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Sur scène à Anthéa avec "Mon grand appartement", Patrick Chesnais ne pense "jamais" à la retraite

A partir du 25 janvier et jusqu'au 1er février, Patrick Chesnais se produira à Anthéa, à Antibes, avec Mon Grand appartement. Un seul en scène qu'il retrouve avec délice, après l'avoir joué à plusieurs reprises. Le comédien a évoqué avec nous cette adaptation d'un roman de Christian Oster, tout en abordant ses nombreuses envies artistiques.

Jimmy Boursicot Publié le 24/01/2022 à 18:46, mis à jour le 24/01/2022 à 19:26
Le comédien Patrick Chesnais à l'Hôtel West End, à Nice, avant sa série de représentations à Anthéa, à Antibes. Photo J. B

Patrick Chesnais a toujours plusieurs casseroles sur le feu. C'était déjà le cas lors de notre précédente rencontre, en juillet dernier. Le comédien était de passage à Carros pour le Festival des mots. De Maupassant à Allais, il avait effectué une lecture de grands auteurs.

Quelques mois plus tard, il est encore question de littérature. Au théâtre Anthéa, à partir de ce mardi 25 janvier et jusqu'au mardi 1er février, le comédien va se replonger dans l'adaptation théâtrale de Mon grand appartement, roman pour lequel Christian Oster avait obtenu le prix Médicis en 1999.

Une belle aventure parmi tant d'autres pour celui qui fêtera ses 75 ans le 18 mars prochain. Et qui n'a nullement l'intention de ralentir la cadence.

Avant d'entamer sa série de représentations à Antibes, Patrick Chesnais nous attendait du côté de l'hôtel West End, à Nice. Autour d'une eau gazeuse, tranquille dans ses espadrilles, il a balayé avec nous tous les "chantiers" qui devraient se présenter à lui durant les prochains mois.

 

A Anthéa, vous êtes un peu comme chez vous...

Oui, c'est vrai que j'y ai beaucoup joué. C'est un peu une deuxième maison en province. On avait créé Le Souper et Tu te souviendras de moi, à chaque fois avec Daniel Benoin [le directeur d'Anthéa, ndlr] à la mise en scène. En 2018, j'avais aussi participé à un hommage à Pierre Desproges, avec Jugnot, Berléand, Zabou...

Dans Mon grand appartement, il y a un côté Woody Allen, le style d'écriture est très particulier, très drôle

Qu'est-ce qui vous a attiré dans Mon grand appartement quand vous l'avez découvert ?

Quand j'ai lu le livre, j'y ai été très sensible. Il y avait quelque chose qui me correspondait dans la façon de décrire les situations dramatiques. Il y avait un côté très théâtral, dans le bon sens du terme. C'est l'histoire d'un type un peu perdu, qui explique ses rapports avec les femmes. Le point de départ, c'est un mec qui se fait larguer par la fille qu'il aime. Il finit par tomber amoureux d'une autre, très enceinte. Il y a un côté Woody Allen, le style d'écriture est très particulier, très drôle. J'avais envie de reprendre Mon grand appartement depuis un moment. Le problème, c'est que je fais beaucoup de choses...

 

Vous aviez déjà fait plusieurs lectures de ce texte, à partir de 2015...

Oui, c'était Christian Oster qui m'avait proposé de faire un essai dans un événement, à Deauville. J'ai pu voir le potentiel face au public. Je crois que j'étais venu à Monaco [en décembre 2015], avec une formule où je faisais deux lectures le même soir, Mon grand appartement et la correspondance de Dostoïevski.

Le soir de l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016, vous jouiez Mon grand appartement à Saint-Martin-Vésubie. Quelles images vous reste-t-il de cette nuit ?

J'avais fini le spectacle, j'étais en train de dîner avec les organisateurs et le maire de Saint-Martin. Les infos ont commencé à tomber. On est vite repartis vers Nice. J'étais à l'hôtel Aston. C'est un souvenir très étrange. Des gens s'étaient réfugiés dans le hall, ils étaient hagards, on essayait d'aider comme on pouvait. Certains, malgré tout, me faisaient un sourire quand ils me reconnaissaient. Après, je suis allé sur mon balcon. Il dominait toute la ville, je me rappelle d'un silence impressionnant. A part les sirènes d'ambulances, il n'y avait plus un bruit. L'année d'après, j'étais revenu pour un hommage aux victimes. On avait lu des textes de Le Clézio. C'était une journée très particulière.

Photo J. B..

Avant cela, aviez-vous un lien particulier avec Nice ou la Côte d'Azur ?

Oh oui, j'en avais déjà, dans un registre plus léger. Je me rappelle d'une fois où j'étais venu en tournée avec Nathalie Baye. Ma fille Emilie, qui était toute petite, jouait avec Laura Smet sur la plage. Pour plaisanter, je lui dit d'arrêter de s'amuser et de lui lancer des cailloux. Le temps que je me retourne, elle était en train de le faire ! (il se marre) Tout le monde était affolé, Laura avait un coquard...

J'ai plein d'autres souvenirs sur la Côte. J'ai tourné avec Georges Lautner dans la région pendant deux mois, pour Triplex. C'était superbe. 

 

J'ai aussi créé Tartuffe au Théâtre national de Nice, que j'ai ensuite repris à Paris. Et on avait aussi tourné une partie de La Liste de mes envies au Negresco.

Au milieu d'un océan de défauts, j'ai peut-être une qualité, celle de bien lire

Revenons à Mon grand appartement. Comment abordez-vous cet exercice du seul en scène ?

Là, c'est une lecture. Au milieu d'un océan de défauts, j'ai peut-être une qualité, celle de bien lire. Là, j'essaie de faire oublier que je lis, j'incarne les personnages... L'idée, c'est de ne pas trop répéter, pour avoir le sentiment de se jeter à l'eau, de garder de la spontanéité. 

Comment se comporte-t-on face à un texte que l'on a laissé "reposer" quelques années ?

Soit j'apprends le texte au rasoir, pendant un mois ou deux, et c'est autre chose. Soit je continue dans cette inspiration du moment, du mot qui jaillit, du truc que j'ai envie de faire parvenir au public. C'est marrant, j'ai plus le trac maintenant qu'avant les premières dates. Ce n'est pas énorme non plus, mais il y a une petite pointe. Ce n'est pas désagréable, ça sort d'une routine quotidienne, dans laquelle on s'emmerde parfois.

Quand on est trop disponible, qu'on a trop de temps à perdre et qu'on est dans la rêverie, très vite, on est rattrapé par des choses qui fâchent

 

 

 

Un hyperactif comme vous trouve vraiment le moyen de s'emmerder ?

Bon, j'essaie, mais j'ai du mal. Je suis en train d'écrire un livre, qui s'appellera Lettres d'excuses. Parmi ces lettres, il y a en a une dédiée à l'ennui, justement. Quand on est trop disponible, qu'on a trop de temps à perdre et qu'on est dans la rêverie, très vite, on est rattrapé par des choses qui fâchent. Autour de la vie qui passe, de l'avenir, des gens qui sont morts [en 2006, le comédien a perdu son fils Ferdinand dans un accident de voiture]... Le fait d'être actif permet de regarder ailleurs.

L'été dernier, vous nous parliez de deux scénarios que vous aviez écrits. Ont-ils trouvé un écho auprès de producteurs ?

Ce n'est pas encore financé, mais un producteur est intéressé par mon adaptation de Dernier amour, un film italien de Dino Risi datant des années 1970. 

Le personnage principal est dans une maison de retraite pour acteurs. Il y rencontre une fille, c'est un road-movie amoureux, avec plusieurs étapes. Jusqu'à la rupture, qu'il vit très mal et qui marque la fin de tout pour lui. Mon producteur m'a fait remarquer que demander des sous à des décideurs pour parler d'un vieil hétéro, d'un boomer, qui s'amourache d'une fille de 18 ans, ce n'était pas super facile ! Moi, au contraire, je pense que ça peut être sulfureux, ça peut mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Pas la peine de vous demander si avez déjà pensé à la retraite ?

Ah non, jamais. Pour toutes les raisons dont je viens de vous parler, déjà. Je préfère l'action, l'effervescence. On joue, on créé avec les autres, on a parfois des conflits avec eux. Sans ça, on attend quoi ? La fin, c'est tout. Toutes mes passions tournent autour du domaine artistique. Je n'aime pas la pêche au gros, l'alpinisme ou le hockey sur glace !

Dans Lui, le film de Guillaume Canet dans lequel vous avez joué, celui-ci se livre d'une manière très personnelle, même si certains éléments sont purement fictifs. Pourriez-vous être tenté de faire de même ?

 

Là, c'était vraiment un film où il mettait sur la table ses fantasmes et ses démons. Moi, dans l'adaptation de Dino Risi, si elle voit le jour, vous verrez que je mets une part de moi autrement, avec mes interrogations sur la séduction et tout un tas de choses. Ce qui m'intéresse, c'est une histoire d'amour a priori impossible qui finit par exister, pour un temps. Mon premier film, Charmant garçon, tournait aussi autour de cette idée.

Une première ?

Presque. J'ai déjà tourné une fois dans un film en anglais, mais le personnage avait été supprimé au montage. Je pensais que c'était à cause de mon accent, mais le réalisateur m'avait dit que c'était vraiment lié à l'orientation de l'intrigue. Pourtant, quand je jouais, après chaque prise, il y avait un silence de mort. Je sentais qu'autour, l'équipe se disait : "Ah oui, quand même... C'est possible de parler anglais si mal ?"

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