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"L’histoire importe plus que mon jeu", Guillaume Gallienne sur la scène d'Anthéa jusqu'à dimanche

Sur la scène d’Anthéa, jusqu’au dimanche 21 novembre, le sociétaire de la Comédie-Française est saint François d’Assise et une trentaine de personnages. Un seul en scène magistral et drôle, mené tambour battant par le comédien aux deux Molières et quatre César.

Rafael Perrot Publié le 18/11/2021 à 16:02, mis à jour le 18/11/2021 à 16:04
Guillaume Gallienne. Photo Franz Chavaroche

Jusqu’au 21 novembre à Anthéa, à Antibes, seul en scène avec François, le saint jongleur, Guillaume Gallienne raconte saint François d’Assise. Sans décor ni robe de bure mais tout en justesse, en gestuelle et inflexion, celui qui est toujours à l’affiche du dernier Wes Anderson déroule, ici, la vie de cet homme d’un autre siècle. Se glissant dans une nouvelle traduction de cette pièce de l’Italien Dario Fo, le 513e sociétaire de la Comédie-Française se régale. Et nous avec. Pourtant, une heure quinze de monologue sur un pèlerin du XIIIe siècle, ça pourrait en effrayer plus d’un.

Saint François, communiste et écolo

"François d’Assise, c’est un original. Si on est curieux non, ce n’est pas ennuyeux. Alors, vu par Dario Fo! Fo, c’est un communiste, Nobel de littérature en 1997 pour son souci des pauvres, de l’égalité. Là, il essaie, en gros, de nous expliquer que saint François est le premier communiste de notre histoire! Ce qui n’est pas vraiment le cas mais…", s’enthousiasme le comédien dans l’hôtel antibois où, entre deux représentations, il travaille à l’écriture d’un nouveau projet.

"Je trouve que c’est intéressant de jouer ça aujourd’hui, ça m’évoque la théologie de la libération de Gutiérrez, [un mouvement, ndlr] né au XXe en Amérique du Sud qui dit que l’église devrait s’intéresser aux ‘‘non-personnes’’ et ne plus pactiser ni avec l’argent ni avec les états. Il y a aujourd’hui de plus en plus de gens qui se sentent ‘‘non-personnes’’, inscrites nulle part, dans aucune statistique, dans rien. C’est un peu intello peut-être, mais c’est ce à quoi je me raccroche. Je ne suis pas du tout communiste mais, le souci des gens qui ne se sentent inscrits nulle part, c’est une vraie réflexion, je crois. Et puis, c’est un vrai écolo, saint François."

Ce Saint jongleur, le natif de Neuilly-sur-Seine deux fois Moliérisé, l’avait créé en 2006 avec la Comédie-Française.

 

"Les reprises, c’est agréable. Les choses se sont déposées, on a grandi avec, note l’acteur de 49 ans. Le spectacle n’est pas le même. J’ai moins à prouver, je suis moins démonstratif, peut-être plus profond. Avant, je soulignais pas mal, ma mère me disait: ‘‘Arrête de nous prouver que t’es le rôle, on s’en fout!’’ J’ai mis du temps à me débarrasser de ça, je ne me sentais pas légitime, faut dire…"

Avec les mots de Dario Fo, Gallienne exulte. "Ce n’est pas un truc pour érudits non plus. C’est truculent! Parfois, je fais juste un petit croquis, parfois plus. Ce qui est génial, c’est que l’histoire est plus importante que mon jeu. Je me place en conteur et, même si je signifie avec un geste, une voix, les gens ne sortent pas en disant: ‘‘ Oh la la, quel virtuose’’, il n’y a pas ce commentaire qui m’embête."

Le seul en scène à plusieurs personnages pourtant, pourrait bien ressembler à une leçon de jeu. Surtout quand on a, comme Guillaume Gallienne, raflé un Molière (en 2010) et quatre César (en 2014) avec Guillaume et les garçons, à table! pièce et film dans lesquels il jouait même sa propre mère. Dans ce François, il est tour à tour le narrateur, le saint et une trentaine de personnages croisés sur sa route. Magistral. Mais ça ne suffit pas, insiste-t-il. "a peut réduire à la virtuosité et j’essaie de gommer ça au maximum, ça me saoule. Parce que ça devient habile, on ne voit pas l’âme, ce n’est que du métier, du savoir-faire… C’est affreux! Alors je réduis et je me mets presque en position d’improvisation." Antinomique, quand on défend les textes classiques ? "Non, ça peut aller ensemble! Regardez chez Molière, il y avait plein de lazzi (1), ça fait partie de la tradition de la commedia dell’arte, et c’est pile l’origine de Dario Fo aussi."

"J’aime bien croire"

D’après Gallienne, ce Saint jongleur est une "œuvre bavarde, enthousiaste et parfois un peu naïve. Exactement comme moi", précisait-il dans la présentation. "Je suis très naïf, confirme le comédien. Je m’emballe tellement… J’ai une curiosité des gens, des choses, je plonge, j’y vais. J’ai presque l’impression que je suis là pour ça, qu’il faut que j’emmagasine. J’aime bien croire! Je crois au départ." Comme saint François d’Assise ? "Oh non, je ne suis pas comme lui. Déjà, il a accepté d’être pauvre, moi non. Tant qu’on ne l’est pas, on ne peut pas savoir."

1. Plaisanteries burlesques.

 

Jeudi 18 novembre à 20h30, vendredi 19 à 21h, samedi 20 à 16h et 21h, dimanche 21 à 17h. Anthéa, à Antibes. Tarifs: 35 euros, réduits 18 à 25 euros. Rens. 04.83.76.13.00.

Offre numérique MM+

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