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VIDEOS. "Le moral, ça va": coupés du monde depuis deux mois, voici comment les quatre habitants de ce hameau de la vallée de la Roya s'organisent

Mis à jour le 13/02/2021 à 12:24 Publié le 13/02/2021 à 12:24
Bloqués à Castérino, André et Nathalie Boulanger profitent d’une nature paradisiaque.

Bloqués à Castérino, André et Nathalie Boulanger profitent d’une nature paradisiaque. (DR)

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VIDEOS. "Le moral, ça va": coupés du monde depuis deux mois, voici comment les quatre habitants de ce hameau de la vallée de la Roya s'organisent

Depuis la mi-décembre, André et Nathalie Boulanger vivent coupés du monde dans leur hôtel Les Mélèzes. Ils ne sont que quatre à passer l’hiver dans ce hameau de Tende. "Une aventure".

La route est toujours inaccessible. Mais la connexion FaceTime passe bien, elle. André et Nathalie Boulanger viennent de terminer le dîner. Un de plus partagé en couple. Leur hôtel-restaurant Les Mélèzes est désert. Et Castérino l’est presque tout autant.

Dans ce hameau de Tende, perché au sommet de la Roya, seuls quatre irréductibles ont fait le choix de rester après la tempête Alex.

Depuis la mi-décembre, André, Nathalie, Michel et Eric vivent coupés du monde. Séparés de Saint-Dalmas-de-Tende, 13 km plus bas, par les ravages de la "bombe météo" et par des amas de neige.

Ils le savaient. Ils ont fait ce choix. Ils ne le regrettent pas. "Le moral, ça va, assure André Boulanger. On a une belle maison, on est sereins. On n’est pas stressés comme les Parisiens !"

D’accord, les Parisiens ont d’autres facilités. "ça fait un mois qu’on n’a plus de frais", confie André lors de notre échange. Mais côté stocks, pas d’inquiétude.

La Croix-Rouge avait bien rempli la réserve des Mélèzes en octobre. Le couple Boulanger, Michel et Eric ont "tout rangé par boîtes : les pâtes, les produits ménagers... Ils viennent régulièrement s’approvisionner".

"ça resserre les liens"

Ancien chasseur alpin à Briançon, André Boulanger connaît la montagne, sa beauté et ses dangers.
Ancien chasseur alpin à Briançon, André Boulanger connaît la montagne, sa beauté et ses dangers. DR

Ainsi va la solidarité face à l’adversité. En montagne comme en mer. "On sent qu’on n’est pas seuls quand on a besoin d’aide", salue André. Michel, le gardien du Chamois d’or, et Eric, l’artificier du lac des Mesches, cultivent chacun leur indépendance.

Mais tous deux viennent partager un repas aux Mélèzes, de temps à autre. "On entretient plus de relations qu’avant. ça resserre les liens."

Au village, certains disaient des quatre irréductibles de Castérino : "Là-haut, c’est Shining".

Cette expression citée par Le Monde fait sourire André. "Pas du tout ! C’est le paradis. On profite de Castérino. ça fait longtemps qu’on ne l’avait pas vécu comme ça. On est au calme, il y a des animaux sauvages partout : chamois, chevreuils, lièvres, renards... Ils sont libres. Ils sont heureux, eux aussi."

D’ordinaire, en cette saison, André et Nathalie Boulanger, 63 ans et 53 ans respectivement, s’affairent pour leurs hôtes. Rien de tel cet hiver.

Leurs journées alternent piques-niques, balades en raquettes, randonnées à ski, menus travaux et sondages météo pour André. "C’est merveilleux, s’exclame-t-il avec l’enthousiasme d’un pitchoun. Quand il neige, c’est Disneyland !" La foule en moins.

Obligé d’appeler l’hélico

Les Mélèzes, leur hôtel-restaurant à l’arrêt forcé, leur offre un refuge douillet contre les morsures de l’hiver.
Les Mélèzes, leur hôtel-restaurant à l’arrêt forcé, leur offre un refuge douillet contre les morsures de l’hiver. DR

Leur hôtel est à l’arrêt forcé. Le centre nordique de Castérino rate là une saison d’enneigement exceptionnel. Mais André et Nathalie se sentent bien plus privilégiés que sinistrés.

"On le prend du bon côté. Tout le monde nous envie d’être là. C’est une aventure, une expérience de vie. On est en bonne santé." Et là-haut, bien sûr, pas de Covid...

André a connu une alerte, quand même. En faisant des travaux, il s’est écrasé le pouce de la main gauche. Hélico obligé pour descendre à l’hôpital. Mais pas pour remonter.

L’ancien chasseur alpin de Briançon a dû braver la neige et le dénivelé. "ça a été dur ! J’ai été malade. En revanche, ça a vite cicatrisé."

Des cousins d’André sont venus à ski de randonnée. Parmi eux, "une toubib". Elle lui a enlevé les ponts. Parfois, la chance sourit aux audacieux...

André l’assure : l’isolement ne leur pèse pas. Seuls leurs enfants leur manquent. Leur fille vit en Australie. Leur fils est monté, avec une bonne côte de boeuf. "On l’a faite griller. On apprécie mieux les choses."

Alors oui, bien sûr, "ça fait plaisir quand on voit quelqu’un." Mais impossible de recevoir plus largement. Les réserves de gaz sont précaires, explique André. "Il va falloir que je pompe dans les cuves de l’hôtel..."

Page blanche

L’écrin blanc de Castérino n’a jamais été autant préservé.
L’écrin blanc de Castérino n’a jamais été autant préservé. (D.R.)

Il va falloir tenir. Sans doute jusqu’à juin pour récupérer une piste. "Il faut qu’ils se dépêchent de venir, plaide André Boulanger. à Castérino, il y a les quatre hôtels, les accompagnateurs, les bergers... ça fait vivre toute la vallée."

Pour l’heure, ces hôteliers-restaurateurs bénéficient du fonds de solidarité, plafonné à 10.000 euros par mois.

Mais ils ont hâte de voir Castérino s’éveiller à nouveau. "Je pense qu’il y aura du monde pour la réouverture. Il faut que ça tourne !"

Ce sera la fin d’une parenthèse hors du temps. D’une page blanche qui aura masqué les stigmates d’Alex. La fin d’une "aventure" qui évoque l’odyssée du Vendée Globe, aussi solidaire que solitaire.

André Boulanger valide la métaphore. "Un marin, c’est un montagnard. Et un montagnard, c’est un marin aussi. Il faut savoir se débrouiller, s’entraider. En montagne, on se dit bonjour ; en ville, on baisse la tête et on regarde par terre."

Ravitaillés en hélico par deux préfets

Les préfets Gonzalez et Pelletier et le maire de Tende avec les quatre irréductible de Castérino.
Les préfets Gonzalez et Pelletier et le maire de Tende avec les quatre irréductible de Castérino. Photo Twitter @Prefet06

Un hélicoptère qui se pose à Castérino, ce n’est pas tous les jours. C’était lundi 8 février. à son bord, le préfet Bernard Gonzalez et son homologue Xavier Pelletier, le "préfet vallées", avec le maire de Tende Jean-Pierre Vassallo. Ils sont venus à la rencontre des quatre irréductibles de Castérino, ravitaillement à l’appui.

"Ils nous ont demandé comment ça allait. Ils ont vu qu’on ne manquait de rien", témoigne l’hôtelier André Boulanger. "J’en ai profité pour acheter de la marchandise en Italie, qu’ils nous ont montée : légumes, viande... Le Secours populaire nous a envoyé des boîtes cuisinées, du thon. Et la boulangère de Saint-Dalmas nous a fait monter du pain, des œufs, du jambon... a nous a fait plaisir de manger autre chose que l’ordinaire !"

L’occasion pour André et Nathalie Boulanger de s’offrir un festin bien niçois : un bagna cauda, à coups de légumes crus plongés dans une anchoïade. Recevoir de la visite leur "a fait plaisir", aussi. Ils ont pu exposer leurs souhaits. à commencer par retrouver une voie d’accès à Castérino. "Ils nous ont dit que ce ne serait pas avant juin. D’ici là, la route de l’Italie sera ouverte... Mais ils sont volontaires. Ils nous ont dit qu’on pouvait les joindre à tout moment."

Offre numérique MM+

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