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A l'ouverture du procès des attentats du 13-Novembre, Salah Abdeslam se dit "combattant de l'Etat Islamique", les victimes dénoncent une "provocation"

Alors que le procès des attentats s'est ouvert, ce mercredi 8 septembre, Salah Abdeslam est sorti de son silence de façon revendicative.

La rédaction Publié le 08/09/2021 à 18:47, mis à jour le 08/09/2021 à 18:47
Un dessin représentant Salah Abdeslam au cours du procès. Benoit PEYRUCQ / AFP

"On est traités comme des chiens"... Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s'est ouvert mercredi 8 septembre à Paris, six ans après une nuit de terreur qui a fait 130 morts, sur un coup de sang du principal accusé, Salah Abdeslam. Dans la matinée, sous l'œil des caméras, un convoi ultrasécurisé a quitté la prison de Fleury-Mérogis, où Salah Abdeslam est depuis plus de cinq ans incarcéré à l'isolement total.

De façon inhabituelle, le président de la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels,  a souhaité tenir un propos liminaire, "en toute humilité". "Nous commençons ce jour un procès qualifié d'historique, hors norme", dit à la salle Jean-Louis Périès. Mais, prévient-il, "ce qui importe c'est aussi justement le respect de la norme, le respect des droits de chacun, à commencer par les droits de la défense".

"Notre cour d'assises a pour finalité d'examiner les charges pesant à l'encontre de chacun et d'en tirer toutes les conséquences au plan pénal après avoir écouté chacun", a-t-il rappelé. "Nous devons tous garder à l'esprit cette finalité afin de conserver ce cap". Peu avant 17h00, alors que la cour procédait depuis près de trois heures à l'appel des parties civiles déjà constituées, le président Jean-Louis Périès a annoncé une suspension de séance après le malaise d'un des accusés, Farid Kharkhach, un des logisticiens présumés des attaques du 13-Novembre.

Un Salah Abdeslam revendicatif 

A la reprise, une trentaine de minutes après cet incident, l'un de ses avocats, Albéric de Gayardon, a dénoncé auprès de la cour d'assises spéciale ses conditions de détention et les "fouilles à nu" subies par son client à son arrivée au palais de justice, soulignant son "état dépressif". 

 

 

Ici on n'est pas dans un tribunal ecclésiastique, on est dans un tribunal démocratique

"On est traités comme des chiens, ici c'est très beau, il y a des écrans plats, mais là bas derrière...", a aussitôt embrayé Salah Abdeslam, coupant la parole du président, l'index pointé vers lui. "Ca fait six ans que je suis traité comme un chien et je ne me suis jamais plaint", a-t-il aussi lancé, se faisant interrompre par le président: "Ici on n'est pas dans un tribunal ecclésiastique, on est dans un tribunal démocratique".

En début d'audience, le seul membre encore en vie des commandos derrière les attentats du 13-Novembre avait déjà joué la provocation en paraphrasant la Chahada, profession de foi musulmane, lors de sa première prise de parole devant les magistrats qui doivent le juger jusqu'à la fin du mois de mai.

Alors que le président de la cour lui demandait, comme c'est l'usage, de se lever et de décliner son identité, Salah Abdeslam a répondu : "Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager". "On verra ça après", a rétorqué le président sans se démonter avant de lui demander sa profession.

A nouveau, Salah Abdeslam, t-shirt noir, cheveux sombres mi-longs coiffés en arrière et barbe noire sous le masque - noir aussi - qu'il retire pour parler, s'approche du micro : "J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'Etat islamique". "J'avais 'intérimaire' comme profession", relève le président.

 

Il lui demande ensuite l'identité de ses parents. "Le nom de mon père et ma mère n'ont rien à voir dans cette histoire", répond Salah Abdeslam, Franco-marocain de 31 ans, accusé de complicités de crimes terroristes et qui encourt la perpétuité. Il était entré dans le box peu avant l'ouverture de l'audience et avait discuté quelques instants avec ses avocats, Mes Olivia Ronen et Martin Vettes avant de s'asseoir.

"Une provocation" pour les victimes


"C'est une provocation, on s'y attendait et en réalité on n'en attend absolument rien", a commenté en marge de l'audience Dominique Kielemoes, dont le fils a été tué dans la fusillade du bar La Belle Equipe. Dix autres accusés se sont aussi installés sur la première rangée des bancs du box, sous l'escorte de nombreux gendarmes. Trois autres accusés, qui comparaissent libres, sont eux assis hors du box.

Contrairement à Salah Abdeslam, tous se sont contentés de décliner leur identité et de répondre aux questions sans faire de commentaire. La cour avait fait son entrée dans la salle d'audience construite pour l'occasion dans un silence quasi religieux.

Aux alentours et à l'intérieur de la grande salle de 47 mètres de long et 550 places, une grande tension était palpable en cette première journée d'audience, consacrée à l'appel des parties civiles. Cet appel continuera jeudi 9 septembre, avant la lecture du rapport vendredi. Les premiers témoins ne sont attendus à la barre que lundi.

La cour d'assises spéciale juge au total 20 accusés, soupçonnés d'être impliqués à divers degrés dans la préparation des attaques. Six sont jugés par défaut, dont le donneur d'ordres et vétéran du jihad Oussama Atar, et les "voix" françaises de la revendication de l'EI, les frères Fabien et Jean-Michel Clain, tous trois présumés morts en Syrie.

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