Bocca), par la trajectoire Nord-Ouest (ACDC Pays de Grasse, Adepte Nature, APEPG) et par les deux (ADNA). Tour d’horizon (non exhaustif) des associations présentes lors de la Commission consultative.

Laid Bouzetit, président du Sid La Bocca: "Il y a deux améliorations relativement significatives dans cet arrêté mais ce n’est pas suffisant, ça ne nous remet pas dans la configuration d’avant 2019. Les tours de piste à basse altitude représentent une nuisance et un vrai danger pour La Bocca. Et puis, nous avons eu dix minutes pour nous exprimer et voter, dans une visioconférence peu audible. Quant à la classification Calipso, elle devait être mise en place en 2020; maintenant, on parle de 2023..."

 

Nicolas Eynaud de Fay, président de l’Aucap: "C’est frustrant. Sur la forme, car ça a été très long et le dossier de l’arrêté a été abordé à la fin, rapidement. Il y a eu peu de débats. Sur le fond, la restriction nous paraît injustifiée, au vu des faits: baisse de l’activité de 20% depuis 10 ans, équipement en silencieux, engagement sur la formation des pilotes. Ça ne fait que repousser l’activité sur d’autres créneaux sans résoudre le problème. Calipso, sur le principe, c’est bien; mais dans la pratique, on sait que l’Aviation civile a des difficultés dans le classement des avions. On a peur de ne pas réussir à faire ça d’ici 2023, sans parler du coût induit."

Pierre Valet, membre d’Adepte Nature: "Nous avons eu une réunion post CCE avec l’ACDC et l’APEPG [basées à Grasse; Adepte est au Tignet] et nous sommes contre cette seconde étude d’impact de la DGAC, la même que la première, en gros. Elle ne prend pas en compte la notion de bruit émergeant fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Pour eux, ça n’a pas d’impact et ça fausse les calculs de populations touchées. Nous sommes d’accord avec l’étude indépendante évoquée par Jérôme Viaud, pour montrer la non-pertinence de cette trajectoire et surtout proposer une alternative."

Raymond Grinneiser, président de l’ADNA: "Même si ce n’est pas suffisant, on considère que l’arrêté va dans le bon sens. Sur les restrictions, pourquoi ne pas intégrer le samedi et réduire à ce point la période estivale? On aimerait, aussi, une commission indépendante pour juger de la dangerosité des tours de piste. Concernant la Nord-Ouest, l’étude est implacable: c’est un avantage considérable pour les riverains. On espère qu’elle sera adoptée par le Ministère des transports, on a écrit Jean-Baptiste Djebbari en ce sens. Même si, au départ, ça ne concerne que 10% des jets. L’approche satellitaire va se démocratiser au fil des ans."

Offre numérique MM+

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