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INTERVIEW. Catherine Ceylac: "Je pense qu’il y a une pénurie d’émissions culturelles"

Mis à jour le 13/02/2020 à 13:45 Publié le 21/02/2020 à 09:00
"C’est une fête de penser que des gens prennent leur voiture, le tram, pour venir vous voir."

"C’est une fête de penser que des gens prennent leur voiture, le tram, pour venir vous voir." Photo Eric Matheron Balay Flammarion

INTERVIEW. Catherine Ceylac: "Je pense qu’il y a une pénurie d’émissions culturelles"

La journaliste vient de publier "À l’amour, à la vie", un recueil de témoignages de personnalités. Elle a également pris les commandes de "Conversation intime", un nouveau rendez-vous en public au Théâtre national de Nice. Elle y recevra Carole Bouquet ce mardi 25 février. En attendant, elle est à la une du magazine Week-end.

Pendant plus de vingt ans, elle a accompagné nos réveils du week-end avec Thé ou café, sur France 2. À la présentation de ce rendez-vous confidences depuis 1996, Catherine Ceylac a pourtant plié bagage en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire fin 2018, France Télévisions ayant décidé d’arrêter l’émission.

"Je crois que le fait d’être seul, en tête à tête avec un invité pendant quarante minutes, ça n’existe plus. Aujourd’hui, il y a des chroniqueurs, on fait le show. Moi, je faisais l’inverse, j’allais plus loin", résume la journaliste. Mais un an plus tard, à soixante-cinq ans, la Rennaise qui a commencé toute jeune à la télé bretonne, ne s’est pas fait prier pour profiter de cette liberté retrouvée.

Catherine Ceylac a sorti en octobre dernier À l’amour, à la vie, un recueil de témoignages de personnalités sur le sentiment amoureux. Après avoir publié À la vie à la mort, l’année précédente, évoquant le deuil sur le même principe.

Elle vient aussi de répondre à l’invitation de Muriel Mayette-Holtz, nouvelle directrice du Théâtre national de Nice (TNN), pour mener une Conversation intime une fois par mois, gratuitement et en public, avec un comédien. "Ces rendez-vous allient la rencontre et la scène, mes deux passions, et le public, que je ne connaissais pas encore", s’enthousiasme Catherine Cognet, son vrai patronyme, qui se rêvait comédienne avant de faire carrière sur la télé publique sous le nom de Ceylac.

"Je ne voulais porter le nom ni d’un père ni d’un mari… Mon nom vient du théâtre. Je donnais la réplique à ma sœur dans L’Apollon de Bellac de Giraudoux, et j’ai toujours pensé que si j’avais besoin d’un pseudonyme un jour, je changerai Bellac en Ceylac!" Voilà donc Catherine Ceylac sur scène, à Nice. Et c’est au lendemain de sa première Conversation intime, avec Jacques Weber fin janvier, qu’elle nous reçoit, ravie de parler de sa nouvelle vie.

Votre longue carrière télé s’est arrêtée brutalement. Sans regret?
Sur le moment, je vous aurais dit que j’avais un gros pincement au cœur. Un an après, j’ai trouvé un autre équilibre, d’autres activités auxquelles je n’avais jamais pensé.

Ces rencontres à Nice, les livres, une exposition de peintures à Rennes, la ville où j’ai grandi, avec mes sœurs, j’écris aussi pour Gala. Finalement je continue à faire mes entretiens avec des personnalités… sans caméra!

Toujours pas de projet télé?
J’ai eu des propositions qui ne m’agréent pas, parce que je ne veux pas faire un sous-Thé ou café. S’il y a projet, il faut que ce soit une émission élégante, avec un décor, qu’on prenne le temps, or la télévision maintenant est à l’économie.

"J’aimerais retrouver un support plus artisanal."

Vous avez, paraît-il, envie de travailler sur les réseaux sociaux?
Tout à fait, c’est l’avenir. On ne s’est pas rendu compte, sur les chaînes historiques, que les réseaux sociaux offraient une telle flexibilité, une telle indépendance. Ça, ça me plaît.

Sur France Télévisions, sur TF1, il y a maintenant des conseillers de programme qui contrôlent, qui demandent de couper certaines choses. Ce n’est pas comme ça que je vois mon métier. J’aimerais retrouver un support plus artisanal.

Qu’est-ce que vous pensez des émissions comme Une ambition intime, sur M6?
C’est très bien. Plus y aura de l’intime à la télé, mieux ce sera. Aujourd’hui, sur les chaînes d’info en particulier, c’est très binaire. Il faut le gentil, le méchant, c’est de la philosophie de comptoir et c’est dommage. 

Je crois qu’une personnalité peut aussi apporter un message. Parmi les 1800 invités que j’ai reçus, la plupart ont eu une enfance difficile, blessée, ont été des cancres, ont été marginalisés… Et j’ai toujours pensé que cela pouvait avoir une valeur d’exemplarité pour ceux qui nous regardaient. Ça, on ne l’obtient pas avec du clash. On obtient plus dans la douceur et l’empathie.

Vous avez provoqué des moments de télé, mais pas de buzz?
Il y a eu, oui, de vrais moments d’émotion sur Thé ou café, quand François Cluzet dit qu’il ne pardonnera jamais à Bertrand Cantat d’avoir tué la mère de son fils par exemple.

Il y a eu des aspérités mais ce n’était pas ce que je cherchais. Aujourd’hui, quand on produit une émission, on a la charge de buzzer pour que ce soit repris… C’est devenu une fierté de savoir qu’un propos va être repris, peu importe qu’il soit sorti de son contexte. Je trouve ça malsain.

"Je me sens plus forte aujourd’hui grâce aux entretiens que j’ai pu avoir."

L’intime est le point commun à vos émissions, livres, ces rendez-vous au TNN. Qu’est-ce qui vous plaît tant là-dedans?
Comprendre comment fonctionne l’autre. Et m’en nourrir. L’empathie sert à soi finalement, c’est assez égoïste! Je me sens plus forte aujourd’hui grâce aux entretiens que j’ai pu avoir. Grâce à la confiance que mes interlocuteurs m’ont accordée. Regardez dans le livre, comme les témoins se sont abandonnés.

Peut-on tout demander à quelqu’un?
Tout dépend comment. Je crois que toute question peut être posée, mais qu’il faut choisir ses mots…

Et où se situerait l’impudeur?
Là où l’on devient vulgaire. C’est-à-dire quand on appuie là où ça fait mal. Si la personne botte en touche, inutile d’insister. La télé, maintenant, est très agressive, je crois qu’on n’obtient rien et que c’est un mauvais exemple. J’ai fait toute ma carrière dans le service public et je crois qu’il doit avoir, lui aussi, une valeur d’exemple.

Vous insistez sur le service public. C’est important?
J’y suis très attachée. C’est comme l’hôpital ou l’éducation nationale pour moi. C’est une mission. Une mission pédagogique, de distraction aussi, mais avec une notion qualitative. Il faut qu’il y ait du sens, de la profondeur.

Donne-t-on assez de moyens aux chaînes du service public?
Non. Je pense qu’il y a effectivement une pénurie d’émissions culturelles. La culture est délaissée au profit de la fiction, et la fiction coûte cher.

Pourtant, il ne faut pas oublier que c’est la culture qui permet de s’élever. Stupéfiant! s’est arrêté, d’autres émissions du même genre aussi, c’est un problème.

"Je recherche des expériences exaltantes !"

Au théâtre à Nice, vous menez vos entretiens en public. Qu’est-ce que cela change?
C’est formidable! Le public apporte une appréhension supplémentaire. Sur un plateau télé, on arrive chez soi, sur scène, on a les respirations, les yeux, l’énergie bonne ou mauvaise… C’est intimidant mais, comme je recherche des expériences exaltantes, cela m’a beaucoup plu!

La comédie est votre première passion. Doit-on s’attendre à vous voir dans des pièces sur scène?
Oui, j’ai deux projets! Le premier, c’est une lecture à deux, sur une histoire assez dramatique. Et puis un autre, que je coécris, dans lequel je serai seule en scène.

Vous commencez fort…
Il faut que je rattrape le temps perdu! C’était vraiment le métier que je voulais exercer au départ. Un des plus beaux qui soit. C’est une fête de penser que des gens prennent leur voiture, le tram, pour venir vous voir. Je trouve cela extraordinaire à l’heure des réseaux sociaux et des écrans.

Il y a une recherche de lien, de reconnaissance, là-dedans?
C’est vrai, bien sûr. Et puis, il y a une frustration… Pendant trente ans, le contact avec le public s’est fait à travers les caméras, c’est facile mais c’est froid. On ne sait pas réellement à qui on s’adresse.

Au TNN, dans vos livres, vous interrogez des artistes, pas de politiques. Pourtant vous aimez ça, la première de Thé ou café avait d’ailleurs été consacrée à un politicien...
Tout à fait, André Santini! J’ai reçu François Hollande deux fois, Nicolas Sarkozy, Valéry Giscard d’Estaing, des leaders syndicaux…

Mais j’ai quand même une aspiration plus grande pour les artistes, ceux qui ont ça dans les tripes, les écorchés vifs. Les politiques auraient répondu sur le deuil ou l’amour, mais ils se cachent trop, ils sont avant tout des communicants, ils l’étaient moins quand j’ai commencé! Ça empêche de connaître la vraie personne, sa vérité.

"On se dissimule derrière les questions mais on ne se cache pas complètement."

Vous préférez poser les questions ou y répondre?
Je préfère mille fois poser les questions! Je pense néanmoins que lorsqu’on interviewe les gens, surtout d’une manière intime comme je le fais, cela révèle un peu de sa propre personnalité. On se dissimule derrière les questions mais on ne se cache pas complètement.

Si l’on se dévoile dans ses questions, pourquoi avoir choisi d’interroger des personnalités sur le deuil et l’amour dans vos livres?
Ce n’est pas innocent… Le deuil, c’est parce que mes parents sont décédés à trois mois d’intervalle, en 2015, et ça a été un grand choc. Ils avaient plus de quatre-vingt-dix ans, je me croyais préparée et, je me suis retrouvée orpheline en trois mois, à un âge certain, mais cela m’a bouleversée. J’ai eu besoin d’entendre les autres en parler. Cela m’a beaucoup apaisée et j’ai pensé que les lecteurs pourraient l’être aussi.

Pour l’amour, j’avais envie de parler d’un sujet plus lumineux, qu’on connaît tous! Illusions, première véritable histoire, amours toxiques… J’ai voulu que cela corresponde à ce que l’on peut avoir en soi. L’exemple, encore. Si on a ce rôle-là, on n’aura pas perdu notre temps.

Quelle place pour l’amour chez vous?
J’ai un amour au long cours! [Son compagnon est le journaliste Claude Sérillon, ndlr] On s’est rencontrés en 1984, on a une vie joyeuse et complice, je crois beaucoup à la complicité et à la liberté de chacun. Nous, on fait le même métier, mais il ne faut surtout pas mêler les carrières et la vie publique.

Est-ce difficile, l’amour, quand on est tous les deux célèbres?
Pour vivre heureux, vivons cachés! Ça a été notre posture jusqu’à présent et ça le sera jusqu’au bout. Moins on s’expose, plus on garde le mystère, et le mystère d’un couple, c’est aussi ce qui l’unit. C’est important de garder son jardin secret.

Paradoxal quand on explore celui des autres…
(rires) J’en suis bien consciente. Mais je leur demande leur consentement!


Catherine Ceylac, Conversation intime.
Mardi 25 février avec Carole Bouquet.
Mardi 31 mars avec Claude Lelouch.
Lundi 27 avril avec Laurent Lafitte.
à 1 h30. Théâtre national de Nice.
Gratuit sur réservation.
Rens. 04.93.13.19.00. www.tnn.fr


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