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"Ce livre lui rend un dernier hommage": un an après l’attentat de Notre-Dame, Joffrey Devillers a réalisé le rêve de sa femme

Joffrey Devillers a tenu sa promesse. Il publie ce jeudi l’autobiographie de sa femme, Nadine, tuée il y a un an dans l’attentat de la cathédrale Notre-Dame, à Nice. « C’était son rêve. »

Propos recueillis par Christophe CIRONE Publié le 21/10/2021 à 19:46, mis à jour le 21/10/2021 à 19:45
Joffrey Devillers devant la cathédrale Notre-Dame, à Nice, avec l’autobiographie posthume de sa femme, publiée le jour même. (Photo Frantz Bouton)

Le ciel automnal est maussade, ce jeudi midi à Nice. Soudain, un rayon de soleil vient illuminer la façade de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption. Il est apparu à l’instant précis où Joffrey Devillers a pris la pose, avenue Jean-Médecin, avec le livre posthume de sa femme. Comme un hommage céleste au sourire solaire de Nadine Devillers.

Ce sourire s’est éteint le 29 octobre 2020, près du bénitier, dans l’église où Nadine aimait venir prier. Tout comme le sourire de Vincent Loques, le sacristain. Et celui de Simone Barretto Silva, une autre fidèle de la paroisse. Dans une semaine, Nice rendra hommage aux trois victimes de cet attentat islamiste. Une autre page sombre du terrorisme sur la Côte d’Azur.

Son hommage, Joffrey Devillers le tient entre ses mains. "Arrête de faire ta Cosette!": c’est le titre de l’autobiographie de Nadine, sorti le jour même, préfacé par Christian Estrosi. Sur la couverture, un visage d’enfant angoissé croise celui de Nadine adulte, radieuse. Deux facettes d’une femme à qui l’existence n’aura rien épargné, de Trans-en-Provence à Nice.

 

Avec elle, Joffrey a partagé vingt-six années d’amour fusionnel. Après sa mort, il avait juré d’être "fort pour elle". Promesse tenue. Tout comme l’édition de ce récit poignant.

"Je suis fier d’elle!", s’exclame le mari de Nadine, en parcourant le bel ouvrage qu’il a réussi à faire éditer. Frantz Bouton / Nice Matin.

Vous vouliez "réaliser son rêve" en publiant l’autobiographie de Nadine. C’est chose faite. Que ressentez-vous?

Je suis fier d’elle! Je ne recherche ni gloire, ni argent. C’est elle qui a fait tout le travail. C’est elle qui mérite toute la gloire.

Êtes-vous content du résultat?

Très content. Je le trouve magnifique. J’ai reçu un très fort soutien de l’éditeur Clément Ronin, avec beaucoup de bienveillance du début à la fin. Dans mon malheur, j’ai eu la chance de rencontrer, à tout bout de champ, des gens compétents et gentils.

Qu’attendez-vous de ce livre?

 

C’était pour lui rendre un dernier hommage. Et s’il peut aider quelques personnes qui connaissent la même situation que Nadine, ces pauvres femmes martyrisées par des hommes... J’espère qu’elles y trouveront la force de résister et de prendre des décisions.

Ce livre, est-ce aussi une manière de perpétuer la mémoire d’une personne solaire, et pas seulement d’une victime du terrorisme?

Oui, c’est clair. Je suis le gardien de sa mémoire. Ce livre-là, c’est notre "bébé", pour nous qui n’avons pas eu d’enfant. C’est un moyen de prolonger son existence, comme si c’était un enfant.

Vous évoquez Zola dans la préface. Nounou maltraitante, père alcoolique violent avec sa femme, précarité, viol à l’adolescence... Le parallèle n’est pas usurpé!

En effet. Son père lui disait régulièrement: "Arrête de faire ta Cosette!" C’est pourquoi ce titre nous est venu naturellement. Misère, alcool, violence... Sa vie est digne d’un roman de Zola!

En la retraçant, on est tenté de se dire que l’issue ne pouvait être que tragique...

C’est une fin à l’image de sa vie. Une fin dramatique et horrible, mais dans une église, un lieu de prière. Tous les trois sont morts pour leur foi. L’évêché me disait qu’ils sont "morts en martyrs".

 
Plusieurs amis ont contribué à terminer ce livre, dont Martine, auteur de l’illustration d’ouverture. Frantz Bouton / Nice Matin.

Quelles relations avez-vous avec les autres familles?

Ce sont des gens gentils comme tout, des bonnes personnes. On a été ensemble au [défilé du] 14 juillet, à l’hommage du 11 septembre... Eux le vivent différemment. Ils sont encore un peu "bloqués" sur l’événement - avec des enfants, c’est toujours délicat. Moi, j’ai eu la chance de connaître une évolution totalement paradoxale.

Vous avez été recruté par la Métropole. Quelles missions avez-vous assumées?

Je travaille à la direction des relations publiques. Pendant six mois, je me suis occupé de la logistique des équipes mobiles de vaccination. C’était une belle aventure, avec des personnes très motivées. J’ai aussi travaillé sur le pass sanitaire au Nice Jazz Festival, à des missions sur l’organisation d’événements... J’essaie de les aider au mieux avec mes faibles moyens.

Le quotidien reste compliqué pour vous aussi...

C’est clair. D’un point de vue privé, c’est un champ de ruines! Au moins, la vie publique va bien. Je suis passé d’une situation où j’étais au chômage, où on vivait cloîtrés, à un bon poste entouré de personnes bienveillantes et d’un certain prestige. C’est le jour et la nuit. Mais il est vrai que la parution de son livre, c’est un moment délicat...

Comment allez-vous, aujourd’hui?

 

Grâce au travail, ça va. Je fais un travail très intéressant, avec des personnes adorables. C’est motivant le matin. C’est ça qui me soutient, qui m’a sorti du trou.

Vous avez aussi pu compter sur vos proches?

Oui. On se voit très souvent avec Alain et Béa, les amis du théâtre du Phoenix. On est en contact permanent avec Joëlle, l’amie de toujours, qui a participé à la réalisation du livre. Avec Martine aussi, l’amie qui en a fait la belle illustration. C’est un travail commun auquel chacun a participé. Même M. Estrosi a eu la gentillesse d’écrire la préface! Nadine aurait été très, très fière de ça. Elle qui l’admirait beaucoup n’aurait jamais pu imaginer ça un jour.

"Mon sauveur", écrivez-vous à propos de Christian Estrosi. Le maire de Nice vous a vraiment aidé à reprendre pied?

Tout à fait. Il m’a tendu la main au moment où j’en avais le plus besoin. Pour ça, je lui serai toujours reconnaissant. Dans "l’homme politique", il y a l’homme avant tout.

Comment appréhendez-vous ce sinistre anniversaire?

C’est une date un peu fatidique. Les un an... C’est un petit cap que je dois passer. Un bel hommage va être rendu par la Métropole, comme d’habitude. Ça va être une belle cérémonie. Ce sera très sobre, sans prise de parole ni photo.

Comment avez-vous trouvé les ressources pour vous relever, comme Nadine savait le faire après chaque grand malheur?

 

En suivant son exemple. J’essaie d’être digne d’elle. (D’une voix blanche) Elle m’a toujours dit: "S’il m’arrive quelque chose, vis ta vie. Ne m’oublie pas, mais vis ta vie." Donc pour l’instant, c’est le boulot!

Continuez-vous à suivre l’enquête?

J’ai des nouvelles par Me Soussi, qui s’occupe très bien de tout. Je m’en préoccuperai au moment du procès. J’ai déjà assez de choses à faire.

Qu’en attendez-vous?

Que justice soit faite, c’est tout. J’ai toute confiance en elle. Dire qu’il [le terroriste] a perdu la mémoire, c’est une défense de lâche! Il n’y a rien d’autre à dire sur des personnes comme ça.

Quel sentiment vous inspire-t-il?

De la pitié, surtout. Il n’a même pas le courage d’assumer ses actes. J’ai pitié pour lui qu’il soit dans ce carcan d’intégrisme. Je n’aime pas les intégrismes, quels qu’ils soient. J’estime que le haïr, lui, ce serait lui accorder une importance qu’il ne mérite pas. Ce serait perdre mon temps.

Il n’aura donc pas votre haine, pour paraphraser Antoine Leiris, qui a perdu sa femme au Bataclan. Suivez-vous le procès des attentats du 13-Novembre?

Oui, tous les soirs. Auparavant, je "survolais" un peu ce genre d’événement. Maintenant, je me sens doublement concerné. On est touché. Même si je ne les connais pas, il y a forcément une affinité avec eux [les proches de victimes].

 

Avez-vous des nouvelles de l’entrevue avec le Pape à Rome?

Oui, j’ai eu le Vatican. C’est prévu pour fin novembre-début décembre.

Si vous étiez un lecteur découvrant la vie de Nadine, quel message retiendriez-vous de son livre?

L’espoir. C’est ce que j’ai retenu: l’espoir.

(1) Arrête de faire ta Cosette!, publié chez HugoDoc. 376 pages, 19,95€. Ebook 9,99€.

Copier ici le titre de la « Bio express » pour le Web

Copier ici le texte de la « Bio express » pour le Web.

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