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VIDEO. "C’est une question de minutes si nous sommes tous là aujourd’hui": le récit glaçant d'une habitante de Roquebillière qui a tout perdu pendant la tempête Alex

Mis à jour le 19/10/2020 à 09:54 Publié le 16/10/2020 à 17:05
Adélaïde Albertini.

Adélaïde Albertini. Photo DR

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VIDEO. "C’est une question de minutes si nous sommes tous là aujourd’hui": le récit glaçant d'une habitante de Roquebillière qui a tout perdu pendant la tempête Alex

A 26 ans, Adélaïde Albertini a tout perdu dans la tempête Alex. Cette Roquebillièroise raconte presque minute par minute le cauchemar qu'elle a vécu et comment elle a pu sauver in extremis, sa famille, mais aussi ses quatorze chevaux.

Sa vie d'avant n'est plus. Tout est à reconstruire. De la demeure familiale, de ses écuries, des parcelles et de ses projets, il ne reste plus rien. Tout a été emporté par La Vésubie en furie. 

"La maison est partie, les écuries sont parties, Jo et Paulo sont morts. Ça me rappelle les scènes de bombardement et les photos qu’on voit dans les livres d’histoire. Il y a des morceaux de route qui manquent, il y a des maisons qui restent toutes seules et il n’y a plus rien autour. C’est vraiment surprenant."

 

Racontez-nous le début de ce fameux vendredi 2  octobre...
La matinée de vendredi s’était déroulée tout à fait normalement. On a travaillé comme d’habitude et nous sommes allés manger, un peu tardivement.

Et à la fin du déjeuner, nous avons eu une coupure d’électricité et à ce moment-là on s’est un peu plus concentré sur ce qui se passait autour de nous.

Avec mon père on s’est rendu compte que le bruit autour de la maison n’était pas du tout le même que d’habitude. La Vésubie ne faisait pas du tout le même bruit...

Et donc vous avez décidé de sortir pour voir ce qu'il se passait?
Je me suis équipée avec mes vêtements de pluie pour aller dehors et contrôler le niveau de l’eau.

Normalement, La Vésubie bordait le parc le plus bas où je mettais mes chevaux. Et quand je suis sortie, ce parc commençait déjà à être inondé. Il se trouverait environ à 1,50 mètres du niveau de la rivière.

Quand j’ai vu ça, j’ai décidé de mettre des licols à tous mes chevaux pour pouvoir les attraper rapidement au cas où il aurait fallu les évacuer.

En cinq minutes, avec mon père, nous avons licolé les quatorze chevaux et quelques minutes plus tard, La Vésubie était encore montée et les parcs du dessus commençaient eux aussi à être inondés.

En quinze minutes, il n’y avait plus du tout d’arbres dans mes parcs alors que c’était très arboré. C’était de gros arbres en plus, ça faisait un bruit monstrueux.

Les Ecuries de la Cinarca.
Les Ecuries de la Cinarca. Photo DR

C'est alors que vous avez décidé de mettre vos chevaux à l'abris?

J'ai commencé par rapprocher de la maison un petit poney aveugle que j’avais en pension.

J’ai ensuite ramené les chevaux qui étaient dans les parcs les plus bas dans mes écuries. C’était un grand bâtiment en béton que je pensais sûr.

Après, j'ai appelé une voisine qui a des écuries situées beaucoup plus haut, pour qu'elle vienne m’aider à attraper les poulains et les emmener chez elle.

Nous y sommes allées ensemble.

Sur la route, ma mère m’a appelée pour me dire que la digue avait lâchée et qu’il y avait un mètre d’eau dans les écuries et que je ne pouvais pas revenir.

Finalement, j’ai pu revenir en voiture, mais par un autre accès. Je fais quasiment 1,80 mètres et j’avais de l’eau jusqu’à la taille quand je suis arrivée dans les écuries.

Il y avait du vent, des vagues, j’ai même vu un pare-chocs de voiture passer.

Un des poulains des poulains né dans les Ecuries de la Cinarca.
Un des poulains des poulains né dans les Ecuries de la Cinarca. Photo DR

Qu'est ce que vous vous êtes dit à ce moment-là?
J’ai regardé l’heure, je ne me souviens plus quelle heure il était d’ailleurs, et je me suis dit qu’on était pas au maximum de la perturbation météo et qu’il restait encore bien douze heures de pluie.

"Jusqu'au lendemain, je n'ai plus vu les couleurs"

Et là je me suis dit, si on est déjà dans cette situation maintenant alors que ce n’est pas terminé, c’est quoi l’étape d’après?

J’ai donc pris la décision de faire évacuer tous les chevaux. Deux de mes voisins sont venus immédiatement nous aider sans qu’on leur demande.

On a donc pu évacuer sept chevaux d’un coup et on les a éloignés du lit de la rivière pour les mettre chez des gens, dans leur jardin et même sur leur terrasse. Leur donner une chance de survie en fait.

Il en restait encore quatre à évacuer, sans compter qu’il y avait encore ma mère, ma sœur, son fils et nos trois chiens. Et c’est là que la sirène a retenti.

C’est un son que j’ai l’habitude d’entendre en raison des tests. Mais l’entendre dans ce contexte, c’est un facteur de stress qui est énorme, à tel point que du moment où j’ai entendu la sirène jusqu’au lendemain matin, je n’ai plus vu les couleurs.

Deux agents de la métropole ont arrêté ce qu’ils étaient en train de faire pour prendre les quatre chevaux restants. heureusement qu’ils ont été là. Je n’aurais pas pu tous les sortir sinon.

Une fois les chevaux en sécurité, qu'avez-vous fait?
Toujours avec de l’eau jusqu’à la taille, je suis retournée à la maison pour récupérer ma famille et mes chiens.

Heureusement, j’avais garé une voiture en dehors de la propriété et nous avons pu partir avec.

Bien évidemment, nous n’avons rien eu le temps de prendre. Nous avons donc emprunté la première route qui montait en direction de Belvédère et nous avons pu nous réfugier chez des amis.

J’ai appris pas longtemps après notre départ que la route d’accès pour aller chez moi n’existait plus.

Donc on peut supposer que si nous étions partis plus tard, nous n’aurions pas pu nous échapper de la maison. C’est vraiment une question de minutes si nous sommes tous là aujourd’hui.

(Ndlr: notre journaliste Grégory Leclerc a pris en vidéo la maison de la famille Albertini en train d'être emportée par le torrent)

Où était votre père quand vous êtes partis avec votre mère et votre sœur?
On ne savait pas où il était et nous n’avions pas de réseau. De toute façon il n’avait pas de téléphone parce qu’il l’avait perdu dans l’eau.

Je savais qu’il était parti avec les chevaux, mais je ne savais pas s’il avait eu la mauvaise idée de redescendre à la maison pour essayer de nous retrouver.

Et c’est ça qui m’inquiétait le plus.

Je n’ai pas voulu prendre la voiture pour aller le rechercher parce que je me suis dit que de toute façon je ne le retrouverai pas et que je me mettrai en danger. 

J'ai voulais éviter le suraccident au maximum.

Chez qui vous étiez vous réfugiés?
Nous étions chez des gens sur Belvédère qui nous ont logés, nourris et habillés aussi parce que nous n’avions que ce qui était sur nous et tout était trempé. On a pu repartir le lendemain matin.

Avec des voisins nous avons tronçonné des arbres sur la route… Et j’ai retrouvé mon père le lendemain à 9h30.

Il avait trouvé refuge chez les gens qui nous avait prêté leur garage et leur terrasse pour mettre les chevaux. J’étais soulagée, très soulagée. On s’est pris dans les bras, on a pleuré aussi.

Et j’ai aussi pu aller rechercher mes chevaux qui étaient dispatchés à droite à gauche. J’ai retrouvé neuf chevaux sur une terrasse et d’autres dans des garages.

Le dimanche, tous les chevaux étaient partis de la vallée et donc j’ai pu partir aussi.

Comment avez-vous su que votre maison avait été emportée?
J’ai eu trois minutes de réseau le samedi matin vers 8 heures et j’ai reçu des textos de plein de gens qui m’ont dit: "on est désolé, on à vu ta maison partir sur des vidéos postées sur les réseaux sociaux".

Donc avant de le voir de par moi-même l’ampleur des dégâts, j’avais déjà eu l’information. Je me doutais qu’on ne retrouverait pas grand chose, mais je ne pensais pas que la maison qui était une grosse bâtisse partirait.

Je m’attendais à ce que tout soit inondé dedans et qu’il n’y ait plus rien à récupérer.

La maison de la famille Albertini avant qu'elle ne soit emportée.
La maison de la famille Albertini avant qu'elle ne soit emportée. Photos capture vidéo / DR

Aujourd’hui, comment vous sentez-vous?
Je me sens surtout en colère et rétrospectivement j’ai peur, parce que je me dit que si cet après-midi là on avait fait une ou deux choses différemment, on aurait peut-être pas pu s’échapper de la maison. On serait donc parti avec et on serait mort, comme mes voisins.

Aujourd’hui je me sens vide. Ma situation est entre les mains de gens que je ne connais pas et sur lesquels je n’ai pas d’impact non plus. Et je suis bien consciente qu’il n'y a pas que moi à gérer donc ça va prendre un temps considérable.

C’est très anxiogène comme situation et ça se ressent physiquement, ça fait un poids sur l’estomac. Et puis par exemple, avant j’adorais l’orage et maintenant j’en ai peur. Il y des petits changements comme ceux-là. Peut-être que ça passera et si ce n’est pas le cas, peut-être que je me ferai aider.

Les voisins dont vous parlez, ce sont les deux retraités qui ont été emportés avec leur maison?
Oui, c’était Jo et Paulo Borello. C’était nos voisins depuis quatre ans. Leur maison était à côté de la nôtre et il y avait des parcs avec nos chevaux tout autour de leur propriété.

Ces gens faisaient partie de notre quotidien et pour lesquels ont avait beaucoup d’affection. Tous les jours ils donnaient des carottes aux chevaux. Dès qu’il y avait un problème ou que quelque chose lui paraissait suspect Jo nous appelait. C’était de belles personnes, des gens bienveillants.

Où êtes-vous logés vous et vos parents?
Mes parents sont logés à Nice chez des amis qui leur prêtent gratuitement un logement et moi je suis chez mon compagnon à Antibes avec mes deux chiens.

Et vos chevaux?
Ils sont dispatchés dans des écuries chez des copains ente Eze et les Arcs-sur-Argens. Je chercher un terrain où je puisse tous les mettre pour m’en occuper et trouver de quoi les nourrir.

Je n’ai plus de salaire et les indemnités ne tombent pas à la minute. C’est normal, ça prend du temps.

La grosse angoisse pour moi est là. De ne pas savoir comment à moyen terme je vais pouvoir m’occuper de me chevaux correctement et les garder en bonne santé.

Je cherche donc un terrain suffisamment grand dans les Alpes-Maritimes ou dans l’Est-Var pour accueillir six chevaux et où il y aurait de l’eau et de quoi les abriter.

Evidemment, ce serait à titre gracieux, parce que je n’ai pas les moyens de payer une location pour le moment. Mais je peux me rendre utile en contrepartie. On peut voir ça comme du troc.

Vous et vos parents envisagez de retourner plus tard à Roquebillière?
Mes parents oui, ils l’envisagent. Moi moralement je ne suis pas fermée à cette idée.

Maintenant, pour une exploitation agricole il y a certaines contraintes de terrain et de surface auxquelles il faut répondre et je ne suis pas persuadée que dans la vallée, il y ait encore une zone qui corresponde. D’autant que je ne suis pas la seule agricultrice a avoir été touchée.

Pour aider Adélaïde Albertini et ses six chevaux

Si vous possédez un terrain pour accueillir les chevaux d'Adélaïde Albertini, vous pouvez la contacter via la page Facebook des Ecuries de La Cinarca.

Offre numérique MM+

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