"Il était capital que je retourne à Paris": les confidences d'Anthéa Sogno, directrice du Théâtre des Muses à Monaco

À la tête du Théâtre des Muses, Anthéa Sogno se produit actuellement sur la scène parisienne du Lucernaire. Et le succès est au rendez-vous pour la Monégasque…

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Joelle Deviras Publié le 06/10/2022 à 13:50, mis à jour le 06/10/2022 à 13:52
La Monégasque Anthéa Sogno joue Sacha Guitry intime à Paris jusqu’au 16 octobre. Photo DR

Pas de trêve estivale pour Anthéa Sogno. La directrice du Théâtre des Muses, également et d’abord comédienne, a joué Sacha Guitry intime en Avignon et fait un succès actuellement sur les planches du Lucernaire à Paris, où elle est depuis le 31 août et jusqu’au 16 octobre. Au total, 41 représentations où la Monégasque est seule en scène. Un véritable marathon d’où elle reviendra fin octobre pour présenter la saison 2022-2023 de son écrin du boulevard du Jardin exotique qui fête cette année ses dix ans d’existence.

Sur les réseaux sociaux et dans la presse parisienne, votre spectacle est l’un des coups de cœur des amateurs de théâtre. Guitry indémodable?
Les spectateurs donnent effectivement la note maximale sur les sites internet, même sur les réseaux sociaux d’amateurs avertis. Les critiques sont extraordinaires, aussi bien dans le Figaro que L’Humanité.

À Paris, vous retrouvez vos premières amours théâtrales…
J’y ai joué vingt ans; à raison de 150 à 200 représentations chaque année. Depuis la création du Théâtre des Muses, c’est la première fois que je pars si longtemps de Monaco. J’ai choisi cette période, juste avant l’ouverture de saison. Il était capital que je retourne à Paris. C’est parce que je suis comédienne, parce que j’appartiens à la grande famille du théâtre, que les comédiens acceptent de venir jusqu’au Théâtre des Muses. Ils se rendent d’abord chez leur amie dont ils connaissent le travail. Je tisse une relation unique avec chaque compagnie. Je propose à certaines des résidences dans mon théâtre en Avignon La condition des soies ; ce qui les encourage ensuite à venir jouer dans mon petit théâtre monégasque. Je mets tout ce que j’ai pour que tout revienne à Monaco.

Guitry est le fil rouge de votre carrière ; de votre cœur aussi. Vous ne vous en lassez jamais?
Non, jamais ! Je trouve toujours quelque chose de nouveau. Pour me mettre en condition tous les jours, j’écoute dans ma voiture un enregistrement d’une de ses pièces. Et je perçois jusqu’à ses moindres intonations ; et ça me touche. C’était un homme d’une immense sensibilité. Comme le dit sa secrétaire Fernande Choisel que j’incarne dans mon spectacle, tout son jeu le préservait de s’exposer lui-même. Il luttait contre sa timidité, insatisfait qu’il était de son physique. Il doutait de son pouvoir de séduction. Il avait besoin de compenser par sa classe absolue.

 

Rencontrez-vous des spectateurs monégasques à Paris?
Oui, certains sont venus me voir. Je les ai vus au premier rang. C’est très émouvant…

Jouer la secrétaire particulière de Guitry mais également quelques-unes ses amantes, n’est-ce pas comme être toutes les femmes de Sacha en même temps?
Le spectacle est venu de là! Laquelle aurais-je préféré être?... Ce spectacle me permet d’être toutes ses femmes. C’est mon premier seul en scène. C’est ça qui est magnifique dans ce projet.

Vous avez une relation presque mystique avec Sacha Guitry…
J’ai vraiment l’impression que le gradin du Lucernaire c’est comme un escalier qui mène au paradis. D’ailleurs, la salle s’appelle « Salle du Paradis ». C’est complètement mystique, oui.

Certains jugent Guitry démodé aujourd’hui…
Guitry est en train de passer dans les mailles du filet de l’histoire. Il est le Molière du XXe siècle. Il y a aujourd’hui un révisionnisme. Guitry, c’est le charme, la délicatesse, l’amour. On en a fait un misogyne; accentué par le mouvement "Me too". Et le voilà mis de côté par la nouvelle génération qui ne fait pas cas du passé, donnant l’impression que tout commence avec elle.

Jouerez-vous cette pièce durant cette saison à Monaco?
Bien sûr, nous allons la reprendre! Une pièce, c’est quelque chose qui mûrit.

 

Dix ans de théâtre en Principauté, vous en tirez quel bilan?
Ça a été un énorme tour de force, un miracle de chaque jour. Je constate que la dégradation du théâtre à Paris, avec la politique de la ville de Paris qui a tout fait pour empêcher les Franciliens de venir en voiture, la peur de la covid et l’évolution du streaming freinent les gens qui sortent beaucoup moins. Quand je vois les scores que l’on a faits encore l’année derrière au Théâtre des Muses, certes par un acharnement quotidien, j’ai le sentiment d’avoir participé à la survie du théâtre en Principauté, y compris dans le domaine de l’éducation des jeunes et les cours pour les adultes. C’est un projet total. Ils sont comme aspirés par la spirale théâtre qui embellit la vie. Bien évidemment, j’ai fait tout cela au détriment de ma carrière d’actrice.

Savoir+
Sacha Guitry intime, Théâtre du Lucernaire à Paris (VIe), jusqu’au 16 octobre. Du mardi au samedi à 21 heures; 17h30 le dimanche.
Tarifs: de 10 à 28 euros.
Présentations de la nouvelle saison du Théâtre des Muses, du 20 au 23 octobre et du 3 au 6 novembre, à 20 heures; 16h30 le dimanche.
Entrée gratuite.
Mail: reservations@theatredesmuses.com

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