Le Collectif 8 présente "L’Orestie" et donne ses nouvelles dates

La troupe basée à Anthéa, à Antibes, adapte la trilogie athénienne d’Eschyle avec l’appui de la vidéo. En la faisant résonner avec des enjeux contemporains.

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Jimmy Boursicot Publié le 06/01/2023 à 16:45, mis à jour le 06/01/2023 à 14:16
Photo Frédéric Pasquini

Après une première représentation pour le grand public mercredi et une autre pour les scolaires hier, Collectif 8 proposera quatorze autres dates de L’Orestie à Anthéa à Antibes, d’ici le 20 janvier. Avec son complice Paulo Correia, chargé de la mise en scène et de la création vidéo, Gaële Boghossian a choisi d’adapter l’œuvre testament d’Eschyle, comportant trois tragédies: Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides.

Primée en 458 avant notre ère, lors des Grandes Dionysies d’Athènes, cette histoire est celles des Atrides, une famille frappée par les meurtres et l’inceste. Sur les planches, Gaële Boghossian incarne Clytemnestre. Épouse du roi de Mycènes, Agamemnon, elle est la mère d’Oreste, Électre et Iphigénie. Cette dernière sera sacrifiée par Agamemnon. Rongée par la perte de sa fille, Clytemnestre entretiendra une relation adultère avec Égisthe et fomentera sa vengeance. Quand Agamemnon reviendra de la guerre de Troie, elle et Égisthe l’égorgeront. Avant d’être tués à leur tour par Oreste, dont le matricide sera absous par les Athéniens.

À la sauce Collectif 8, ce récit dense devient fluide, sans perdre sa portée émotionnelle. Avec l’appui de la vidéoprojection et une approche assez "rock" des textes d’Eschyle, la tragédie antique prend des allures de série, avec un réel dynamisme.

Un fil avec l’actualité

On demande à Gaële Boghossian ce qui l’a poussée à vouloir adapter L’Orestie. "Je suis très poreuse à l’actualité. Quand je suis frappée de plein fouet, je cherche un texte qui fait écho à ça, sans qu’il l’aborde frontalement. J’ai envie de passer par la bande. Je préfère laisser le public faire le lien et se poser des questions."

La cofondatrice de Collectif 8s’est plongée dans cette histoire après le retour des Talibans au pouvoir en Afghanistan.

"Je me suis dit que du jour au lendemain, on pourrait enlever aux femmes leur place dans la société. Elle n’est pas si stable, même s’il y a beaucoup d’avancées. J’ai aussi été heurtée par la série La Servante écarlate [une dystopie où les relations femmes-hommes sont régies par des règles très strictes, avec un pouvoir totalement aux mains des hommes, ndlr]. Ensuite, je me suis remémoré l’histoire de Jacqueline Sauvage, qui m’avait marquée. Et puis beaucoup de féminicides."

Un regard sur la justice

Outre la place des femmes dans la société, cette tragédie se penche aussi sur la nature de la justice. Dans Les Euménides, Eschyle décrit un procès sur la colline de l’Aréopage dont le fonctionnement semble peu équitable. Outre la remise en question de la composition du jury, le fait qu’Athéna décide d’acquitter Oreste, alors que le verdict annonçait une stricte égalité des voix, était pointé du doigt. "J’avais envie de parler de tout ça. Je pense que la justice et ses verdicts sont genrés. On ne juge pas une femme comme un homme", estime Gaële Boghossian. Qui apprécie la manière dont le dramaturge grec avait dépeint Clytemnestre.

"C’est le seul auteur à lui avoir rendu son histoire globale. Chez les autres, c’était seulement la méchante, sans circonstances atténuantes. Là, on sait qu’elle a vécu des horreurs et on voit jusqu’où elle est allée avec ce parcours."

> L’Orestie. Vendredi 6, samedi 7, mercredi 11, vendredi 13, samedi 14 et mercredi 18 janvier, à 21h. Et mardi 10, jeudi 19 et mardi 17 janvier, à 20h30. Théâtre Anthéa, à Antibes. Tarifs: de 12 à 27 euros. Rens. 04.83.76.13.00. anthea-antibes.fr

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