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INTERVIEW. Sa carrière, la place des femmes, son image, l'antisémitisme... Mathilda May s'est confiée

Mis à jour le 15/03/2019 à 18:00 Publié le 22/03/2019 à 09:00
Mathilda May.

Mathilda May. Photo Dylan Meiffret

INTERVIEW. Sa carrière, la place des femmes, son image, l'antisémitisme... Mathilda May s'est confiée

Jurée du récent Monte Carlo Film Festival de la comédie, aux côtés d’Emir Kusturica, Mathilda May était à son affaire, elle qui n’aime rien tant que rire... Au cinéma, comme à la ville! Sur scène aussi d’ailleurs, où on la verra à Grasse, le 27 avril. La comédienne est à la une de notre magazine Week-End ce vendredi.

On a rarement vu jurée aussi épanouie au Festival de la comédie de Monte Carlo. Mathilda May y a passé une semaine de rêve, la banane aux lèvres.
Copinant dès le premier jour, pas le moins du monde impressionnée, avec son président –le grand Emir Kusturica–, papotant avec les autres membres du jury, taillant la bavette en italien avec les paparazzis et ne loupant surtout aucune projection.
Toujours aussi belle et altière, sous son casque de cheveux noir de jais, l’actrice du Cri du hibou, de La Passerelle et de Trois places pour le 26, rayonne depuis qu’elle ne se contente plus d’être belle et de jouer, mais écrit aussi et met en scène.
En attendant de la revoir sur scène à Grasse fin avril, aux côtés de Pascal Demolon, dans La Guerre des Rose ou dans les coulisses de son dernier spectacle, Le Banquet, qu’elle accompagne dans toute la France, Mathilda nous a parlé de son goût pour la comédie et a accepté de jeter un regard dans le rétroviseur, alors qu’elle préfère de beaucoup regarder devant elle…

On ne vous savait pas aussi férue de comédie…
En fait, j’adore ça. La comédie est une mise à distance de la réalité qui permet d’accepter le réel et de le transcender de la plus belle façon qui soit.
Elle permet de dire des choses qu’on ne pourrait pas dire autrement. C’est aussi un moyen de se rapprocher les uns des autres.
Quoi de plus beau qu’une salle de cinéma où tout le monde rit ensemble?
Hélas, ce n’est pas un genre très valorisé en France. Les artistes de comédie ont du mal à être pris au sérieux alors qu’ils ont souvent un spectre de jeu très large.
C’est un genre qui demande beaucoup de rythme et de musicalité.

Comment se fait-il que vous en ayez fait si peu, au final?
On ne m’en proposait pas, tout simplement. Probablement à cause de mon physique.
J’en ai conçu une grande frustration comme comédienne, alors que dans la vie je déconne beaucoup. Je me marre tout le temps, le rire est essentiel pour moi.
Mais comme j’étais un peu coincée à vingt ans et que j’avais peur de déplaire, je ne l’exprimais pas.
J’étais mal dans ma peau et, bien sûr, ça n’a pas aidé.
Avec le temps, j’ai appris à mieux me connaître, à m’accepter davantage. J’ai travaillé sur moi, je me suis apaisée et comme ce qu’on me proposait ne correspondait pas à ma nature profonde je me suis écrit un spectacle : Plus si affinité.
Une pure comédie qu’on a jouée pendant trois ans avec Pascal Légitimus. Ça m’a transformée.
Je me souviens encore de la première fois où j’ai entendu les gens éclater de rire dans la salle.
J’étais paniquée, car je pensais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, que j’avais oublié de boutonner ma chemise ou quelque chose de ce genre.
Pascal l’a vu dans mon regard et il était mort de rire…

"À la base, je voulais être danseuse. J’ai commencé à jouer la comédie un peu par hasard"

Deux autres spectacles comiques ont suivi : Open Space et Le Banquet. Du sans paroles, à l’écriture très originale…
Le succès du premier m’a confirmé que c’est par là que je devais aller. Mais il fallait encore que je trouve mon propre langage.
C’est ce qu’il y a de plus dur pour un artiste.
Le mien est constitué de plein d’autres choses que les mots: c’est un langage corporel, organique, qui se base sur le ressenti et cherche à créer une relation directe avec le spectateur, sans les béquilles habituelles des mots. Un langage connecté directement au ressenti.
De la même manière que quand on ferme les yeux on entend mieux, je me suis dit que sans les mots on pourrait peut-être ressentir mieux.
Quelque part, il me fallait retourner à la danse, qui a été mon premier métier. Les différentes disciplines que j’ai pratiquées, la musique, la danse, l’écriture, tout cela s’est réuni dans mes spectacles.
C’est devenu mon langage.

Plus que le cinéma?
Devenir actrice n’était pas un choix délibéré. À la base, je voulais être danseuse. J’ai commencé à jouer la comédie un peu par hasard.
Ça m’a permis de faire de belles rencontres, comme celle avec Claude Chabrol, mais ça n’a pas été un chemin pavé de roses.
J’ai souvent été malheureuse sur les plateaux. Comme j’étais docile et disciplinée, j’ai supporté des choses qu’aujourd’hui je n’accepterais plus.

Mathilda May.
Mathilda May. Photo Dylan Meiffret

Le mouvement de libération de la parole des femmes a dû résonner fortement pour vous?
Je me suis surtout rendu compte à quel point on a affaire à cela au quotidien. Il n’y a pas une journée où on ne se dit pas qu’on va être menacée d’une manière ou d’une autre, quel que soit son métier.
L’avantage, avec le cinéma, c’est que ça ne dure que le temps d’une production ou d’un tournage.
Je pense à celles qui doivent endurer ça dans leur travail à longueur d’années…
C’est bien pire que pour les actrices.

Si votre fille avait voulu faire du cinéma, l’en auriez-vous dissuadée?
J’ai l’impression que cette génération est mieux armée que la nôtre pour se défendre. Le statut des femmes évolue de génération en génération.
Ma mère a d’abord été “la femme de” car mon père était connu comme écrivain. Moi, je n’ai été “la femme de” personne. Pour ma fille, la question ne se pose même plus…

Et pour vous, si c’était à refaire?
Je gagnerai du temps! Je n’attendrai plus si longtemps que le téléphone sonne.
Je passerai plus vite à l’écriture et à la mise en scène. Mon statut d’actrice m’en a empêchée trop longtemps.

"Je n’ai pas pris grand soin de ma carrière d’actrice. J’ai laissé passer de belles occasions."

Votre plus grand regret?
Ne pas avoir fait Marche à l’ombre, que Michel Blanc m’avait proposé. C’était un rôle de danseuse et j’aurais aimé avoir des images de moi en train de danser dans un film.
Comme on m’avait d’abord proposé un autre film, j’ai dit que je ne pourrai pas faire Marche à l’ombre, sans me poser la question de ce que je préférais faire.
C’était typique de ma façon de fonctionner à l’époque: je laissais les choses se faire toutes seules. Je n’ai pas pris grand soin de ma carrière d’actrice.
Ce qui explique, sans doute, qu’au final je n’ai pas eu de grands rôles. J’ai laissé passer de belles occasions.
Mais si j’avais mieux géré ma carrière, je n’aurais pas eu de frustrations et je ne serai pas devenue auteur et metteur en scène.
Il y a des frustrations et des échecs utiles: c’est ce que je dis dans ma biographie [V.O, parue chez Plon, ndlr] et dans les master class que j’anime.
J’explique à quel point tout est utile, y compris les échecs qui parfois n’en sont pas.

À quoi aspirez-vous, aujourd’hui?
Mes rêves sont plus dans une expression de mise en scène, y compris au cinéma si je trouve une histoire qui s’y prête, que de rôles. J’ai plus envie d’être comprise que regardée.
Le fait d’être regardée comme je l’ai été, a longtemps constitué un frein. Faire travailler des comédiens, dans les troupes que je crée pour mes spectacles est une expérience extrêmement enrichissante.
Je crois profondément qu’une des clés du bonheur, c’est d’être porté par un projet plus grand que soi, de devoir s’émuler pour y arriver ensemble.
Il n’y a pas de mots pour décrire la joie que ça procure de se surpasser pour créer un spectacle en équipe: on devient tous meilleurs à la fin…
Et quand je remonte sur scène comme actrice, j’y retrouve encore plus de plaisir.

"Il y a toujours eu des vagues d’antisémitisme. Ce qui change aujourd’hui, c’est la libération d’une parole nauséabonde"

Vous dites dans votre livre combien la musique est importante pour vous. Pourquoi ne pas avoir persévéré dans cette voie?
J’ai vaguement cherché des projets, mais rien ne s’est concrétisé. Je chante de temps en temps avec des copains qui ont un groupe et j’adore ça.
Mais dans la famille, c’est mon fils, Jules, qui est le musicien. Il a son propre groupe.
Je vis entourée de musiciens.

Venant d’une famille juive, la résurgence de l’antisémitisme vous inquiète-t-elle?
Il y a toujours eu des vagues d’antisémitisme. Ce qui change aujourd’hui, c’est la libération d’une parole nauséabonde à cause de l’anonymat d’Internet, qui crée cette possibilité.
Il n’y a plus de filtres.
Il faut urgemment cadrer tout cela, car ça influe sur le réel.
À force de laisser dire des choses inadmissibles, on finit par les laisser faire. J’ai l’impression que les réseaux sociaux créent plus de repli que de lien.
On y est entre soi, on se choisit par affinités, il n’y a pas de rencontre fortuite, de confrontation d’idées.
On matche avec ceux qui pensent comme nous. Un jour, on découvre qu’il circule dans d’autres cercles des idées dangereuses et on tombe des nues…


Mathilda May dans La Guerre des Rose.
Samedi 27 avril, à 20 h. Théâtre de Grasse.
Tarifs: 38€, réduit 34€ et 19€.
Rens. 04.93.40.53.00. www.theatredegrasse.com


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