Rubriques




Se connecter à

Arditi et Russo, en scène contre les clichés au théâtre Princesse-Grace

Les deux comédiens ont rempli le théâtre Princesse-Grace avec la pièce « L'être ou pas » de Jean-Claude Grumberg. Une œuvre moderne qui étrille les idées reçues sur les juifs, et l'influence d'internet

Ludovic Mercier Publié le 28/09/2017 à 05:11, mis à jour le 28/09/2017 à 11:38
Daniel Russo et Pierre Arditi, deux comédiens qui n'ont pas peur de faire rire de tout, même de l'antisémitisme. Photo Michael Alesi

L'être ou pas, ça ne dépend pas forcément de vous. Mais parfois si. C'est en deux mots c'est que Pierre Arditi tente de faire comprendre à Daniel Russo au sujet de sa judaïté.

Arditi campe un juif athée. De culture plus que de confession, dont les grands-parents sont morts à Auschwitz, mais qui ne se préoccupe pas du shabbat et "adore la cochonnaille et la charcutaille".

Il a pour voisin Daniel Russo. Un type un peu bas de plafond, flanqué d'une épouse boulimique d'internet, qui le tanne pour qu'il lui donne toutes les réponses qu'elle ne trouve pas sur le réseau. Et puisqu'il ne sait pas, il interpelle son voisin sur le palier.

Jeter une lumière

Toute la pièce se déroule dans l'escalier blanc installé au milieu de la scène. Et si on ne comprend pas trop bien comment Arditi parvient à ne pas balancer son voisin une volée de marches plus bas, on se réjouit de ping-pongs verbaux. Même s'ils imposent un rythme intense qui explique le temps réduit de la prestation (1 h 15).

 

Tous les clichés y passent : de l'aide que les juifs ne s'accordent qu'entre eux, à l'affection présumée pour les banques. De la confusion entre nationalité et confession à la responsabilité dans le conflit israélo-palestinien. Tout, on vous dit. Tout y passe. Jusqu'au port du couvre-chef et la circoncision. Comme pour faire le tour de la question.

"Mon personnage est à la limite du racisme et de l'antisémitisme parce qu'il ne sait pas. Tout au long de la pièce, il essaie de comprendre, ce qui fait vraiment changer son propos", analyse Daniel Russo.

Et justement, pour Pierre Arditi, l'antisémitisme "est avant tout une formidable question de bêtise et d'ignorance". Or le texte de Grumberg vient justement combler cette ignorance en apportant une lumière sur une multitude de poncifs. Comme une démonstration.

Rire de tout

En jetant un coup d'œil dans le rétro, on remarque que ces dernières années, le sujet était beaucoup moins abordé sous l'angle de la comédie. Ceux qui regrettent la période des Nuls (avec leur pub parodique Royal Rabin) ou les élucubrations de Madame Sarfati (interprété par le regretté Élie Kakou), sont légions à se plaindre qu'on n'ose plus rire de tout. Mais le peut-on encore?

"Comme disait Coluche, on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. Mais surtout ça dépend comment on rit. Est-ce que c'est un rire éducatif et pédagogue ? Ou est-ce un rire aigre qui ressemble à de la bave ? Le rire oui, la haine non, tranche Arditi. Aujourd'hui, beaucoup de choses sont tournées en dérision. Je n'aime pas ça. Pour moi c'est de l'impuissance. Une espèce de ricanement qui ne sert à rien."

 

Pour Russo, on le peut d'autant plus que le rire a des vertus curatives: "Un jour, une dame est venue me voir à la fin de cette pièce pour me dire "Vous m'avez fait rire avec ce qui me fait peur". Là, on voit que Grumberg a gagné et que c'est un grand auteur."

Mais alors pourquoi y a-t-il si peu de comédiens visibles qui osent ? Pourquoi cette sclérose ? Pour Russo, c'est une question de peur: "Quelqu'un qui a une émission bien installée n'a pas envie d'avoir affaire au CSA."

Arditi et Russo osent. C'est divertissant, c'est enrichissant, et ça fait réfléchir.

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.