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Mandine Guillaume, rêveuse du réel

Mis à jour le 27/11/2019 à 10:07 Publié le 02/12/2019 à 18:00
Mandine Guillaume devant l’une des jolies céramiques qui ornent le Lavoir théâtre, qu’elle dirige à Menton.

Mandine Guillaume devant l’une des jolies céramiques qui ornent le Lavoir théâtre, qu’elle dirige à Menton. Photo F.C.

Mandine Guillaume, rêveuse du réel

Directrice du Lavoir Théâtre, à Menton, metteur en scène de sa compagnie, Arnika, comédienne et auteur sur un voilier, la quadra nourrit des projets voyageurs, en prise avec les questions de territoire.

Elle ne s’y est pas trompée, la compagnie du Navire. Arrivée à bon port, la troupe de Claude Boué. Cap sur le Lavoir théâtre, àMenton, qui sera pour quelque temps son cadre de création.

"On est à la bourre qu’on n’en peut plus", lance le metteur en scène. Ils doivent plancher sur la création d’un spectacle, une adaptation d’un auteur italien jamais traduit encore.

Courts textes autour du crime. Et ça urge. En tunique noire à manches courtes alors qu’il fait frisquet, Mandine Guillaume s’active pour les accueillir.Elle propose un café. Dans un coin du foyer, il y a les mandarines de la présidente de l’association qui gère le théâtre. Ici, on sait recevoir.

"Je crois que le bonheur est quelque chose qui se partage", glisse la directrice du théâtre, artiste bienveillante.

"Je comprends les compagnies, je soutiens, je peux donner des tapes dans le dos..."

Alors elle ouvre aussi souvent que possible les portes de ce lieu qui l’a vu naître et qu’elle a vu naître en grand. Années quatre-vingt-dix.

"J’avais 16 ans. Déjà testé la voile, la danse, la musique, le cirque avant.Et je suis arrivée au théâtre. Ça a tout de suite été une évidence", pose-t-elle avec sa voix parfaitement placée.

"Voler ailleurs"

Le lavoir se transformait alors en théâtre.

"Je montais regarder l’avancement des travaux d’aménagement, je collais les affiches, je pliais les programmes. Et puis j’y ai joué, enseigné, grandi, j’y ai fait mes premières mises en scène… Et j’en suis partie pour ouvrir mes ailes, pour voler ailleurs."

Pas partir pour revenir. Ça n’aurait aucun sens. Mais quand le destin vient frapper à sa porte...

En 2007, le directeur du Lavoir est alors sur le départ.

"Il ne se passait plus grand-chose dans ce théâtre. Et les élèves avaient envie que ce lieu continue à vivre, retrace Mandine.

Ils sont allés voir le maire [les locaux du Lavoir théâtre sont municipaux, ndlr] avec un projet: monter une association et s’occuper de ce lieu dans lequel j’avais travaillé huit ans.

Les élèves connaissaient bien mon travail, ma manière de transmettre, de partager et ils se sont tournés vers moi et ma compagnie, Arnika, pour les assister sur le côté artistique et pédagogique de la tâche."

À son arrivée, Mandine "hérite" d’un spectacle déjà programmé par son prédécesseur. Grosse machine à rires. Genre Ma voisine est une... "Les 90 places de la salle étaient occupées. Les élèves m’ont dit “Mandine, c’est peut-être ça qu’il faut faire”. J’ai refusé."

Décrasser gentiment les esprits

Elle veut davantage pour le Lavoir. Décrasser (gentiment) les esprits. Inviter à réfléchir. Pas plus blanc que blanc. Mais dans toutes les couleurs, dans toutes les nuances de la scène. Fallait aussi que ça reste dans l’esprit "lavoir".

À l’ancienne. Manuel. Une scène dans lequel on voit les ficelles. "C’est ça qui est magique et dérisoire dans le théâtre, c’est qu’on se dit tous ensemble, on va y croire. C’est proche de l’enfance, du jeu. C’est une porte sur la créativité. J’aime que l’on voie les trucs, les ficelles. Et qu’on s’en émerveille quand même."

Alors, dans ce lieu exigeant – car situé sur les hauteurs de Menton, au beau milieu du Fossan, une route qui serpente et sur laquelle deux voitures se croisent difficilement – Mandine opte pour une programmation tout aussi pointilleuse. Avec six bénévoles – des élèves adultes qui l’entourent, des "amateurs, au sens noble de ceux qui aiment" – elle définit une ligne de programmation autour de l’écriture du réel, de la mise en scène, du travail de créativité contemporain.

Jeux de reflets : Mandine Guillaume face au miroir, et face à son portrait, qui tient le haut de l’affiche dans Don Juan, joué en 2001.
Jeux de reflets : Mandine Guillaume face au miroir, et face à son portrait, qui tient le haut de l’affiche dans Don Juan, joué en 2001. Photo F.C.

"On joue 80 % d’auteurs morts dans les théâtres en France, c’est quand même dommage", déplore la directrice.

Alors, la programmation rend hommage aux vivants. Dans un panel de genres très différents. Des récits de grands-mères, pendant la guerre, qui s’enrichissent au gré de la tournée (21 décembre), le grand orchestre de poche de la compagnie Gorgomar (7 février), Un nénuphar dans ma baignoire, le premier solo d’Emilie Pirdas, témoignage à fleur de peau autour de la bipolarité de son père (6 mars). Une plongée dans l’Espagne franquiste avec Ay Carmela ! (15 mai).

"c’est comme nager sans bouée"

Pour les spectacles – qui sont tous achetés par le théâtre, à un tarif unique, "un concept mutualiste mais qui assure néanmoins un fixe aux compagnies" –, le Lavoir vibre en moyenne une fois par mois.

"Ce qui laisse les salles souvent libres pour les résidences d’artistes ou pour les cours. On reçoit entre 70 et 80 élèves chaque année. De 4 à plus de 80 ans!", note Mandine.

Là encore, rien comme ailleurs. On ne donne pas de cours d’art dramatique au sens classique, mais des ateliers acteurs spectateurs. "Les élèves viennent voir les spectacles, on en parle ensuite."

Faire comme elle l’entend. Mandine Guillaume savoure ce petit luxe.

"Avoir un théâtre, ce n’était pas quelque chose que je visais particulièrement. Mais j’ai appris petit à petit. Et je réalise aujourd’hui combien c’est une chance. Au Lavoir, je suis à ma place.Ça ne m’a jamais empêché de travailler par ailleurs, de voyager. Menton est mon port d’attache, mon phare. Où que je sois, je sais que le Lavoir est là..."

Quand elle a repris le théâtre, en 2007, elle a d’ailleurs joué sur scène son carnet de voyage dans les Balkans. "C’était mon premier projet d’écriture du réel. On n’appelait pas ça comme ça à l’époque.Même si ça bruissait déjà. On me disait : “mais tu racontes ta vie, où as-tu vu ça?”"

Mandine sur scène, dans Une goutte à la mer, avec Émilien Urbach.
Mandine sur scène, dans Une goutte à la mer, avec Émilien Urbach. Photo JFO

Précurseure, autonome, elle avait alors couru après l’horizon pour faire passer des frontières à des marionnettes, entre la France, la Bosnie, la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie, L’Égypte, Israël et la Palestine.

Auprès de réfugiés, d’handicapés, d’orphelins, elle a trimballé pendant deux ans sa valise à histoires. Électron libre. Sans crainte aucune de voyager. Ni là.Ni en partant plusieurs mois en voilier, jouer dans les ports de naufragés.

"Je ne veux pas avoir peur. La course en solitaire, c’est impressionnant au début, c’est comme nager sans bouée pour la première fois. Puis après, on est dans le grand bain, lâchée, en toute liberté…"

Une goutte d’eau à la mer, spectacle embarqué en hommage aux sauveteurs

En août 2016, Mandine Guillaume et son compagnon Émilien Urbach, journaliste à L’Humanité et à la tête de la compagnie Sîn, lancent le processus "C’est la Goutte d’eau", en embarquant à bord de l’Aquarius, bateau de SOS Méditerranée, dédié au sauvetage des réfugiés au large de la Libye.

Pendant trois semaines, ils posent leurs regards sur cet équipage. Ils leur proposent d’envoyer un message à la mer Méditerranée. Sauveteurs, médecins, sages-femmes, matelots, machinistes, cuisiniers, humanitaires… tous mettent la main à la plume.

Leurs messages sont envoyés, dans des bouteilles, dans les eaux internationales. Le travail d’écriture continue, se nourrissant peu à peu des autres expériences de Mandine et Émilien à la frontière franco-italienne, dans le bidonville de Calais, sur les îles grecques de Lesbos, aux Comores, en Guyane, au Soudan, en Sicile, autour de l’idée centrale de la solidarité et de ceux qui la font vivre.

De ces expériences naît un spectacle : Une goutte d’eau à la mer, hommage aux sauveteurs des mers et d’ailleurs. La pièce est jouée sur "l’Hétérotope", voilier de 12 mètres, dédié au spectacle, le public à quai.

À son bord, les deux auteurs, accompagnés de Pierre-Alain Manoni, comédien et skipper et de Yasmina Farber, réalisatrice, qui immortalisera ces instants. La pièce en mouvement chantée, parlée, dans laquelle se mêlent le Français, l’Italien et le Grec tourne de mai à août 2018, de Port-de-Bouc à Lesbos, en Grèce, en passant par l’Italie et notamment les ports de Palerme et Catane.

Elle raconte l’histoire d’un couple de plaisanciers, au large de l’île de Lampedusa. La femme est enceinte et sur le point d’accoucher. Ils appellent à l’aide. Nous sommes le 3 octobre 2013, au moment même du premier naufrage de Lampedusa qui coûta la vie à 366 exilés.

Les secours en mer sont débordés et personne ne vient en aide au couple de futurs parents. Ils se retrouvent bloqués, sur un ponton au bord de la Méditerranée. Leur bébé, lui, refuse de venir au monde. Tous les jours, l’homme repart en mer et ramène des bouteilles. Elles contiennent les alertes et les espoirs de ceux qui les ont envoyés...

Une autre forme théâtrale, Éclaboussure, solo joué à terre par Mandine, découlera encore de ce processus créatif.

Aujourd’hui, le bateau est amarré au port de Sète, où il sert de résidence d’artistes. Il inspire encore Mandine qui forge un projet de création autour des femmes et de la mer. À venir, d’ici deux ou trois ans.

Rens. https://cestlagouttedeau.wordpress.com/

Mandine Guillaume
Mandine Guillaume Photo F.C.

Son parcours


23 mai 1977
Naissance à Menton. Mandine est son vrai prénom, pas un nom de scène. "Je n’aurais pas été capable de m’inventer un aussi joli prénom… Merci papa et maman!", sourit-elle.
Elle effectue sa scolarité au collège Maurois puis au lycée Curie. Elle étudie ensuite les arts du spectacle à l’université de Nice, campus Carlone.

1995
Inauguration de l’ancien lavoir du Fossan transformé en théâtre.Mandine y est élève dès le commencement. Rapidement, elle devient agent culturel et prof de théâtre aulavoir. Elle partira ensuite et montera sa propre compagnie, Arnika.

2007
Le directeur du Lavoir théâtre part. Mandine reprend les rênes, avec une poignée de bénévoles, de ce lieu dont les locaux appartiennent à la municipalité.

Savoir+
Le théâtre se situe au 63 boulevard du Fossan à Menton.
Rens. 04.93.41.41.55.
lavoirtheatre.org
Tarifs des spectacles : entre 7 et 15 euros.

Pour se rendre aux spectacles, il est conseillé d’utiliser la navette mise en place spécialement par la compagnie Zest (départ de la gare routière de Menton à 20 h).

 


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