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Malaises dans le public, spectatrice évacuée... Au Festival d'Aix, le public tétanisé par la mise en scène d'un charnier

Enorme choc à l'ouverture du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence lundi: l'iconoclaste Romeo Castellucci a créé le malaise avec la mise en scène d'une fosse commune qui a pris une résonance particulière avec la guerre en Ukraine.

AFP Publié le 05/07/2022 à 14:36, mis à jour le 05/07/2022 à 14:37
Enorme choc à l'ouverture du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence lundi. Photo DR / Twitter / Orchestre de Paris

Pendant une heure et demie, de faux cadavres sont déterrés de la terre boueuse qui recouvre le plateau. Des spectateurs sont pris de malaise et une femme a été évacuée de la salle.

L'artiste italien, qui n'a jamais reculé devant aucune expérimentation et qui a été applaudi et hué à la fin de la soirée, indique dans la note d'intention que cette installation, accompagnée de la symphonie n°2 de Mahler, "Résurrection", a été "conçue un an avant le déclenchement" du conflit.

"Cette action scénique a la singulière infortune de contenir des images qui semblent être une évocation directe des fosses de Boutcha, des fosses de Marioupol, résonnant comme une atroce prophétie", dit-il.

 

Sur l'immense scène du Stadium de Vitrolles - lieu abandonné depuis 20 ans et remis à neuf, à une vingtaine de kilomètres d'Aix - des tonnes de boue recouvrent le plateau. A l'arrière-scène, deux encadrements de porte donnent sur l'extérieur du bâtiment.

C'est par là que va entrer un (vrai) cheval blanc qui va renifler le sol, imperturbable face aux 1.500 spectateurs. Castellucci avait déjà utilisé des animaux vivants sur scène (un bœuf charolais dans l'opéra "Moïse et Aaron" en 2015 à l'Opéra de Paris).

Le propriétaire du cheval vient le chercher avant de faire la découverte macabre: les restes d'un corps humain.

On voit venir de l'extérieur des fourgonnettes frappées du sigle du Haut Commissariat pour les réfugiés.

Pendant plus d'une heure, des experts, en combinaison blanche, masqués et gantés, déterrent, presque imperturbablement, plus d'une centaine de faux cadavres, dont ceux d'enfants et de foetus, ainsi que des vêtements en lambeaux. L'odeur de la terre parvient même jusqu'au public.

 

La musique de Mahler, qui alterne entre beauté transcendante et puissance menaçante, adoucit un rien cette vision cauchemardesque qui devient insoutenable quand l'Orchestre de Paris, dirigé par Esa-Pekka Salonen, fait de courtes pauses.

"Résurrection" est plus une performance qu'une mise en scène. Le seul côté théâtral intervient vers la fin, lorsqu'une experte, visiblement marquée, continue de creuser la terre alors que tous les corps ont été déjà transportés.

Pour ceux qui ont le cœur bien accroché, une représentation sera retransmise en direct le 13 juillet sur Arte Concert.

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