INTERVIEW. Bientôt à Antibes avec "Le Vertige Marilyn", Isabelle Adjani nous parle de son rapport à l'icône Monroe

Marquée par le destin de l’icône hollywoodienne depuis longtemps, Isabelle Adjani se lance dans un dialogue imaginaire avec elle au Théâtre Anthéa, à Antibes, les 4 et 5 janvier, dans "Le Vertige Marilyn". Un spectacle à la forme atypique qu'elle a évoqué dans le détail avec nous.

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Jimmy Boursicot Publié le 21/12/2022 à 17:59, mis à jour le 21/12/2022 à 18:00
Isabelle Adjani dans "Le Vertige Marilyn". Photo Magali Bragard

Quatre dates parisiennes à la Maison de la poésie, puis quelques autres au Théâtre de l’Atelier. Un crochet par le Festival de Ramatuelle avant de bifurquer par celui de Lacoste et de s’offrir une escapade vénitienne.

En 2022, l’année marquant les soixante ans de la disparition de Marilyn Monroe, assister à une représentation du Vertige Marilyn aura été un privilège rare.

Tout comme interroger Isabelle Adjani à ce sujet. Après une belle série de rebondissements, l’actrice a accepté de se livrer longuement par téléphone.

Imaginé par son ami Olivier Steiner, ce spectacle s’appuie sur la dernière interview donnée par Norma Jean Baker, alias Marilyn Monroe, deux jours avant son décès par overdose de barbituriques, à 36 ans. Mais aussi sur des extraits d’entretiens donnés par Adjani ou encore un poème de Pasolini.

"L’imaginaire du public est sollicité, c’est lui qui fait exister quelque chose d’elle à travers moi. Je suis un peu comme une journaliste embarquée, une sorte d’avatar qui l’accompagne. Je lui adresse la parole comme à une sœur, aussi. Et je m’appuie sur elle pour me questionner", nous explique la comédienne au téléphone, depuis les États-Unis.

Dans un décor conçu par le plasticien Emmanuel Lagarrigue, Isabelle Adjani peut laisser percer son talent, entre ombre et lumière.

"Ce n’est ni une pièce de théâtre à proprement dit, ni une lecture ou une lecture performée. C’est autre chose, une proposition insolite". Que l’on a hâte de découvrir.

Pour ce spectacle, Dior a confectionné à Isabelle Adjani une robe identique à celle portée par Marilyn Monroe durant son dernier shooting. Photo Jean-Daniel Lorieux.

Pourquoi avoir choisi de donner si peu de représentations ?

On s’offre le luxe de traiter ça comme un objet rare. On aime bien jouer dans de beaux théâtres ou des endroits chargés d’histoire. Il y a des fantômes sur scène, on ne peut pas prendre rendez-vous avec eux tous les soirs !

À quoi peut s’attendre le public ?

Il y a quelque chose de l’ordre de l’invisible dans cette rencontre entre l’animal, le souffle de Marilyn, à travers des évocations et la façon dont on établit la biographie de ses derniers jours. Il arrive que l’on choisisse d’autres passages, parmi ce que j’ai pu dire ou ce qu’elle a pu dire, puisque c’est une espèce de conversation imaginaire, qui s’appuie sur des faits. J’aime bien qu’il y ait de l’inattendu.

De quelle manière Marilyn a surgi dans votre vie ?

J’entendais mes parents parler de son union avec Arthur Miller. Ils prétendaient qu’il lui avait fait du mal, je me demandais ce qu’était cette histoire. J’ai commencé à m’intéresser à elle à travers cela, j’ai fait le chemin à l’envers. Au bout d’un moment, je l’ai regardée autrement dans les films. Je me demandais toujours qui était la personne derrière le personnage superficiel, qui brillait de mille feux. Il y a beaucoup de films où elle est extrêmement touchante. Son jeu, qu’on l’aime ou pas, était unique.

Votre regard sur elle évolue encore ?

On n’arrête pas de découvrir des choses sur Marilyn. On se rend compte qu’on ne la connaissait pas si bien que cela. On ne savait pas qu’elle écrivait des poèmes et d’autres textes. On rencontre un esprit, pas seulement l’image d’un corps qui a ensorcelé plusieurs générations. Ce qui me touche chez elle, c’est la partie de sa vie où elle n’était pas encore Marilyn. Quand elle était Norma Jean, cette enfant qui passait de foyer en foyer, pas aimée. Toute sa vie, elle a cherché cet amour.

Que vous évoque son destin de star ?

Quand elle est devenue Marilyn, l’effort qu’elle a dû faire pour supporter de rester une star, avec tout ce que cela comporte comme contraintes, comme blessures, comme difficultés d’être comprise sur le plan humain, m’émeut aussi. Dans ses interviews, on se rend compte qu’elle cherchait vraiment à être comprise et aimée pour elle-même. Évidemment, plus son rayonnement embarquait le public, moins c’était possible. Elle était prise dans un piège géant.

Vous, vous avez fui la surexposition...

On paie toujours le prix quand on cherche à préserver un espace qu’on ne vous accorde pas. Quand il fallait choisir entre faire un film et rester auprès de mes parents ou de mon frère qui étaient malades, il n’y avait pas d’hésitation. Cela ne fait pas de moi une sainte. Cela fait de moi celle que je suis, c’est tout. Je considère que c’est mon humanité. Et cela me rend capable de transmettre cette humanité à mes personnages, au cinéma ou au théâtre.

Qu’avez-vous ressenti en replongeant dans vos anciennes interviews ?

C’est un peu particulier. Parfois, ça amène beaucoup d’émotion. C’est comme si je me dénudais. Beaucoup de gens m’ont dit que cela leur avait permis de faire réellement connaissance avec moi. Être actrice, c’est être une surface de projection. On ne peut pas échapper aux fantasmes. Ce n’est pas agréable de devoir expliquer, justifier. Mais ça fait partie de notre condition. Mais bon, j’ai eu une éducation où le sens du secret et la discrétion étaient privilégiés. Ma tendance naturelle n’était pas d’aller me raconter à tort et à travers. Cela a pu prendre des années.

Si vous le pouviez, quel message adresseriez-vous à la Marilyn de 36 ans ?

"On t’aime, tu as raison de croire en toi, autrement que les autres te voient. Si la vie, ou Dieu, le veut, tu seras celle que tu veux être devant les autres. Pour leur donner ce que toi, tu veux leur donner. Et non pas ce qu’ils veulent te prendre."
C’est ce qu’elle voulait faire. Elle devait se remarier avec Joe DiMaggio, dire tout ce qu’elle avait à dire sur les Kennedy, Sinatra... Elle avait décidé de vivre sa propre vie, de ne plus appartenir aux studios ni aux magouilles politiciennes ou aux sadiques de service.

Manteau en peau retournée, robe Dior, les atours d’une grande

Isabelle Adjani n’a évidemment jamais rencontré Marilyn Monroe. Mais un premier signe avait déjà réuni les deux femmes avant ce spectacle.

Pour une séance photo, le photographe américain Richard Avedon lui avait fait revêtir une veste en peau retournée, dans laquelle il avait déjà immortalisé Monroe.

"Il y avait une dimension un peu sacrée. Je me retrouvais à porter un vêtement qui avait touché le corps de cette femme incroyable. Quand je revois les photos de cette séance, je me dis qu’il y avait une liberté physique qui devait ressembler à celle de Marilyn dans cette veste."

Dans Le Vertige Marilyn, l’actrice arbore une robe noire signée Dior, réplique parfaite de celle de l’Américaine durant son dernier shooting, six semaines avant sa disparition (devenu culte sous le nom de The Last Sitting), pour le magazine Vogue.

"Cette robe a été confectionnée par Dior spécialement pour moi. Elle représente aussi la solennité vers laquelle Marilyn voulait aller, en quittant les tenues trop collantes et sexy. Cette robe, elle est juste belle. Il y a un dos très nu, mais rien qui ne cherche à séduire, à dévoiler le corps."

En novembre, pour Madame Figaro, puis en décembre, lors des British Fashion Awards, Isabelle Adjani est apparue avec les cheveux blonds. Métamorphose en cours ?

"J’aime être blonde de temps en temps. On fait ce qu’on veut avec sa tête ! Mais sur scène, je reste brune, je ne cherche pas du tout à copier Marilyn, ce serait ridicule."

  • Le 4 janvier à 20 h 30 et le 5 janvier à 20 h. Théâtre Anthéa, à Antibes. Tarifs : de 28 à 67 euros. Rens. 04.83.76.13.00. et anthea-antibes.fr

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