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La pièce aux quatre Molières, "La Machine de Turing", en tournée sur la Côte d'Azur

Mis à jour le 12/12/2019 à 10:46 Publié le 16/12/2019 à 09:00
Amaury de Crayencour et Benoit Solès.

Amaury de Crayencour et Benoit Solès. Photo Fabienne Rappeneau

La pièce aux quatre Molières, "La Machine de Turing", en tournée sur la Côte d'Azur

Récompensée par quatre Molières, la pièce "La Machine de Turing" passe par Fréjus, Mougins, Vallauris et Monaco. Son auteur et acteur, Benoit Solès, nous explique pourquoi il s’est attaché à ce personnage de mathématicien hors du commun, ancré dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de l’informatique.

Tout aurait pu s’arrêter avant même d’avoir commencé. Lorsqu’il tombe sur un article narrant l’existence d’Alan Turing, autour de 2008, Benoit Solès ne savait pas que ce mathématicien britannique ayant joué un rôle crucial dans la création de l’ordinateur et le décryptage de la machine Enigma, qui renfermait les codes secrets de la marine allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, inspirerait Hollywood.

"Quand j’ai appris qu’un film allait voir le jour, j’ai tout laissé tomber. Parce que le cinéma est un rouleau compresseur", se rappelle le natif du Lot-et-Garonne.

Réalisé par Morten Tyldum, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle principal, Imitation Game sort en 2014. Benoit Solès apprécie le long-métrage et la performance d’acteur.

"Mais j’ai été surpris par le traitement réservé au personnage. Il est abordé comme un dandy un peu austère, très enfermé dans son monde mathématique, alors qu’il me semblait qu’il était extraverti, curieux, drôle, très sympathique. Et il ne cachait pas son homosexualité, alors que le film semblait un peu embarrassé par cette question."

Sous un autre jour

En profitant de la liberté de ton du théâtre, il s’imagine capable de montrer d’autres facettes du personnage. Il s’appuie sur une biographie et une première pièce anglaise, "plus académique", datant des années 1980.

"Son" Turing est "un peu plus extraverti, plus curieux, plus fou, peut-être plus sympa aussi. Je n’invente rien, je crois qu’il était vraiment comme ça. Il est aussi plus bègue, plus autiste, plus gay. Toutes ces composantes le rendent plus attachant. L’injustice qu’il subit est encore plus insupportable."

L’injustice en question, c’est ce procès du début des années 1950, à l’issue duquel Turing, inculpé pour "indécence manifeste et perversion sexuelle" sera contraint de choisir entre la prison et la castration chimique. Jamais remis de ce traumatisme, il se suicidera en 1954, en avalant une pomme gorgée de cyanure.

Benoit Solès incarne donc Alan Turing sur les planches. Il estime avoir "travaillé pour aller vers lui". "Je ne suis pas un scientifique et encore moins un génie. J’ai voulu aborder Turing par son enfance, ses fragilités…

Comme il était marathonien, j’ai perdu quinze kilos pour avoir cette silhouette sèche. Et aussi pour trouver une forme de déséquilibre. Car Turing était assez maladroit avec son corps."

Après Avignon, la déferlante

Les amis, metteurs en scène et producteurs, auxquels il a fait lire son texte ont été enthousiastes. En 2018, direction Avignon et son festival off pour un premier test grandeur nature. Enfin, façon de parler.

"On se produisait au Théâtre Actuel, qui a déjà une belle renommée. Mais dans la jungle du off, on n’était qu’un spectacle parmi des milliers. Puis, très vite, il s’est passé quelque chose. À la fin de la première semaine, on avait des articles dans la presse nationale et le public faisait une standing-ovation après chaque représentation.

Le bouche-à-oreille s’est enflammé. Après Avignon, sept théâtres privés voulaient reprendre le spectacle. On a décidé d’aller au théâtre Michel, à Paris. On a su aussi qu’une tournée défiant un peu tous les records était en train de se préparer", détaille le comédien, accompagné par Amaury de Crayencour, un partenaire sollicité pour jouer trois autres personnages.

"Au départ, ce triple emploi était clairement lié à une contrainte économique. Mais c’est totalement justifiable que ces trois personnages aient le même visage. Turing revit sa vie, mais il la conte aussi au public. Il revoit trois hommes qui ont été décisifs dans son existence. Le flic est issu de la middle class, il est affectif. L’amant est un garçon de classe populaire, très instinctif. Et le mathématicien est un bourgeois cérébral."

Durant l’année 2019, la machine s’est sérieusement emballée. Plébiscitée par le public, bientôt adaptée dans plusieurs pays étrangers, la pièce a également été saluée par la profession.

Lors de la dernière cérémonie des Molières, en mai, elle a remporté quatre prix (meilleur spectacle dans un théâtre privé, meilleur comédien et meilleur auteur francophone pour Benoît Solès et meilleur metteur en scène pour Tristan Petitgirard).

Après tant d’honneurs, le danger de ne plus toucher terre est réel. Benoit Solès le sait bien et reste vigilant. "Avec un tel rôle, le risque est de surjouer. C’est un challenge quotidien. Peut-être encore plus au bout de la trois-centième représentation, quand on veut en faire un peu plus pour éviter de s’ennuyer et se remettre en danger. Là, le regard du metteur en scène et celui du partenaire sont importants."

Désireux de connaître le ressenti du public, Benoit Solès va à sa rencontre chaque soir après le baisser de rideau. "Certains spectateurs ont des questions, d’autres ont envie de partager leur émotion. Je croise des gens qui se sentent différents et qui me disent que la pièce leur a donné de la force. Ou d’autres qui ont l’impression d’avoir stigmatisé quelqu’un autour d’eux et qui sont bousculés dans leurs certitudes. Il y a une dimension sociétale, pédagogique et même un peu militante dans ce spectacle, que je revendique fortement."


La Machine de Turing.
Mardi 26 novembre. Théâtre Le Forum, à Fréjus. Complet.
Mercredi 27 novembre. Scène 55, à Mougins. Complet.
Vendredi 29 novembre, à 20h30. Le Minotaure, à Vallauris. Tarifs : 20€, réduit 15€. Rens. 04.97.21.61.05. vallauris-golfe-juan.fr
Lundi 16 décembre (complet) et mardi 17 décembre, à 20h30. Théâtre Princesse-Grace, à Monaco. Tarifs: 22€, réduit 15€.
 www.tpgmonaco.mc


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