Et si, comme dans cette métropole française, on payait les automobilistes pour qu'ils laissent leur voiture au garage?

Pour diminuer les embouteillages aux heures de pointe et faire baisser la pollution, la métropole de Lille expérimente depuis septembre une méthode originale: payer les automobilistes pour chaque trajet en voiture évité. On vous explique comment ça marche.

Aurélie Selvi - aselvi@nicematin.fr Publié le 12/11/2023 à 09:45, mis à jour le 10/11/2023 à 16:51
Pour limiter la circulation aux heures de pointe, et si Nice mettait en place un écobonus comme l'expérimente Lille? Photo Jean François Ottonello

Quel est le problème?

Dans la métropole lilloise, au 1,2 million d’habitants répartis sur 95 communes, près de 60% des déplacements se font en voiture. Parmi ces trajets, un flux important de pendulaires effectuant des allers-retours quotidiens pour se rendre au travail. A la clé: une congestion de certains axes autoroutiers aux heures de pointe. Et des conséquences en cascade.

En France, le trafic routier est responsable de 60% des émissions d’oxyde d'azote, 20% des émissions de particules fines et 30% des émissions de gaz à effet de serre. Concentrant fortement ces rejets, les embouteillages sont autant de petites bombes atmosphériques dans les agglomérations. Une pollution de l’air qui ricoche sur notre santé. Selon une étude de l’Agence pour la transition écologique, celle-ci est responsable de 40.000 décès chaque année en France.

Les embouteillages ont aussi un impact économique. Dans la métropole lilloise, un livre blanc, publié par la Chambre de commerce et d’industrie en 2015, pointait un "manque à gagner de 1,4 milliard d’euros par an" pour le territoire. "Le temps perdu par les automobilistes dans les embouteillages s’élève à 48 heures par an, c’est énorme", pointe Sébastien Leprêtre, vice-président chargé de la mobilité et des transports. A Nice, selon le baromètre de la société info-trafic Inrix, cette durée s'élevait en 2022 à 71 heures par an, classant la ville au 5e rang des communes françaises les plus touchées par le problème.

L'écobonus lillois, comment ça marche?

Depuis le 4 septembre, 3000 automobilistes volontaires, empruntant les autoroutes A1 et A23, ont été équipés d’une application capable de géolocaliser leur véhicule. Pendant 9 mois, chaque trajet évité entre 7h et 9h le matin et de 16h30 à 18h30 le soir leur vaut une rétribution de 2€, dans la limite de 80€ par mois. "Nous préférons inciter avec une carotte que dissuader avec un bâton, commente Sébastien Leprêtre. L’idée étant de déclencher des changements d’habitude, avec le recours à des solutions alternatives: télétravail, trajet décalé en dehors des heures de pointe, recours au TER, au covoiturage ou aux modes de transports doux", égraine l’élu.

Un concept directement inspiré d’une expérience menée aux Pays-Bas, dès 2006. A Rotterdam, le test avait ainsi concerné 12 000 participants et évité environ 4000 trajets journaliers aux heures de pointe, avance la société gestionnaire Egis dans un article du journal Le Monde. Et les bonnes habitudes se seraient pérennisées une fois le test achevé chez 50 à 80% des participants. Aux Pays-Bas, la solution avait été mise en place à l’aide de portiques, capables de repérer les plaques d’immatriculation des automobilistes.

A Lille, l’application mobile support du test permet aussi aux automobilistes de rentrer leur justificatifs de transports ou encore de signaler du covoiturage. "Des contrôles peuvent avoir lieu mais c’est très français de penser que les citoyens sont une horde de fraudeurs, de tricheurs. On fait le pari que ces testeurs sont dans une démarche positive, et donc honnêtes dans leur pratique", dixit le vice-président à la mobilité.

Combien ça coûte à la collectivité?

La métropole européenne de Lille a alloué une enveloppe de 9 millions d’euros à ce test. "Dont 2 millions pris en charge par des subventions européennes et le fonds vert de l’Etat", détaille l’élu. "C’est un choix politique. Mais, rapporté à notre budget global [près de 2 milliards d’euros], au manque à gagner généré par les embouteillages, à l’impact sur la santé et l’environnement, c’est significatif", argue Sébastien Leprêtre.

L’élu met aussi en exergue le gain de pouvoir d’achat pour les automobilistes, en pleine inflation. "Avec cette mesure, alors que l’essence est très chère, ils bénéficient d’un double gain : moins faire le plein et toucher l'écobonus", plaide-t-il.

Est-ce que ça fonctionne?

Il faudra attendre encore 7 mois pour avoir un bilan fin de l’expérience lilloise. "Nous avons néanmoins déjà des chiffres, à regarder avec précaution, faute du recul suffisant", nuance le vice-président à la mobilité.

Lors de la dernière mesure faite par les services de la métropole avant les vacances scolaires de la Toussaint (le bonus ne s’appliquant pas à ces périodes), l’objectif de réduction du trafic de 6% aux heures de pointe était rempli à environ 95% sur l’autoroute A1. Les testeurs déclaraient alors avoir opté à 43% pour du télétravail, à 33% pour du déshorage, 11% pour les transports en commun, 9% pour du covoiturage, le reste pour des modes de transports doux.

Si l'expérimentation lilloise s’avère concluante, la métropole la déploiera sur les axes qui relient le territoire à la Belgique et à Dunkerque. "Les collectivités ont le devoir de se risquer à expérimenter des solutions innovantes, quitte à constater que ça ne fonctionne pas. Ce qu’on peut reprocher à des élus, c'est de ne pas essayer", conclut Sébastien Leprêtre.

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