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INTERVIEW. Benoit Soles: "L'acteur est frustré, le citoyen réfléchit à ce qui se passe"

Mis à jour le 21/04/2020 à 21:46 Publié le 22/04/2020 à 16:33
Benoit Soles était en pleine tournée avec la pièce aux quatre Molières "La Machine de Turing".

Benoit Soles était en pleine tournée avec la pièce aux quatre Molières "La Machine de Turing". DR

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INTERVIEW. Benoit Soles: "L'acteur est frustré, le citoyen réfléchit à ce qui se passe"

Lauréat de 4 Molières pour la pièce "La Machine de Turing" en 2019, l'auteur et comédien était lancé dans une intense tournée. Impatient de retrouver les planches, il met à profit ce repos forcé.

Il aurait dû se retrouver en pleine virée internationale, aux états-Unis, au Liban ou en Polynésie française pour présenter son "bébé", La Machine de Turing, tant acclamé dans les salles françaises. Comme le film Imitation Game, mais avec des partis-pris et une sensibilité différente, il a mis en scène l’incroyable et tragique destin d’Alan Turing, ce mathématicien anglais ayant brisé le code Enigma, de l’armée allemande. Sa mission secrète accomplie, réduit au silence, il fut ensuite condamné pour homosexualité et se suicida. Avec brio, Benoit Solès a déjà campé ce rôle 450 fois.
Depuis la campagne girondine, pas si loin de son Lot-et-Garonne natal, avec sa meilleure amie également comédienne, il écrit, fait du sport. Et attend le jour où il pourra jouer à nouveau. "Rien que de vous en parler, j’en ai des frissons", lâche-t-il par téléphone. Il s’est aussi penché sur "l’après", de la société et des arts vivants, "sans pêcher par excès d’enthousiasme ou tomber dans le pessimisme".

Comment va Benoit Solès?
L’acteur est frustré, le citoyen réfléchit à ce qui se passe. Et l’auteur est peut-être le moins empêché. Je suis en train d’écrire ma nouvelle pièce. Je mets à profit tout ce qui nous arrive pour la nourrir. Le sujet le permet: je tourne autour du personnage de Jack London et je parle, entre autre, d’une notion d’enfermement. Je passe beaucoup d’heures à écrire. En revanche, je ne me force pas. En discutant avec des amis auteurs, je constate que cette sorte de vide leur coupe un peu les pattes. Heureusement j’échappe à ça.

Certains artistes sont en revanche très créatifs, avec les moyens du bord...
Oui, je vois mon copain Gautier Capuçon qui fait de très beaux directs. Jean-Baptiste Marcenac lit du Zola tous les soirs. Et mon partenaire dans La Machine de Turing, Amaury de Crayencourt, participe à des tournages de films en confinement. Malgré tout, à mes yeux, ça ne remplace pas le réel. Et heureusement. De tout temps, on s’est réuni, au coin du feu, épaule contre épaule, pour écouter une jolie histoire.

Pas tenté par une expérience en live ?
Pour l’instant, non. Pour garder une forme de lien avec le public, j’ai mis en ligne sur Youtube une captation de Cyrano de Bergerac qui n’avait jamais été vue (1). Cyrano appartient à tous les Français, c’est un monument national. Le personnage touche les gens à travers les époques. Quand j’étais petit, mon arrière-grand-mère me récitait par cœur des tirades. Je n’aurais jamais pensé jouer ce rôle, j’en ai été très heureux.

"J’ai l’impression d’être tombé d’un train en marche"

Quel effet cela vous a-t-il fait de stopper net votre activité ?
J’ai l’impression d’être tombé d’un train en marche. Une fois l’état de sidération passé, le cul par-terre, on s’interroge, on regarde où on en est. Cela appelle à réfléchir, au fonctionnement de notre société, à notre fonctionnement personnel. à des valeurs qu’on oublie un peu aussi. L’entraide, la solidarité, la famille...

Comment vous occupez-vous quand vous nécrivez pas ?
Je me retrouve en mesure d’observer un peu plus la nature. Je sais que c’est une chance. Sinon, je regarde des séries, comme Mindhunter, sur les origines du profilage, ou The Deuce, avec James Franco. Mais je prends le temps de la réflexion, de l’introspection.

Physiquement, vous êtes comme un sportif en manque ?
Clairement, j’étais engagé dans un marathon. Six représentations par semaine, dans des villes différentes. Quand le marathon s’arrête, on souffle, oui. Mais j’ai vraiment hâte de reprendre. En attendant, en respectant les règles, j’essaie de faire du sport. Dans ces moments, je me repasse aussi mon texte, d’ailleurs, ça me permet d’être dans un état de mise en mouvement du corps, comme sur scène.

"Je suis partagé entre la lucidité, l’inquiétude et un désir décuplé de revenir"

Quel est votre degré d’inquiétude pour le monde du spectacle ?
Je suis un peu dans la confusion. Des messages rassurants et d’autres moins nous parviennent. Je ne veux pas pêcher par excès d’enthousiasme ou tomber dans le pessimisme. Avec beaucoup de prudence, à la fin de l’été, j’espère reprendre au théâtre Michel, à Paris.

Mais dans quelles conditions ?
C’est vrai, on se demande tous comment on va repartir. Je suis partagé entre la lucidité, l’inquiétude et un désir décuplé de revenir avec des spectacles encore plus forts, encore plus porteurs de liens. J’espère qu’on va savoir vivre avec ce truc, que cette distanciation sociale ne créera pas de barrières affectives entre les gens. Même s’il faudra respecter, le temps qu’il faudra, de nouvelles règles.

Dans La Machine de Turing, il est question d’intelligence artificielle. Quelle est sa place dans une crise comme celle-ci ?
Turing a créé un cerveau mécanique pour comprendre le cerveau d’un homme. Les machines deviendront de plus en plus des médiateurs, des interlocuteurs, des outils. Je pense notamment aux aides pour la science et la médecine. Mais in fine, rien ne remplacera jamais l’homme.

1.Sur sa chaîne Youtube : youtube.com/user/benoitsoles1


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